Les Pleurs du vent, de Medoruma Shun

Les Pleurs du vent, de Medoruma Shun (Zulma) — ISBN-13 : 9782843047718 — 123 pages — 16,50 € — Genre : Crâne à musique.

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Un peu de littérature japonaise, cela vous dit ? Et comme cela fait longtemps que je n’y suis pas venu, je suis quasiment certain que vous serez satisfait. D’ailleurs, c’est suffisamment rare pour que cela soit précisé, je vais vous présenter un roman nippon contemporain. En effet, Les pleurs du vent, de Medoruma Shun, a été publié en 2004 et traduit en français en 2016.

L’action du livre se déroule sur l’archipel d’Okinawa. Ainsi, dans le début du texte des enfants se lancent un défi, celui d’escalader la colline afin de pénétrer dans la grotte qui abrite un crâne mystérieux et qui émet un son étrange semblable à des lamentations, les jours de vent. Personne, en dehors du jeune Akira, n’ose y aller. Toujours est-il que ce dernier n’est pas plus rassuré que ses camarades, sauf qu’il se fait violence… Puis, l’histoire bascule et nous retrouvons (Seikichi) le père d’Akira, vraiment pas content, car il apprend la venue de journalistes qui souhaitent réaliser un reportage sur la bataille d’Okinawa et plus précisément sur le crâne qui pleure. Quels secrets cache le crâne ? Pourquoi Seikchi refuse de les dévoiler à Fujii et Izumi, les gens qui travaillent pour la télévision ? Pour comprendre, nous plongeons dans la mémoire du père d’Akira ? Et qu’apprenons-nous ? Tout simplement qu’enfant, pendant la guerre, Seikchi devait se cacher dans la grotte avec ses parents, afin d’échapper aux bombardements. Puis, que celui-ci y a vécu des moments difficiles, comme la blessure de son père et la découverte d’un cadavre, celui d’un kamikaze devenu crâne pleureur. Ce dernier est convoité par les journalistes de la ville. Quoi qu’il en soit, l’histoire ne s’arrête pas là, car ce que ne sait pas Seikchi, c’est que l’un des deux journalistes, Fujii, connaît également l’identité du crâne. Et c’est cette fois-ci en plongeant dans les souvenirs du soldat Fujii, pendant la Seconde Guerre mondiale, que nous apprenons le pourquoi du comment. Avant de poursuivre avec mon avis, je vous propose ce petit extrait…

Soudain, il sentit sa gorge se serrer, comme prise entre les griffes acérées d’un oiseau. Les yeux écarquillés, il venait de saisir l’image d’une multitude de bestioles grouillantes, gonflant comme un amas d’écume. La masse noire n’était autre que le cadavre sur lequel c’était agglutiné des crabes. Au milieu des frottements de leurs carapaces humides, de leurs pattes rigides et poilues, Seikichi eut l’impression de les entendre mâcher la chair du jeune homme. Des crabes tombés sur le sable disparaissaient vers le fond de la caverne en même temps que d’autres surgissaient, s’ajoutant à la nuée. Les crabes avaient entièrement recouvert le corps, sans laisser le moindre espace libre, ils s’entassaient les uns sur les autres, les pattes enchevêtrées, ne cessant d’agiter leurs grosses pinces.

Les Pleurs du vent, de Medoruma Shun, c’est un livre sur les remémorations des différents protagonistes qui se croisent et s’entrecroisent. Il n’y a pour ainsi dire pas vraiment d’intrigue, en dehors de celle de savoir si les personnages vont finir par se comprendre, car bien que tout ce petit monde évolue dans le même espace-temps (présent et passé), celui-ci ne se rencontre jamais. En outre, les nombreux thèmes du texte sont axés sur la mémoire, le douloureux souvenir du passé qui pèse sur le présent. Comme bien souvent dans les romans japonais il y a énormément de non-dits, de silences, de pudeurs. Le rythme est lent et posé, mais très poétique bien que certaines descriptions peuvent, aux âmes sensibles, donner froid dans le dos. C’est d’ailleurs l’extrait que j’ai choisi…  Toujours est-il que l’ambiance du livre a un petit quelque chose de mélancolique et d’envoûtant. Ce n’est pas la meilleure œuvre japonaise que j’ai lue, mais il reste très plaisant. Il se parcourt très facilement. J’ai aimé ce voyage au tréfonds des sentiments des uns et des autres et de l’histoire. Je pense très certainement me procurer le deuxième roman de l’auteur traduit en français.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

46 réflexions sur “Les Pleurs du vent, de Medoruma Shun

  1. Ce que j’en pense ? Je ne crois pas que je lirai ce roman parce que j’ai du mal avec la littérature japonaise. Et il faut que je sente un vrai enthousiasme pour essayer de m’y frotter.

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  2. Bien, de sortir ainsi des sentiers battus. Dommage que tu ne cite pas le/la traducteur/-trice …. (et stp corrige les qqs « fôtes » de frappe dans la citation (genre : Des crabes tombé, les pâtes enchevêtrées – sinon on pense que c’est le traducteur/la -trice qui les a commis….)

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      1. J’avoue très peu parler des traducteurs… Je ne sais pas reconnaître une bonne traduction. Pour moi, seul celui qui comprend la langue d’origine peu juger…

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      2. Toutafé…. je m’eskuz, je suis allemand et ne pense pas toujours à ces « subtilités »…. c’était juste pour la citation du livre, pour faire honneur aux traducteurs … il y a suffisamment de coquilles dans les éditions …. et la Maison Zulma fait partie de celles qui font vraiment gaffe à éliminer ce type d’erreurs de frappe….

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    1. La littérature japonaise, c’est l’une de mes préférés… Ce n’est pas le bon livre pour commencer avec cette littérature, c’est certain… 😉 . Je te conseillerais plutôt « Le Pavillon d’Or » de Mishima.

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  3. Connais pas!
    Je m’amuse des commentaires, je retiens juste que c’est finalement bien de donner le nom du traducteur (une fois je ne l’ai volontairement pas fait, car je citais dans mon billet une erreur grossière de traduction)(il y avait l’anglais d’origine et j’ai pu m’en apercevoir)

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    1. Ça me fait penser aux traditions des livres de Milan Kundera que tout le monde trouvait extraordinaire jusqu’au jour ou l’écrivain a pu se rendre compte que ce n’était pas une traduction, mais une réécriture. Il en a profité pour faire un procès…

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