Le brocart, de Teru Miyamoto

Le brocart, de Teru Miyamoto (Philippe Picquier) — ISBN-13 : 9782809713275 — 224 pages — 8 € — Genre : Autrefois, on écrivait des lettres, aujourd’hui on envoie des SMS.

teru

Cette semaine, je reste encore au Japon avec un roman épistolaire et un écrivain nippon que je découvre. Le brocart, de Teru Miyamoto, a été écrit en 1982, puis traduit en français par Maria Grey pour les éditions Philippe Picquier. Comme toujours, c’est parti pour mon résumé, une citation, mon avis… et vos commentaires élogieux !

C’est en promenant son fils handicapé physique et mental (quand on n’a pas de bol, on n’a pas de bol) afin de l’emmener voir les étoiles, à partir du sommet du mont Zaô, qu’Aki Katsunama entrevoit de la télécabine, après dix ans de séparation, son ex-mari Yasuki. Aussi, de vieux souvenirs ressurgissent, c’est pourquoi Aki Katsunama entreprend de rédiger une lettre, revendicatrice et presque colérique, pour demander des explications à l’homme qui autrefois partageait sa vie. Puis, nous apprenons les raisons de leur séparation et comme bien souvent, c’est le bonhomme qui est allé fricoter ailleurs. Pourtant, cette histoire aurait pu passer si l’époux volage n’avait pas, avec sa maîtresse qui a réussi, fait une tentative de suicide. Après un petit séjour à l’hôpital, Yasuki demanda le divorce sans s’expliquer. Dix ans plus tard, Aki Katsunama souhaite comprendre. Dans un premier temps, l’ex-mari ne voudra pas poursuivre la correspondance, mais les courriers, bien plus apaisés, d’Aki Katsunama continueront d’arriver. Par conséquent, Yasuki acceptera petit à petit de se dévoiler. Nous apprenons que celui-ci a vécu de manière chaotique en changeant régulièrement de travail, en buvant beaucoup, en faisant la rencontre de femmes, en en rencontrant une qui essaiera de le motiver. Nous comprendrons que la tentative de suicide n’en était pas une et que le passé n’est pas tout à fait celui que s’imaginait Aki Katsunama. Cette dernière racontera aussi sa nouvelle vie, elle parlera de son fils handicapé, de son karma, de ses rencontres amicales, de son père, de son nouveau mari qui ira aussi aller voir ailleurs (décidément tous pourris les hommes). Je fais bref, mais il faut savoir qu’il se passe énormément de choses dans la vie de l’une et de l’autre et qu’il est impossible de tout aborder.

Avant de vous écrire cette lettre, j’ai relu toutes celles que vous m’avez envoyées. Quantité de choses me sont venues à l’esprit. Autant de choses qu’il m’est impossible d’exprimer verbalement, et qui sont comme des motifs du coeur pour moi seule. Pourtant, il y a une chose que je peux traduire en mots. Vous avez écrit que le fait d’avoir vu votre propre vie avait fait naître en vous la peur de vivre . Mais ne peut-on plutôt dire qu’en réalité, vous avez vu la plus puissante des sources d’énergie qui permette de vivre cette vie humaine, dont on peut dire si l’on veut qu’elle est brève, mais dont on peut dire aussi qu’elle est longue ?

Je suis souvent déçu avec les romans épistolaires, car la plupart du temps les échanges sont assez courts, mais dans ce livre japonais, c’est tout le contraire. Effectivement, les courriers de nos deux protagonistes sont très longs, très fouillés, en tout cas assez suffisamment pour me plaire. Vous l’aurez compris, le texte de l’auteur japonais est extrêmement danse, bourré de détails sur la vie intime d’Aki Katsunama et de Yasuki. En même temps, comme bien souvent dans les romans japonais, il y a beaucoup de non-dits. Le livre est de toute beauté, d’une grande retenue et pudeur. Puis, à force de se livrer, de parler de leurs vies passées et présentes, les sentiments profonds de nos deux correspondants se dévoilent. Et, la rencontre entre ces deux êtres brisés se réalise. Enfin ! Puis, au bout de dix ans, c’est l’empathie et l’apaisement qui finissent par l’emporter. Le brocart, de Teru Miyamoto, est un émouvant roman sur la vie d’un couple qui mettra dix ans pour se comprendre et trouver. Malheureusement, pour nos deux personnages, ce sera dix ans trop tard.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

41 réflexions sur “Le brocart, de Teru Miyamoto

      1. On se fait une lecture commune, Fabienne? 😉

        J’ai aussi beaucoup aimé ton billet Goran, très convaincant.
        En ce qui concerne les romans épistolaires, as-tu lu Les pauvres gens de Dostoïevski ?

        Aimé par 2 personnes

  1. J’ai bien aimé « danse » pour « dense » mais ça va très bien dans ton billet. Et puis il fallait bien une petite remarque qui ne soit pas un compliment béat comme tu l’annonçais dans ton introduction . Et enfin, tu le devines, j’aime bien ton billet et tes petites piques sur les hommes « tous pourris »

    Aimé par 1 personne

  2. mmmmh, une tentation de plus !
    (ce roman me dit vaguement quelque chose, je me demande si je ne l’ai pas eu à un moment, mais je ne l’ai jamais lu – peut-être que je le retrouverai au fond d’une de mes bibliothèques)

    Aimé par 1 personne

  3. Je ne peux mettre qu’un commentaire élogieux car ton commentaire donne vraiment l’eau à la bouche et on n’a qu’une envie : le lire (à discuter avec Eva car cette envie semble partagé !)

    Aimé par 1 personne

  4. Alors franchement c’est facile de m’appâter avec du japonais. Mais là, je pense que je passerais mon tour à cause de la thématique du couple qui met longtemps à se trouver, je trouve que c’est vraiment un poncif en littérature. Après ça n’empêche pas l’œuvre d’être émouvante…

    Aimé par 1 personne

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