Autobiographie du mal, de Pavel Vilikovsky

Autobiographie du mal, de Pavel Vilikovsky (Maurice Nadeau) — ISBN-13 : 9782862312774 —  210 pages — 21 € — Genre : Jeu de dupes.

autobiomal

Notre mois de mars thématique se poursuit tranquillement. Il s’agit comme vous le savez de critiquer le livre d’un auteur originaire d’Europe de l’Est. Que vais-je vous présenter aujourd’hui ? Tout simplement un roman contemporain slovaque. Autobiographie du mal, de Pavel Vilikovsky, a été publié en 2009 dans son pays d’origine et en 2019 en France (aux éditions Maurice Nadeau).

Pavel Vilikovsky, né en 1941 à Palùdzka en Slovaquie, est écrivain (auteur d’une quinzaine de livres) célèbre dans son pays. Personnellement, je ne connaissais pas. Voilà pour la rapide présentation de Pavel Vilikovsky, passons maintenant à celle (plus longue) du roman. L’action du livre se déroule à Bratislava, au lendemain du coup d’État communiste de février 1948. Le personnage principal du livre, un certain Dusan, membre du Parti démocrate et ancien résistant, se fait kidnapper par la toute nouvelle police secrète tchécoslovaque (la fameuse StB pour celles et ceux qui connaissent) pour être ramenés dans son pays. Ce genre d’enlèvement peut paraître surréaliste, mais il faut savoir que ce type d’action a vraiment existé. Quoiqu’il en soit, Dusan, sentant le vent tourné, avait fui en Autriche, mais la StB l’a rattrapée. Pourquoi ça ? Tout simplement, car la police secrète tchécoslovaque souhaite que Dusan, qui devra emprunter le nom de Josef Kersten, enquête sur ces anciens camarades afin de dresser une liste de ceux qui seraient coupables de trahison. Enfermé dans un appartement, isolé de tous, Dusan (désormais Josef) ne souhaite pas collaborer, car il pense sa femme et ses deux fils en sécurité. Cependant, ces derniers se sont aussi fait rattraper avant d’avoir pu atteindre la frontière. Dos au mur, Dusan n’a d’autre solution que d’obéir, mais l’obéissance n’est pas totale, Dusan essaie d’esquiver jusqu’à ce qu’il tente un terrible coup de poker, mais qui n’en est finalement peut-être pas un. En effet, la carte maîtresse de Dusan n’est sans doute pas celle qu’il croit. Je fais exprès de rester vague, car si j’en dévoile un peu trop cela risque de retirer une partie de l’intérêt du livre, même si l’essentielle de celui-ci n’est pas seulement dans son intrigue.

Retour à cette fille. Ces derniers temps Karsten, homme organisé, était inquiet de ne pas savoir recomposer le monde. Pendant toute sa vie il avait été habitué au fait que le monde était un, qu’en aucun cas – il y en avait de toute sorte – les fondations n’allaient bouger et que le reste, la poussière des jours, pouvait être balayé sans effort et en marchant, pour ainsi dire. Maintenant il avait affaire à une multitude de perceptions : le tapis persan, le chien poilu, le visage éternellement jeune de la jeune fille dans son fauteuil roulant, le tableau des faucheuse en bonnet rouge et blanc avec des faucilles bleues, le pigeon Ferdis, le goulot de la bouteille de bière dépassant de la serviette noire et même, au loin, l’épouvantable vision de la femme, fiévreuse, couché sur un lit de planches… toutes rôdant dans sa tête comme des somnambules.

Le premier intérêt de ce livre, c’est qu’il s’appuie sur des faits historiques comme celui des enlèvements des ressortissants tchécoslovaques installés en Autriche ou bien celui de l’« Action bornes-frontière ». Cette dernière se traduisit par l’installation d’une fausse frontière afin de mieux appréhender les gens qui fuyaient leur pays à cause du communisme. Le second intérêt du livre, c’est bien sur son intrigue. Dusan va-t-il céder ? Ou bien celui-ci va t-il s’en sortir ? Comment et pourquoi ? Enfin, le troisième intérêt (et le plus important) de ce livre porte sur la psychologie des deux principaux personnages. Dusan, le prisonnier et Halek le milicien. En effet, entre ces deux hommes, un jeu pervers s’installe puisque tour à tour le manipulateur deviendra manipulé et ainsi de suite… Pour se sortir de la mauvaise passe, Dusan utilisera les méthodes sournoises de son geôlier. Puis, l’obéissance et la soumission basculeront d’un côté et d’un autre, c’est une véritable partie d’échecs qui se jouera. Mais lequel des deux protagonistes aura le mental le plus solide ? En fin de compte la main a-t-elle seulement à un instant changé de camp ? Dusan n’est-il pas dans l’illusion ? Autobiographie du mal, Pavel Vilikovsky est un très bon roman qui s’intéresse au libre arbitre, à la nature humaine, c’est plutôt sombre et désespéré.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

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27 réflexions sur “Autobiographie du mal, de Pavel Vilikovsky

  1. Oui j’imagine bien le côté sombre et désespéré, mais visiblement une petite pierre à l’édifice de la compréhension du totalitarisme communiste.
    (Ps je pense que c’est homme et pas home et le visage et pas je visage dans la citation)

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  2. Je pensais n’avoir jamais lu d’auteur slovaque, mais après vérification si, j’en ai lu un (Milo Urban). Je note tout de même, les auteurs de ce pays restent rares sur les blogs, et celui-ci a l’air très bien !

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  3. Un très bon billet, Goran. Après l’avoir lu je suis tout de suite allée voir si le livre est disponible. Je vais le commander 😉
    C’est un sujet qui m’intéresse beaucoup (une fausse frontière était pas très loin de chez moi).

    Au passage, il y a un très bon film Swingtime.

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  4. Je ne sais pas si j’aurais le temps de le lire pendant le mois de mars mais ton billet me donne envie de le lire. Pour le moment je suis en train de lire un bulgare après être passée en Pologne avec deux livres.( Pas encore commentés dans mon blog pour ces derniers mais ça va venir )

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  5. Merci beaucoup, Goran, on a parlé de ce livre avec Eva, comme tu peux imaginer. Il est bien noté. J’ai découvert cette notion de fausse frontière en Tchéquie et je trouvais ça absolument incroyable. Merci pour cette belle découverte !

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