Retour à Martha’s Vineyard, de Richard Russo

Retour à Martha’s Vineyard, de Richard Russo (La Table ronde) — ISBN-13 : 9791037105196 — 384 pages — 24 € — Genre : La Sorbonne ce n’est pas pour moi.

C’est avec une immense joie et un immense bonheur (en effet, rien que ça) que je participe à la lecture commune organisé par Ingannmic. Celle-ci consiste à découvrir le nouveau roman de l’auteur américain Richard Russo. La dernière fois, car ce n’est pas la première du genre qu’Ingannmic met en place, je n’avais pas aimé le texte que j’avais choisi de critiquer… Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? C’est ce que nous allons voir tout de suite…

Généralement, je rédige un résumé assez complet avant de donner mon avis juste après la citation, mais cette fois-ci la deuxième partie de ma critique est assez longue (je me suis un peu lâché), alors je vais faire bref pour l’histoire du roman. Ce dernier parle d’une amitié de jeunesse (entre quatre personnages) que nous retrouvons environ 40 ans après leur séparation. En toile de fond, nous avons droit à la sempiternelle histoire américaine, c’est-à-dire le Vietnam, Obama, Trump, l’intelligentsia…

Une femme nue – trop loin pour qu’on devine son âge, mais la quarantaine sans doute –vient d’apparaître sur la terrasse en tenant un grand verre rempli d’une boisson quelconque et s’est étendue dans une chaise longue. Bientôt un homme, costaud, plus âgé – Troyer en personne, Lincoln le parierait – sort à son tour de la maison, nu lui aussi. La porte claque derrière lui et le bruit se fait entendre une fraction de seconde plus tard. Quelque chose dans sa posture, l’inclinaison de son corps, suggère qu’il se sait observé, ou peut-être qu’il l’espère seulement. Il demeure immobile pendant un court instant, puis se retourne et regarde vers le haut de la colline. Craignant que Mason lui adresse un signe de la main, Lincoln se lève, ramasse ses deux sacs de courses, et l’écho d’un rire lointain le suit à l’intérieur de la maison de sa mère.

