Terminus radieux, de Antoine Volodine

Terminus radieux, de Antoine Volodine (Points) — ISBN-13 : 9782757854709 —  576 pages — 8,60 € — Genre : Crac Boum Hue.

terminus

Cela fait vraiment longtemps que j’ai envie de découvrir ce livre, Terminus radieux, mais quelque chose m’a toujours retenu. D’une part, les critiques, très clivantes, qui vont de l’adoration à la détestation, ne m’ont pas rassuré. D’autre part, le fait de savoir que le roman a obtenu le prix Médicis enfonçait le clou. Je n’ai aucune confiance dans les prix littéraires et cinématographiques nationaux, je considère ces derniers comme le meilleur moyen pour flatter les égaux des copains.

L’histoire du livre se déroule dans un monde post-apocalyptique, c’est la fin de la Deuxième Union soviétique. Il y a eu la guerre perdue contre les fascistes, la chute de l’Orbisie et dernier lieu de résistance, mais également des explosions nucléaires qui se sont enchaînées, pour finir par contaminer tout un pays, tout un peuple, de même qu’une idée qui tente, elle, de perdurer malgré la fin du monde qui s’annonce, à moins qu’elle ne soit déjà là car, dans les œuvres post-exotiques, le réel semble côtoyer le rêve et les vivants les morts. Ainsi, c’est dans ce contexte historique qu’apparaissent (dès le début du texte) trois déserteurs, les derniers résistants qui ont fini par lâcher pour ne pas mourir sacrifié, comme de la chair à canon. Iliouchenko et Vassia, épuisés après des jours de marche, s’en remettent à Kronauer pour aller voir ce qu’il y a au loin, au-delà de la forêt et derrière laquelle on aperçoit de la fumée. C’est à bout de force que Kronauer parvient à atteindre son but, il y découvre un kolkhoze du nom de Terminus radieux. Ce dernier est dirigé par Solovieï, un homme aux capacités étranges à l’aide desquelles il réussit à s’introduire dans la tête des gens, pour mieux les contrôler en les vidant par exemple d’une partie de leur mémoire. Dans ce lieu désolé, on trouve également Mémé Oudgoul, c’est une résistante de la première heure qui a fini par faire de l’ombre au parti, car malgré toute sa bonne volonté elle refuse de mourir. D’ailleurs, dans cet univers surprenant, la plupart des intervenants semblent avoir quelques milliers d’années d’existence. Enfin, je n’oublie pas les trois autres personnages féminins et qui ne sont que les filles (esclaves ?) de Solovieï. Et puis, non loin de tout ça, il y a le train qui transporte, on ne sait pas trop où, des hommes et femmes à bout de vie…

Le panorama avait quelque chose d’éternel. L’immensité du ciel dominait l’immensité de la prairie. Ils se trouvaient sur une petite éminence et ils voyaient loin. Une voie ferrée coupait en deux l’image. La terre avait autrefois été couverte de blé, mais au fil du temps elle était retournée à la sauvagerie des céréales préhistoriques et des graminées mutantes. À quatre cents mètres de l’endroit où se dissimulait Kronauer, au bas de la pente, les rails longeaient les ruines d’un ancien sovkhoze. Sur l’emplacement qui avait été cinquante ans plus tôt le cœur d’un village communautaire, les installations agricoles avaient subi les outrages du temps. Dortoirs, porcheries ou entrepôts s’étaient effondrés sur eux-mêmes. Seuls le bloc d’alimentation nucléaire et un portail monumental tenaient bon.

Je ne sais pas pourquoi, mais avant de commencer ma lecture, j’ai cru que celle-ci allait être difficile à cause d’un texte compliqué, pour ne pas dire prise de tête et un peu déroutant. Je m’attendais à quelque chose d’abscon, car beaucoup de lecteurs prétendent ne rien saisir au livre. Et je dois dire que je ne comprends pas, que l’on ne comprend pas, car pour moi c’est tout ce qu’il y a de plus limpide. Certes, l’univers du roman est très étrange, fantasmagorique, mais je considère que cela reste d’une grande lisibilité et clarté. Et puis, j’ai toujours aimé les ambiances sombres et désespérés. Enfin, j’adore lorsque le mystère règne, quand la plume de l’auteur participe à rendre le texte captivant. Pour ma part, j’ai été ravie et je ne peux que vous recommander.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

37 réflexions sur “Terminus radieux, de Antoine Volodine

  1. Merci pour cet article ! Le livre compte parmi mes prochaines lectures. Je trouve Volodine limpide et saisissant, comme dans l’extrait que vous en donnez, seule la construction du récit peut être déroutante, mais cela ne semble pas être le cas ici.
    Au sujet des prix littéraires, j’ai la même impression, qui a été confirmée dernièrement par cet article documenté : https://www.nytimes.com/fr/2020/11/28/world/europe/Renaudot-prix-litteraires-matzneff.html

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  2. Tu m’as fait rire avec Crac Boum Hue mais finalement ça représente bien le roman : il y a eu un gros Crac, un gros Boum et il reste Hue pour les survivants à pieds et le train !
    Je l’ai adoré ce roman 🙂 Je me permets de mettre le lien vers ma note de lecture https://pativore.wordpress.com/2018/07/27/terminus-radieux-d-antoine-volodine/
    Je trouve que tu en parles très bien et j’espère que ça donnera envie de le lire à d’autres lecteurs 🙂

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  3. Hello 🙂

    Je mets ce livre sur la liste « voir s’il est a la bibli »
    pour deux raisons la première est parce sue tu l’as mis dans la catégorie CRAC-BOUM-HUE , genre que j’aime bien découvrir… et la deuxième pour cette phrase « Certes, l’univers du roman est très étrange, fantasmagorique, mais je considère que cela reste d’une grande lisibilité et clarté.« 

    Bonne journée

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  4. Ce livre m’a laissée… perplexe, au mieux! Je n’ai pas du tout réussi à entrer dans l’univers et je me souviens de longs moments où j’ai tourné les pages sans comprendre de quoi il retournait… Bref, le train m’a laissée au bord de la route!

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      1. Il a fait parler de lui à propos d’un article dans Libération, très contesté, entre bouddhisme et extrême gauche, Mes souvenirs ne sont pas nets, mais j’ai souvenir d’une pensée qui avait paru tendancieuse, Il se revendique aussi de la contre culture littéraire, les auteurs post exotisme.

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