Une Ardente patience, de Antonio Skármeta

Une Ardente patience, de Antonio Skármeta (Points) — ISBN-13 : 9782757862490 —  160 pages — 7,3 € — Genre : Le vélo mène à la poésie.

Voici mon dernier billet consacré à la littérature latino-américaine. Déjà ? Malheureusement oui… J’espère, tout de même, que mes quelques critiques vous auront plu. Et puis, dans quelques jours, débute une autre thématique, celle de la littérature d’Europe centrale et de l’Est. D’ailleurs, avec Antonio Skármeta j’ai trouvé la transition parfaite, puisque l’auteur chilien est d’origine croate. Décidément, je suis vraiment trop fort…

L’action du livre se déroule dans un lieu isolé, à quelques kilomètres de San Antonio du Chili. Il paraît que là-bas tout le monde est poète, ça donne vraiment envie d’y aller. Ainsi, Mario Jimenez refuse la voix qu’est la sienne, finir comme les autres, c’est-à-dire pêcheur. Pour échapper à son destin, il répond à une annonce pour devenir facteur, mais pas n’importe lequel, celui d’un unique client, le célèbre poète Pablo Neruda. Ce dernier habite dans un coin loin de tout le monde, sur l’île Noire, pour s’y rendre il faut un vélo et de bonnes jambes. L’électrique, pas du tout écologique, ça n’existait pas encore. Petit à petit les deux hommes vont devenir complices, des amis. Et puis, Mario Jimenez adore la poésie. Comme je le comprends. D’ailleurs, le facteur va solliciter l’aide du poète pour charmer la belle du village, celle qui veut épouser, par de splendides lettres pleines de métaphores chatoyantes. Et puis, il y a l’attente, l’espoir, celui de Mario Jimenez est encore plus grand que celui du premier concerné, d’obtenir le prix Nobel de littérature. Et puis, il y a le Chili, son histoire, la dictature qui rattrapent tout ce petit monde qui se croyait à l’abri… Magnifique !

Dans le halètement trépidant de son sang, cette eau noire qui était germination, obscur travail des racines, invisible orfèvrerie des nuits porteuses de fruits, un secret bruissant se révélait maintenant à lui, et c’était la conviction définitive de l’existence d’un magma à qui tout appartenait, celui-là même que tous les mots cherchaient, guettaient, traquaient sans le nommer, ou nommaient en se taisant (la seule certitude est que nous respirons et que nous cessons de respirer, avait dit jadis un jeune poète venu du sud et sa main, dans un geste d’adieu, avait désigné un panier de pommes sous le drap mortuaire) : sa maison face à la mer et la maison d’eau dérivant maintenant à travers les vitres elles-mêmes faites d’eau, ses yeux, maison des choses, ses lèvres, maison des mots, mouillées par cette même eau qui avait un jour crevassé le cercueil de son père après avoir traversé les tombes à balustres des autres morts pour enflammer la vie du poète d’un secret dont la révélation lui venait enfin et qui, par ce hasard qui commande à la beauté et au néant, sous une pluie de morts aux yeux bandés et aux poignets sanglants, lui posait sur la bouche un poème qu’il ne sut ni ne dit mais que Mario, lui, entendit bien quand le poète ouvrit la fenêtre et que le vent fit se dissiper les ombres :

Lorsque ma libraire m’a dit qu’elle aimait beaucoup Antonio Skármeta et qu’Une Ardente patience était un de ses romans préférés, je savais déjà que j’allais aimer ce livre, car il se trouve qu’avec ma libraire, en ce qui concerne la littérature, nous avons pas mal de goût en commun. C’est super pratique ! Il faut dire que l’histoire est à la fois tendre, parfois drôle, mais également assez triste. Enfin, ça transpire la nostalgie et les souvenirs. J’adore ! Le rythme est dynamique, le livre contient beaucoup de dialogues, des phrases courtes, mais aussi des passages, comme celui que je cite, bien plus longs et poétiques. L’ensemble forme un texte extrêmement plaisant. Et puis, généralement, je n’aime pas lire un livre après avoir vu son adaptation cinématographique, sauf qu’ici je ne m’en suis rendu compte qu’après avoir débuté ma lecture. En fin de compte, connaître l’histoire ne m’a pas gêné dans ma lecture. Toujours est-il que le très bon film (Le facteur), avec Philippe Noiret, colle assez bien, il me semble, à la narration du roman. Le long-métrage de Michael Radford est très réussi, mais également dans le respect de l’œuvre écrite. Une Ardente patience, de Antonio Skármeta est un roman d’une grande finesse, intelligence et profondeur. Et puis, c’est tout simplement beau…

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du mois consacré à la littérature Latino-Américaine.

30 réflexions sur “Une Ardente patience, de Antonio Skármeta

  1. Petit futé de la transition blogueuse, tu m’as fait rire ;o)
    Je ne connaissais pas cet auteur et j’ai cru en voyant le nom qu’on était dans la thématique littérature de l’Est. J’ai vu le film et j’en garde un très beau souvenir teinté de mélancolie. Bravo de mettre l’accent sur l’auteur !

    Aimé par 1 personne

  2. Mais c’est vrai, c’est le film avec Noiret que j’avais aimé. Il me faudra lire ce livre, je pense qu’il me plaira. Quel dommage que le mois sud-américain soit terminé. Il m’a beaucoup plu et apporté ! Merci à tous les deux. Là, j’ai du mal à passer à l’Est ! Mais je vais le faire .

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s