Pour le dernier livre de Richard Russo, je n’ai vu passer aucune mauvaise critique, c’est même pire que ça, puisque tout le monde a été dithyrambique. Peut-on parler d’un effet de foule ? Ou alors, plus probablement, je suis un abruti qui n’a rien compris… D’ailleurs, c’est pour cela qu’en dehors des lectures communes, car j’y suis obligé, je n’aime pas parler des livres que je n’ai pas appréciés. Surtout lorsque je suis un peu seul au monde, j’ai l’impression d’être un extraterrestre (humanoïde) débarquant sur terre et qui ne comprend pas ce qui devrait être compris, comme le fait qu’il est important de relever la lunette des toilettes avant d’aller uriner. Toujours est-il que pour moi ce roman est beaucoup trop caricatural, bourré de clichés, dans l’air du temps, extrêmement bavard (mon dieu que c’est bavard), un peu trop facile, pas assez mélancolique, tendu ou bien immoral… Ce n’est jamais incisif ! La ménagère de plus de cinquante ans appréciera certainement ce livre. Nous avons donc, les pauvres petits pauvres, les pauvres petits riches, la pauvre fille que tout le monde aime, le papa et la maman qui ne sont pas ceux que l’on aurait souhaités, la pauvre petite droguée, mais (forcément) vraiment pas bête, etc. Ouinouin ! C’est un schéma directeur vu et revu, tous les mauvais ingrédients sont au rendez-vous. Et pour saler tout ça, il y a le drame presque banal, il en faut toujours un dans ce genre de récit, même si comme pour la couleur d’une voiture on pense se démarquer (à tort) des autres. Dans ce texte, nous sommes un peu comme dans le monde de Caliméro, c’est un petit personnage de dessin animé fort sympathique qui trouvait toujours que la vie n’était pas juste. Quand j’étais gamin j’adorais Caliméro ! C’était mon meilleur pote ! Ce roman, s’il n’y avait pas en toile de fond une critique (gentillette) de la société américaine et de son histoire, aurait pu faire un parfait scénario pour un épisode des feux de l’amour. De plus, l’histoire des États-Unis en arrière-plan, j’en ai un peu marre, cela a été fait un million de fois et un milliard de fois mieux qu’ici, c’est barbant, car c’est presque toujours la même chose. En fin de compte, je viens de comprendre pourquoi je n’ai pas aimé non plus le dernier roman de Paul Auster. Bref ! Au final, je me suis dit, tout ça pour ça, j’ai vraiment trouvé l’écrivain américain extrêmement bavard et pour pas dire grand-chose de percutant ou bien d’inattendu. On dirait pépé qui tire son histoire en longueur, afin de garder auprès de lui ces trop rares visiteurs le plus longtemps possible, au lieu d’aller à l’essentiel et ensuite à la sieste ! Il n’est jamais trop tard pour prendre conseil auprès de Patrick Modiano. Malgré la présence du diminutif « pédé » ici et là, l’écriture est assez lisse, proprette, cela ne fait pas très rock’n’roll et pourtant cette musique fait partie de l’univers du roman, mais on dirait que c’est raconté par un petit bourgeois, bon chic bon genre, qui ne sait pas de quoi il parle. Est-ce que Richard Russo a fait appel à des « Sensitivity Readers » ? Je me pose très sérieusement la question, car le livre est un peu niais. D’habitude, j’adore ce genre de texte qui évoque le passé d’une bande d’amis, j’aime quand cela transpire la nostalgie, mais ici rien ne transpire en dehors des lieux communs. Je n’ai jamais accroché, je n’ai jamais eu ce genre de sensation forte qui sait prendre aux tripes, comme dans les livres de Karel Schoeman, Cesare Pavese, Javier Marias, etc. Certes, l’histoire de Richard Russo est bien imbriquée, mais c’est le minimum syndical. Ça, même Guillaume Musso sait faire. Entre un Russo et un Musso il n’y a pas qu’un pas, mais qu’une lettre. Personnellement, je n’ai pas trouvé l’écriture extraordinaire, j’ai ressenti un peu la même chose que lors de ma dernière expérience avec Richard Russo, c’est-à-dire un style standard qui plaira à l’immense majorité, comme le fromage industriel alors que je le préfère puant à vous donner la nausée et au lait cru. Puis, je trouve que le style manque vraiment d’originalité. J’ai lu — je ne sais plus où — que l’écrivain américain ne fait jamais étalage de ses connaissances. Sauf qu’il en a peut-être beaucoup moins qu’il le laisse entendre ? Ce n’est pas l’essentiel, mais lorsque Richard Russo traite des à-côtés, comme du basket-ball ou bien de la bière IPA, etc. c’est navrant de platitude, comme s’il s’agissait d’informations régurgitées d’une incomplète fiche Wikipedia. Pour moi, Retour à Martha’s Vineyard est un bon roman de plage, ce qui est déjà très bien. En toute modestie, je suis capable d’écrire une meilleure histoire sur une amitié en décomposition que celle-là. Voilà ! Je m’arrête ici pour aller boire quelques bibines IPA de la Brasserie du Mont-Blanc, ça va me faire le plus grand bien. Zut, j’ai oublié de vous parler des dialogues, mais c’est sans doute aussi bien…

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

65 réflexions sur “Retour à Martha’s Vineyard, de Richard Russo

  1. Hé bien, quand tu n’aimes pas…. Je dois être bon public, puisque j’ai beaucoup apprécié ce roman, même si ce n’est pas le meilleur de l’auteur à mon avis. Si tu n’aimes pas non plus Paul Auster, je pense que c’est toute la littérature américaine qui n’est pas faite pour toi. (Quant à la comparaison avec Musso, je ferai semblant de ne pas l’avoir lue…)

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  2. J’aime beaucoup ta critique (parfois, c’est très jouissif de lire un avis négatif) ! Elle rejoint en partie ce que j’avais dit pour ma première lecture de Russo, où je parlais de son absence de style…
    Quant à la remarque de Kathel sur Paul Auster… je n’aime pas cet auteur malgré plusieurs tentatives et pourtant j’adore la littérature américaine !

