Les Furies de Hitler. Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah, de Wendy Lower

Les Furies de Hitler. Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah, de Wendy Lower (Tallendier) — ISBN-13 : 9791021038202 — 368 pages — 10,50 € — Genre : La femme est sans aucun doute l’égale de l’homme.

C’est dans le cadre d’une lecture commune autour de l’Holocauste, organisé par deux extraordinaires blogs (Passage à l’Est ! & Et si on bouquinait !) que je rédige cette critique. Toujours est-il que j’aurais pu vous parler d’un roman, mais j’ai choisi un essai, car, pour tous vous dire, je n’avais rien d’autre sous la main…

Pourquoi ai-je ce livre dans mes étagères ? Tout simplement, car depuis que j’ai lu (je ne sais plus où) qu’Adolf Hitler recevait un nombre incroyable de lettres d’amour enflammées de femmes en pâmoisons devant le petit moustachu excité (et même pas blond aux yeux bleus), le sujet m’a intéressé. Je me souviens également de l’excellente série documentaire « Despot Housewives » qui montre très bien, et je résume très grossièrement, que derrière chaque dictateur se cache (bien souvent) en soutient une « dictatrice ». Mais revenons à l’essai qui nous intéresse aujourd’hui. À travers différents chapitres, Wendy Lower montre comment les femmes envoyées en Europe de l’Est, pour mieux la coloniser, ont grandement participé, à travers différents corps de métier (institutrices, infirmières, secrétaires, etc.), à la solution finale. Les pires de toutes étant les infirmières qui s’en sont donné à cœur joie pour piquer les handicapés, les malades, les enfants (en gros les juifs, les inutiles et les encombrants). Les gamins furent les premières victimes de ces femmes qui ne rechignaient pas à la tâche, bien au contraire, beaucoup outrepassaient les directives pour aller encore plus loin dans l’horreur. Pauvres gosses victimes de la Deutsche Qualität ! J’oublie les femmes qui ont soutenu leur mari à corps et à cris. D’ailleurs, comme il est expliqué dans le résumé du livre, si Wendy Lower parle des furies de Hitler, c’est parce que celles-ci étaient tout aussi haineuses que leur homologue masculin. Effectivement, vous l’aurez compris, la femme allemande innocente et martyre n’est rien d’autre qu’un mythe.

Les infirmières occupèrent en effet un large éventail de fonctions, nouvelles ou traditionnelles, dans le développement de l’État raciste nazi. Elles prodiguaient leurs conseils en matière d’« hygiène raciale » et de maladies génétiques. En Allemagne, elles participaient à la sélection des malades mentaux et des handicapés dans les asiles et accompagnaient leurs victimes à la mort, en les escortant jusqu’aux chambres à gaz ou en leur administrant des injections létales. Dans les territoires de l’Est, elles soignaient des soldats allemands et assistaient aux privations endurées par les prisonniers de guerre soviétiques et les Juifs ou étaient témoins de leur exécution. Elles travaillaient dans les infirmeries des camps de concentration. Elles réconfortaient les policiers SS et les soldats qui répugnaient à l’idée d’avoir à exécuter leurs victimes à bout portant. Elles se rendaient dans les ghettos à l’occasion d’inspections médicales, mais aussi par simple curiosité, ou dans l’idée d’y obtenir quelque chose. On les voyait sur les quais de gare, tandis que passaient devant elles des convois de déportés, et que les Juifs enfermés dans leurs wagons appelaient à l’aide. Elles furent parmi les premiers témoins de la Solution finale. Certaines se rendirent même coupables de meurtre de masse en participant au programme d’euthanasie qui s’étendit de l’Allemagne à la Pologne. Mais qui étaient ces infirmières entrées au service du régime nazi, et quelles furent les circonstances qui les amenèrent à se rendre dans les territoires de l’Est ?

