L’île des rêves, de Keizo Hino

L’île des rêves, de Keizo Hino (PHILIPPE PICQUIER) — ISBN-13 : 9782809703740 — 181 pages — 17,50 € — Genre : Balades tokyoïtes. ✮✮✮✮

keizo

Un homme seul déambule dans les rues de Tokyo. Veuf depuis peu, cet employé de bureau aime se perdre dans sa ville, c’est un amoureux des gratte-ciel. Monsieur Sakai observe et commente la ville qui l’entoure et le berce. Que la ville est belle, que les endroits sont beaux et vivants…

Il en est de même pour cette ancienne décharge publique devenue terrain vague et que Monsieur Sakai, émerveillé, finit par découvrir. L’endroit est pourtant sale, mais il est beau aux yeux de notre promeneur. Enfin, dans ce Tokyo fascinant, il y a aussi la fille à la grosse moto sur laquelle Monsieur Sakai finira par monter…

Dans ce court roman, nous suivons les trépidations d’un homme à la recherche de la vie. Alors, celui-ci ne cessera de se mouvoir dans une ville tentaculaire et pleine de contradictions. La jeunesse croisera le chemin de Monsieur Sakai, sous les traits d’une jeune fille qui défile à toute allure sur son bolide à deux roues dans les rues tokyoïtes. Cet homme suivra-t-il cette femme pour vivre ou bien pour mourir ? Entre rêve et réalité, nous nous perdrons avec Monsieur Sakai dans des lieux étranges et mystérieux.

Aussi, comme dans la trilogie new-yorkaise de Paul Auster, L’île des rêves de Keizo Hino est un livre dans lequel la ville (dans ce cas Tokyo) tient un rôle important. Tokyo, c’est le personnage principal du livre. J’ai aimé retrouver le nom des quartiers que j’ai il y a bien longtemps visité et que j’ai pratiquement oublié. J’ai aimé retrouver la description des rues dans lesquelles j’ai, il y a bien longtemps, circulé et que… Ceux qui connaissent Tokyo seront ravis de la retrouver, tandis que les autres voudront connaître cette ville bouillonnante. À nostalgie quand tu nous tiens !

« La lumière faiblissait rapidement. L’obscurité approchait. Le noir ondulant du ciel, le noir transparent de la terre. Seule la ville renversée de Tokyo, qui émettait une lueur phosphorescente d’un gris blanchâtre, brillait toujours plus fort.
Le paysage des ruines vint vaguement se dessiner sur cet arrière-plan. Des murs délabrés restés debout au milieu des espaces brunâtres calcinés, des troncs d’arbres dénudés, des tramways en train de brûler. Le ciel tout entier tourbillonnait violemment. Il entendait résonner des cris. »

L’île des rêves est un très beau livre qui nous emmène dans un voyage improbable et auquel on ne s’attend pas. L’écriture de l’auteur japonais, qui vécut une partie de sa vie en Corée, est extrêmement délicate. Il y a beaucoup de poésie dans ce livre. Les phrases sont courtes comme chez Patrick Modiano. On retrouve un peu de ce dernier chez Keizo Hino. Le texte est enivrant, on tourne les pages dans lesquelles on se balade jusqu’à arriver au bout du chemin sans même nous en rendre compte. Que le temps passe vite… Il nous faut rentrer, revenir dans la réalité du quotidien. Malheureusement, l’île des rêves est le seul roman de Keizo Hino traduit en français. Dommage, mais peut-être qu’un éditeur repensera en jour à cet écrivain japonais méconnu en France.

Qui a déjà lu ce livre ? Qui aime les histoires où le rêve et la réalité s’entrecroisent ? Dans les dernières nuits de Paris, Philippe Soupault parle de Paris, dans la trilogie new-yorkaise, Paul Auster parle de New York, dans l’île des rêves, Keizo Hino parle de Tokyo… Quelle autre ville du monde puis-je découvrir de cette manière ?

(37 commentaires)

  1. J’ai connu un nombre important de déceptions avec les auteurs japonais. Souvent leur univers poétique qui n’est pas le mien ne comble pas le vide que je ressens à la lecture, de leurs romans pourtant , et ce n’est pas le moindre des paradoxes remplis d’une violence qui me fait peur et parfois me dégoûte.

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  2. Remarquable ce livre, je l’avais chroniqué il y a quelques mois. Je m’étais plus tourné vers l’onirisme écologie et le symbolisme. Il est vrai que je n’ai pas encore lu la trilogie New Yorkaise, mais je remarque qu’il y a souvent des analogies avec Auster.

