Passage, de Karel Pecka

Passage, de Karel Pecka (Cambourakis) — ISBN-13 : 9782366240290 —  160 pages — 9 € — Genre : Perdu en chemin vers je ne sais où.

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Aujourd’hui, je vais vous parler d’un livre rédigé par un auteur tchèque que je découvre et pourtant je commence à en avoir lu un paquet : des romanciers originaires de ce pays. Que voulez-vous, c’est un puits sans fin ! D’ailleurs, pour tout vous dire, durant ce mois de mars je ne vais vous présenter que des écrivains que j’ai lu pour la première fois. C’est parti pour ma petite critique…

Le livre débute par une action tout à fait ordinaire, malgré un surprenant dialogue qui annonce la suite. En effet, notre héros, Antonin Tvrz (j’adore ce nom que j’imagine difficilement prononçable pour beaucoup de gens), s’entretint avec un homme pour discuter d’un échange d’appartement. Puis, notre personnage qui doit retrouver sa femme (mais également sa maîtresse) entreprend sa déambulation qui donne lieu, dans les rues de Prague, à de nombreuses rencontres. D’ailleurs, ces dernières (de plus en plus surprenantes) ne font que surcharger un programme déjà bien rempli. Il faut savoir qu’entre ses obligations dans le mouvement politique Purs, ses nombreux rendez-vous (à la banques, etc.) et sa recherche en sociologie, le professeur Antonin Tvrz n’a pas beaucoup de temps pour autre chose. Toujours est-il qu’après avoir passé une soirée bien arrosée en compagnie d’un vieux camarade retrouvé par hasard, notre héros souhaite rentrer chez lui en empruntant son passage habituel, mais celui-ci doit fermer pour quelques heures. S’ensuit alors une étrange négociation… Aussi, le portier en chef accepte de donner un passe-partout à Antonin Tvrz (vous ai-je dit que j’adorais ce nom ?) en échange de ses papiers d’identité. C’est à partir de là que l’étrange devient encore plus étrange, car après avoir passé une nuit dans cette immensité labyrinthique peuplée de personnages hauts en couleur, Antonin Tvrz aura toutes les peines du monde à s’en extirper. Il prolongera d’ailleurs de lui-même son séjour. Mais notre professeur en sociologie souhaite-t-il réellement sortir ? Très probablement pas…

Il s’était rapidement aperçu que ce qu’il avait atteint à force de fatigue et de multiples sacrifices n’était pas le refuge espéré, mais un piège. Il s’était décarcassé, pour se retrouver enfin non dans un château enchanté d’indépendance et de liberté, mais dans une cage au coeur d’un grand clapier préfabriqué. De sa fenêtre, il voyait les blocs alignés des lapinières voisines, son horizon se bornait aux zigzags réguliers d’un béton imitant les murs décrépis d’une caserne ; la présence et les activités des lapins dans les cages voisines se faisaient entendre à toute heure du jour ou de la nuit. Qui donc peut se satisfaire d’une pareille pseudo-vie qu’une civilisation dévoyée substitue à la vraie vie ? Au lieu de maisons, elle construit des cités, elle a transformé l’air en gaz et l’eau en effluves d’égouts. Qui, dans de pareilles conditions, peut atteindre sinon le bonheur, du moins une sorte de contentement ?

Généralement, lorsque l’on compare un écrivain à un autre, je n’aime pas beaucoup cela, car la plupart du temps je trouve la comparaison totalement absurde et hors de propos, mais je dois bien admettre qu’ici le style de Karel Pecka ressemble beaucoup à celui de Kafka. En effet, le roman qui nous intéresse ici est kafkaïen et j’aime ce genre d’univers. Dans ce texte énigmatique, j’imagine que l’auteur se questionne sur le libre arbitre, sur le temps qui passe, sur les contraintes administratives, sur la fuite en avant des hommes et d’une société sclérosée. Passage, de Karel Pecka, est un excellent petit (il ne contient que 170 pages) roman. Si vous aimez Kafka, vous ne serez pas déçu. Personnellement, j’adore. Si vous êtes intéressé, je vous invite à lire l’exilent (ils le sont toujours) billet de « Passage à l’Est! » que vous trouverez ici.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

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38 réflexions sur “Passage, de Karel Pecka

  1. évidemment que l’on doit penser à Kafka !
    (PS je pense que tu voulais écrire excellent et pas « l’exilent »
    mais comme le sujet de ton billet est un auteur tchèque dont le héros s’appelle Tvrz, c’est peut-être moi qui me trompe!)

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  2. Je me souviens aussi du billet de Passage à l’Est! qui m’avait fait noter pour la première fois ce titre. Je le renote donc :-). C’est un livre qui génère beaucoup d’interprétations, de questions, et j’aime beaucoup ça aussi.
    Le nom de famille me fait penser à la célèbre phrase tchèque que tout étudiant doit essayer de prononcer au moins une fois : « Strč prst skrz krk » 🙂

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      1. « Mets le doigt à travers la gorge »
        Ça ne m’étonne pas que tu y arrives, tu as un petit côté tchèque 😉

        Par contre, il y a une île croate qui s’appelle KRK. Ça n’a aucune signification ?

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  3. Intéressants en tous les cas ces atmosphères un peu schizophrènes… Est-ce que je me trompe? En lisant la citation, c’est ce que j’ai cru percevoir. Et tu m’étonnes toujours. Avec ce nom imprononçable pour la Québécoise que je suis!

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