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  3. J’aime surtout « le genre » ….. tu me confirmes en qqs phrases ce que j’ai ressenti en lisant les « bonnes » critiques dans Télérama et Le Monde…. qui m’ont pas donné envie. C’est bien de se lâcher !! Et ça muscle de nager à contre-courant !

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  4. Tu as tort : tu devrais aussi publier des billets sur les livres que tu n’aimes pas, ta critique m’a bien fait rire, même si je ne te rejoins pas sur de nombreux points (je crois comme Kathel avoir été un peu chagrinée que tu compares Russo à Musso…).
    Je pensais que tu n’avais pas trop aimé, mais en fait, tu as carrément détesté ! Je suis désolée de cette 2e tentative, et ne peut que saluer ta persévérance malgré un 1e essai guère fructueux.
    Ce n’est pas mon préféré de Russo, mais j’ai apprécié tout de même, bien qu’on n’y retrouve pas tout à fait ce mélange de tendresse et d’humour qui m’on enchantée dans Un homme presque parfait par exemple (mais je ne sais pas pourquoi je te dis ça, j’ai bine compris que Russo et toi, c’était définitivement terminé !).
    En tous cas un grand merci pour ta participation, qui permet d’apporter un autre point de vue à cette LC !

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  5. Arrrf, tu y as été un peu fort là quand-même mais je ne t’en veux pas, tu m’as bien fait rire! 😉 Pour ma part, j’ai bcp aimé et je suis loin d’être une ménagère de 50 balais 😬 Bravo quand-même d’avoir réessayé parce que perso je n’aurais pas eu ni la patience ni la motivation…

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  6. Toute une critique mon Goran! 🙂 C’est la première fois que je te lis aussi négatif à propos d’un livre. J’adorais aussi Calimero! 🙂 Joyce Carol doit être meilleure pour créer des ambiances nostalgiques avec des bande de copains américains.

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  7. En ma qualité de mauvaise-ménagère-de-plus-de-soixante-dix-ans, je préfère oublier celle, la vraie ! de cinquante ans.
    Jouissif ton commentaire. J’ai lu plusieurs commentaires quasi dithyrambiques sur ce livre et j »avoue que cela m’a fait peu peur. Il m’est arrivé d’être à total contre-courant des livres encensés, mais mince, là, tu t’attaques à du lourd Télérama himself !!
    Je n’aime pas les livres bavards et je crains que cela ne devienne une tendance lourde dans la littérature américaine actuelle. Est-ce un effet kiss cool des universités pour apprendre à écrire un livre ???
    Musso, Russo….

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  8. Merci pour votre critique ! Très drôle – je regrette seulement la misogynie gratuite d’une remarque : « La ménagère de plus de cinquante ans appréciera certainement ce livre. » Je connais des ménagères qui ont plus de goût et d’exigence que des journalistes littéraires.
    Moi aussi, j’évite les critiques négatives. Je pense que nous sommes beaucoup à lz faire – pourquoi perdre du temps, tant de bon livres à lire, autant éviter la méchanceté facile, etc. – cependant elles sont nécessaires ! Sinon, comme vous le dites, on se sent seul quand on n’apprécie pas un livre encensé partout. Elles remettent les pendules à l’heure.

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  9. Finalement il vaut mieux lire la critique de Goran que le livre lui-même ! Excellente critique, j’ai bien ri. Et c’est vrai que les romans américains sont « bavards » Je parle de ceux qui se veulent « le grand roman américain » et ca ne date pas d’hier mais d’au moins 40 ou 50 ans. L’effet des cours d’écriture… Et la poésie a quelques rare exception près est bavarde et verbeuse aussi !

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