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  3. Le thème du livre me fait penser à La conjuration de Philippe Vasset, que j’ai lu pour le premier prix du roman des étudiants, un livre très spécial dans lequel un homme souhaite faire la cartographie des lieux que personnes ne visitent jamais, comme les couloirs déserts de centres commerciaux, les décharges ou cages d’escalier. Je suis restée assez hermétique à cette histoire, mais celle que tu nous présente semble avoir plus de poésie et c’est cela qui m’attire…

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  4. J’aime la littérature japonaise (du moins ce que j’en connais) et ce roman me tente.
    Mais les références que tu fais à Patrick Modiano et Paul Auster freinent un peu mon enthousiasme, parce que ne suis sensible ni à l’un ni à l’autre…

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  5. Ah mais quand vas-tu cesser de me donner des envies de lecture ? Jamais, j’espère ! Et bien moi aussi je vais te conseiller un livre si tu ne l’as déjà lu. Il s’agit des Petits portraits de l’aube, de Michael Ferrier. Bon, ce n’est pas très original, c’est sur Tokyo, mais j’ai tellement aimé. Si le titre d’un livre dont la ville est le personnage principal me revient en mémoire, je reviens te le donner.

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    1. Je ne connaissais pas du tout… Merci pour ce conseil de lire. Je le rajoute à ma liste de livres à lire déjà bien longue. J’ai adoré Tokyo et si j’avais pu je m’y serrais installer. D’ailleurs j’ai aussi adoré Kyoto…

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      1. J’ai des amis qui y sont allés, dans ces deux villes entre autres. Ils n’ont qu’une idée, y retourner. D’ailleurs je ne connais personne qui y soit allé et qui ne désire y retourner.

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  6. Merci pour cette chronique. La littérature japonaise est un territoire que j’ai fort peu fréquenté (essentiellement Murakami, qui joue d’ailleurs aussi avec la réalité), et les histoires de villes (réelles ou imaginaires) m’intéressent. Deux bonnes raisons pour attaquer ce livre !

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  7. J’aime beaucoup ces univers entre le rêve et la réalité… Ce bouquin me semble d’atmosphère et bien poétique. À lire assurément… Pour ce qui est des récits ayant une ville comme thème, tu sais que je viens de lire « Seule Venise »… et je ne sais pourquoi mais je pense juste à cause du titre à « Hiroshima mon amour » de Duras »… j’imagine que tu as lu et vu… Bonne journée.

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  8. Oh, que ce livre me fait envie quand tu évoques Tokyo, le rêve et la réalité, la déambulation, et Patrick Modiano qui est un auteur que j’aime profondément. Il n’a pas son pareil pour écrire sur Paris : je pense à « L »Herbe des nuits », ou « Dans le café de la jeunesse perdue », dans lesquels le rêve, la nostalgie et l’inexpliqué se déploient de façon très touchante. Tu as bien de la chance d’être allé à Tokyo, j’aimerais tant ! En tout cas, merci pour le voyage avec ta jolie chronique.

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  9. Bonjour
    Je l’ai lu avec plaisir il y a quelques mois … rah mince il y a plus d’un an en fait
    J’avais aimé retrouver Tokyo mais pour un voyage onirique et organique très réussi
    http://travels-notes.blogspot.ch/2015/03/lile-des-reves-de-hino-keizo.html
    J’ai eu la chance d’aller trois à Tokyo (vivement la prochaine) et j’ai retrouvé dans ce roman le côté organisme vivant et respirant qu’il m’est arrivé de ressentir parfois

    Merci pour ton blog

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  10. Je l’ai celui-là ! Il faisait partie même de mes prochaines lectures potentielles – vu le stock que j’ai en attente. Mais comme tu fais un parallèle avec Paul Auster, et comme je me plongerai bien de nouveau dans l’univers de Tokyo, ville que j’ai adoré m’y promener, je crois que malheureusement je n’aurais pas le courage d’attendre bien longtemps avant d’ouvrir furieusement ou frénétiquement les premières pages !! D’une prochaine lecture potentielle, l’île des rêves gagne un galon et devient une prochaine lecture imminente.

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  11. Une déambulation dans les rues de Tokyo et un roman qui te fait penser à la trilogie de Paul Auster, j’avoue que c’est très tentateur! En plus, avec un sujet aussi important…
    Vraiment, la littérature japonaise est forte!

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