Qu’ai-je pensé de cet essai ? Je l’ai trouvé très posé, vraiment détaillé, mais dans l’ensemble je connaissais déjà assez bien le sujet, ce qui fait que je n’ai pas été totalement passionné. Le plus extraordinaire dans cette sinistre histoire, mais ça aussi je le savais (vous allez vraiment me prendre pour un petit prétentieux qui pète plus haut que son cul), c’est que très peu de femmes ont été jugées, la plupart s’en sont sortis comme si de rien n’était. Il y a même en fin d’ouvrage un exemple précis où le traitement des criminels a été influencé par le genre sexuel. D’ailleurs, aujourd’hui, cela n’a pas beaucoup changé, je repense au documentaire « Despot Housewives », mais aussi aux femmes de djihadistes. Pourquoi ? C’est peut-être le charme féminin qui agit et qui fait perdre les têtes aux juges qui sont souvent des hommes ? C’est possible, que voulez-vous, l’homme est faible. J’aurais sans doute craqué devant une belle blonde aux yeux bleus qui me fait de l’œil. Plus sérieusement, (d’autant plus que je préfère les brunes aux yeux bleus, que voulez-vous personne n’est parfait) Wendy Lower apporte une réponse, mais celle-ci est un peu trop succincte à mon goût, mais voici ce qu’elle dit :

Des préjugés sexistes de toutes sortes s’immisçaient dans la totalité du processus judiciaire, affectant le cours des enquêtes et des instructions judiciaires, les interrogatoires et les processus de décision menant aux condamnations. Tandis que les hommes accusés étaient jugés en fonction de la place qu’ils occupaient dans la hiérarchie et l’administration, de leurs convictions idéologiques et de leurs motifs personnels – comme « complices principaux » des crimes de Hitler, comme meurtriers de bureau ou comme sadiques enragés –, les femmes étaient jugées en vertu d’autres considérations.

Et encore un peu plus loin :

Une femme qui se comportait comme un homme, qui tuait avec son arme à feu, qui, portant le pantalon et le cheveu ras, faisait claquer son fouet et parcourait à cheval les sites d’extermination de Pologne et d’Ukraine, une telle figure de femme était inimaginable pour le plus grand nombre, ignorée au tribunal et jamais développée dans les témoignages.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

48 réflexions sur “Les Furies de Hitler. Comment les femmes allemandes ont participé à la Shoah, de Wendy Lower

  1. Très intéressant ! Les femmes en effet sont les grandes oubliées de l’histoire comme j’aime à le répéter. Depuis quelques années on se rend compte que des tombes très anciennes de guerriers appartenaient en fait à des guerrières, qu’en des temps immémoriaux, les femmes chassaient, etc. Je ne suis donc pas étonnée que les femmes soient oubliées également dans ce cas là… Même à leur avantage !

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  2. Merci Goran d’avoir répondu présent à l’appel de ces deux formidables blogs :-). C’est un sujet et un billet très intéressants, je n’avais jamais trop pensé à l’implication des femmes dans les exactions du IIIème Reich. Le livre est-il étayé de statistiques (% de femmes à travailler dans le système concentrationnaire par exemple) ?

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    1. Non pas de stats, mais par exemple le métier d’infirmière était très féminin, on peut donc en déduire des choses au moins pour cette catégorie professionnelle… Après il y a les enseignants qui repéraient dans les classes les juifs cachés, etc. Mais pas de stats.

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  3. Bon jour,
    Cette critique me fait penser à toutes ces femmes qui pendant la 1ère et 2ème guerre mondiale ont participé activement à l’élaboration de ces tueries de masse … et cela quel que soit le pays engagé dans ces conflits … si elles avaient dit non, ces guerres auraient été finies faute … de munitions, d’armements ….
    Max-Louis

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  4. j’ai vu un documentaire lundi soir sur la première tueuse en série américaine et qui a échappé à la peine de mort car oui c’était une femme, comme Pauline Dubuisson d’ailleurs en France. Le « sexe faible » a eu longtemps raison des juges. Il faut dire, que si côté Allemands, les infirmières tuaient, les infirmières françaises, anglaises, canadiennes ou américaines sauvaient des vies ..Pour les furies, Charles Manson a reçu des centaines de déclaration enflammées comme Scott Peterson qui a tué sa femme enceinte de neuf mois.. bref, là on n’est plus dans la normalité !

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  5. Il faut voir aussi que les fascistes et les nazis avaient une vision de la femme bien particulière : soumise, à la maison, et consacrée à ses enfants qui devaient être nombreux et bien portants. La femme nazie n’était pas censée avoir le moindre pouvoir… elle devait obéir.

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  6. Ça m’a l’air passionnant malgré tes bémols (et je connais sans doute moins bine le sujet que toi…) et glaçant, moi qui pensais que les femmes étaient incapables d’ignominie à part Thatcher comme le chantait Renaud (je plaisante, bien sûr, je sais malheureusement que la barbarie n’est pas un apanage masculin…).

