Dieu existe, son nom est Petrunya, de Teona Strugar Mitevska

Dieu existe, son nom est Petrunya, de Teona Strugar Mitevska — Macédoine du Nord 2019 — Genre : Les misogynes sont toujours là.

petrunya

L’an dernier, j’avais en quelque sorte poursuivi la thématique du mois de mars (consacrée, comme vous le savez, à la littérature d’Europe centrale et de l’Est) en vous proposant début avril un article sur un film lituanien. J’ai eu l’impression que vous aviez aimé… C’est pourquoi cette année j’ai décidé de procéder de même, avec une critique sur un long-métrage macédonien.

Dès le départ, le ton du film est donné, puisque dans une scène introductive d’environ trente secondes, la caméra se rapproche d’une jeune femme qui se tient droite comme un piquet, certaine de son fait, imperturbable, le tout sur fond de musique hard rock. Puis, le film se poursuit par une autre brève scène, comme en opposition à la première, dans laquelle on assiste à une procession de popes orthodoxes qui se dirigent on ne sait où. Et puis le film débute enfin, nous retrouvons l’héroïne dans son lit, elle est réveillée par sa mère qui n’a pas oublié que sa fille a un rendez-vous pour un entretien d’embauche. Petrunya a même le droit à de précieux conseils comme celui de se faire belle et de mentir sur son âge. Malheureusement, l’entretien d’embauche ne se déroule pas très bien, car le chef d’entreprise en profite pour rabaisser la candidate à un poste de couturière ou bien de secrétaire qui sait faire le café. On apprend que Petrunya a en fait 42 ans et qu’elle n’a jamais travaillé de sa vie, malgré son diplôme universitaire en histoire. Être réduit à ça, c’est bien triste. On comprend dès lors le désespoir de cette femme qui, malgré de brillantes études, voit sa vie lui échapper, car rattrapé par le temps et les défaites qui lui collent à la peau. Dure dure d’être intelligente et en même temps bonne à rien et à personne, c’est qu’elle est également célibataire. Elle a vraiment tout raté celle-là ! Toujours est-il que le patron en profite pour tripoter au passage la candidate, c’est l’occasion qui fait le larron, avant de lui signifier qu’elle ne sera pas recrutée, car trop moche et même pas bonne à se faire baiser. Désolé pour la grossièreté, mais je ne fais que citer. Petrunya s’enfuit, la rage au ventre, et sur le chemin elle croise les popes dont je parlais tout à l’heure et un autre groupe d’hommes torse nu. Tout ce petit monde est réuni pour la fête religieuse du village et qui consiste à être le premier à repêcher de la rivière glacée la Sainte-Croix que le pope a jeté dans l’eau. Que gagne le vainqueur ? Rien d’autre qu’une année de bonheur et de prospérité. Et, Petrunya en a tant besoin…

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Sans hésiter, Petrunya se précipite dans l’eau et récupère l’objet tant convoité avant tout le monde. À partir de là, la situation dérape complètement, car une femme ne peut gagner à un jeu réservé aux hommes. Quoi qu’il en soit, notre héroïne refuse de céder et de rendre la Sainte-Croix. Débute ensuite une hystérie collective et médiatique, comme on peut connaître par chez nous pour d’autres sujets et même d’ailleurs pour celui-là. Ainsi, Petrunya subit une pression immense de la part de sa famille, des politiques, des hommes, de la police et même du pope orthodoxe qui, dans un premier temps, ne voyait pas de mal avant de subir lui aussi la pression du groupe. Vous l’aurez compris, ce film raconte l’histoire d’une femme qui se bat pour changer sa condition, c’est un film féministe, c’est un long-métrage dramatique avec une tonalité parfois humoristique, mais ce n’est absolument pas une comédie (et encore moins lourdingue) comme j’ai pu le lire ici et là. Ce film parle aussi du patriarcat, de la religion, des médias, du destin cruel. Les thèmes sont multiples et traités de manière plutôt adroite, je n’ai pour ma part jamais trouvé le propos trop didactique, je déteste d’ailleurs ça. La fin est peut-être un peu trop idyllique, mais pourquoi pas ? Cela ne m’a pas dérangé plus que ça. Toujours est-il que j’ai dans l’ensemble vraiment apprécié ce film. Enfin, j’ai oublié de vous préciser que cette histoire est tirée d’un fait réel et que le film a été tourné, si j’ose dire, sur les lieux du crime.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

26 réflexions sur “Dieu existe, son nom est Petrunya, de Teona Strugar Mitevska

      1. Merci Goran. Film visionné hier sur tes conseils 😀. Magnifique ! Je n’ai pas regretté, loin de là. Dire que j’aurais pu passer à côté de ce film original et novateur. Je n’ai pas encore analysé mais j’ai eu le même choc qu’en découvrant certains films de Pasolini ? Version femme et c’est un beau et grand moment. On voit l’émergence de la libération des femmes dans une société patriarcale proche du moyen-âge. Quel contraste ! Bien filmé et avec une belle bande son, ce film est une perle rare. Detail, Petrunya n’a, si je peux dire, que 32 ans, ni 25 ni 42… Vu le film cela a de l’importance. J’ai aimé quand le jeune policier effleure l’héroïne. Importance du toucher, besoin de reconnaissance, dont la jeune femme est privée. J’ai hâte maintenant de retourner dans mon cinéma art et essai préféré ! Bravo pour avoir donné cette visibilité à Petrunya. Chaque personne qui regardera ce film se trouvera un peu transformé. C’est mon cas. Un surplus de sens, de mots, d’images est donné.
        Bon dimanche. Alain

        Aimé par 2 personnes

      2. Merci Alain. Ton message me fait vraiment plaisir. Ce film mériterait d’être plus connu, c’est certain. En tout cas tu en parles très bien. C’est vraiment une perle rare comme tu dis. 32 ans, c’est moins pire que je ne le pensais 🙂

        Aimé par 1 personne

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