Les Derniers Jours de l’humanité, de Karl Kraus

Les Derniers Jours de l’humanité, de Karl Kraus (Agone) — ISBN-13 : 9782910846886 —  792 pages — 30,50 € — Genre : Vive la guerre.

kraus

Je rédige cet article, toujours dans le cadre des feuilles allemandes, une thématique organisée par deux superbes blogs : https://etsionbouquinait.com et http://livrescapades.com . Et, encore une fois, je me suis penché sur le récit d’un auteur d’origine autrichienne.

Dans un premier temps, je voulais vous parler d’un essai de Walter Benjamin qui portait sur le parcours intellectuel de l’écrivain Karl Kraus (né né le 28 avril 1874 à Gitschin et mort le 12 juin 1936 à Vienne). Par conséquent, j’ai découvert la vie et l’œuvre d’un homme authentique qui a combattu l’appauvrissement de la langue, mais également un polémiste qui s’est toujours opposé à la presse qui désinforme. Comme vous pouvez le constater, ce sont des thèmes bien actuels. Puis, j’ai craint de mal résumer les concepts développés par Walter Benjamin et trahir la pensée de Karl Kraus qui n’aimait pas non plus les politiciens. Aussi, car je souhaitais malgré tout vous parler de Karl Kraus, j’ai décidé de lire une de ses œuvres et de vous la présenter. Toujours est-il que j’ai eu du mal à m’arrêter sur un titre, car la plupart des traductions proposées en français ne sont que des livres d’aphorismes. Ces derniers ne me déplaisent pas, mais c’est toujours un peu difficile d’en parler et je souhaitais autre chose. Enfin, j’ai trouvé mon bonheur avec « Les derniers jours de l’humanité » aux éditions Agone. Ainsi, ce récit est considéré comme le chef-d’œuvre de l’auteur autrichien. « Les derniers jours de l’humanité » est une énorme pièce de théâtre, d’environ 800 pages composées de 209 scènes en 5 actes, dans laquelle l’écrivain dénonce la guerre de 14-18 et ses atrocités. D’ailleurs, Karl Kraus, un peu avant la fin de la Première Guerre mondiale, fut poursuivi pour pacifisme. Je n’en sais pas plus. Avant de poursuivre, voici un court extrait.

L’OPTIMISTE : Vous vous mettez des œillères pour ne pas remarquer la grandeur d’âme et le sens du sacrifice que la guerre met en lumière à profusion.

LE RÂLEUR : Non, simplement je ne me cache pas les yeux devant la profusion d’inhumanité et d’infamie nécessaire pour en arriver là. S’il faut un incendie criminel pour vérifier que deux honnêtes occupants d’une maison sont prêts à sauver des flammes dix occupants innocents alors que quatre-vingt-huit occupants malhonnêtes profitent de l’occasion pour se livrer à des crapuleries, il serait malvenu d’entraver l’action des pompiers et de la police en chantant les louanges des bons côtés de la nature humaine. Il n’était nullement besoin de prouver la bonté des bons et inutile de provoquer une situation permettant aux méchants d’être encore plus méchants.

Le texte de Karl Kraus est en fin de compte une immense fresque qui, à l’aide d’un nombre incroyable de personnages, dépeint (pour mieux la dénoncer) la société austro-hongroise à partir de l’assassinat du prince François-Ferdinand. De plus, cette pièce ne comporte aucun héros, mais certains protagonistes, comme l’optimiste et le râleur (mes préférés), reviennent régulièrement. Il faut savoir que le texte est composé d’un grand nombre de propos réels, ce qui confère à celui-ci une valeur historique puisqu’on y découvre l’ambiance d’une époque, mais aussi le ressenti des uns et des autres. L’ensemble peut paraître un peu foutraque, car il n’y a pas de suivi d’une quelconque intrigue. En effet, la pièce de Karl Kraus est composée par des instants de vies, de réflexions, de dénonciations, d’absurdités…  Le propos est souvent intelligent, parfois ironique, parfois quelconque, parfois pertinent. Finalement, cette pièce de théâtre (dans laquelle nous pouvons picorer au gré de nos envies un bout de texte) se lirait presque comme un livre d’aphorismes.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

19 réflexions sur “Les Derniers Jours de l’humanité, de Karl Kraus

  1. Je passe, je crois que j’aurais peur de m’y perdre. Ma (seule lecture des feuilles allemandes précédera ce titre puisque la fin du roman que j’ai lu (La marche de Radzetsky de Joseph Roth), autrichien lui aussi, coïncide avec le début de la guerre 14/18..

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  2. Merci tout d’abord pour le commentaire à destination des organisateurs des Feuilles Allemandes :-). Il n’y a que toi (ou presque) pour chroniquer un tel livre ! En tout cas, si les 800 pages mentionnées au début m’ont presque fait dire que ce livre n’était pas pour moi, je revois ma copie après avoir lu ton billet. Très intéressant !

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  3. Merci d’avoir sorti de l’ombre ce livre/cette pièce de théâtre pas si injouable que ça (en 2016 à la Comédie Française ….2017 au Théâtre de Bobigny). 220 scènes (dont les metteurs en scène peuvent donc bien découpés à leur guise) à 137 lieux différents. Plus de la moitié sont des citations tirés de documents, de ce qu’il a entendu – et il « ripoline » tout ça avec la couleur de la satire.

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  4. Je ne suis pas habituée à lire du théâtre et en ce moment j’ai une préférence pour des livres de moins de 170 pages – Ce n’est donc pas gagné pour Kraus (même si je suis ravie de l’avoir découvert grâce à toi). J’ai pourtant Bertolt Brecht prêt pour l’année prochaine…
    Merci d’avoir enrichi notre mois thématique ! 😉

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