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  7. Très tentant, c’est tout à fait le genre d’essai qui peut m’intéresser.
    Ca me fait penser à Irma Grese que j’ai découvert dans « Ni vues ni connues » ; elle était très jeune, et elle était reconnue pour être redoutable. Sa courte biographie présente dans l’ouvrage m’a fait froid dans le dos.

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      1. Je me demande si ce ne sont pas d’autres nazis qu’il lui ont donné ce surnom. Je n’ai trouvé, à présent, que les surnoms qui lui ont été donnés mais pas d’où ça vient – cela s’est peut-être perdu, c’est possible. Il faudrait que je fasse plus de recherches à son sujet mais je ne suis pas sûre du tenir, ce que j’en ai lu me suffit déjà…

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  8. C’est intéressant, ce rapport entre la justice après la guerre quasiment exclusivement masculine, et la vision traditionnelle de la femme innocente. J’aime bien ta catégorie « La femme est sans aucun doute l’égale de l’homme », mais je pense que ça dépend à quel niveau on se situe. Il y avait certainement moins de femmes parmi les dirigeants nazis que parmi les exécutants (ce qui n’est pas une excuse, évidemment). J’espère que tu auras d’autres essais du même acabit à nous présenter!

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  9. Je ne lirai pas ce livre à cause des réserves que tu exprimes. Mais je me souviens que mes parents qui ont vécu l’occupation nazie détestaient les femmes allemandes qui étaient en France. Ils les trouvaient très cruelles, je m’en veux de ne pas leur avoir fait raconter sur quoi se fondait leur jugement.

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  10. Merci Goran, c’est triste et intéressant. Peut-être y a-t-il un effet de sélection inversée : dans une hiérarchie et une idéologie essentiellement masculines, celles qui s’élèvent et percent sont les moins féminines.

    Je l’espère , moi qui crois que la femme est l’avenir de l’homme.

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  11. Un sujet qui me fait ouvrir les yeux. Sur cette période je préfère les essais et les témoignages, c’est déjà assez abominable sans en ajouter avec une fiction, mais je préfère un coin de ciel bleu, il faudrait dans la balance des infos sur celles qui ont dit non?

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  12. Je ne suis pas surprise, hélas. Derrière le dictateur, une femme, souvent, oui. J’ai pensé, comme Electra, à Charles Manson. Pour l’indignité, il n’y a pas de genre. Sur le sujet, je préfère également les essais et les documents.

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  13. Une lecture très tentante. Les éditions Tallandier publient toujours des livres intéressants. J’adore. On le voit aussi avec Daech récemment, les femmes jouent un rôle, tout comme les hommes, dans l’hystérisation de la haine vis à vis des ennemis du Califat comme sous le régime nazi, les femmes ont joué leur rôle dans l’accession au pouvoir d’Hitler puis dans la mise en place et le fonctionnement de la Shoah. Trop souvent, on parle de la violence des hommes mais les femmes ne sont pas exemptes elles aussi. Hitler a suscité une adhésion forte du peuple allemand, tout du moins jusqu’à Stalingrad. Je note cet essai. Merci pour ce partage fort intéressant 🙂

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  14. Je crois volontiers que les femmes soient, comme les hommes, capables d’atrocités. Ceci dit j’aurais tendance à penser qu’on devait quand même trouver plus d’hommes que de femmes parmi les artisans de la shoah.
    Je pense comme Wendy Lower que si la justice a été plus clémente pour ces femmes c’est qu’elles ont bénéficié d’un préjugé sexiste qui a été pour une fois à leur avantage. En ce qui concerne les femmes de djihadistes je ne suis pas d’accord avec toi : il me semble qu’à l’heure actuelle beaucoup croupissent avec leurs enfants dans des camps de Syrie ou d’Irak.
    Hitler avait les yeux bleus.

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    1. Plus d’hommes aux commandes, par conséquent plus d’hommes, c’est certain. Pour les yeux bleus c’est vrai, mais je pensais aussi à la carrure du parfait grand blond aux yeux bleus. Il ne fait pas très aryen. Beaucoup croupissent en prison, mais il y en a aussi des rapatriées. Mais combien sont jugées  et condamnées ?

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  15. je vais essayer de trouver ce bouquin pour affiner mes connaissances. Quant au sujet de l’innocence des femmes …cela me laisse perplexe, d’un côté elles sont les tentatrices du diable et de l’autre de faibles femmes …. Combien de femmes sont encore peu punies par la loi aujourd’hui dans le cas de maltraitance d’enfant alors que l’homme prend un max !

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