Le Mur invisible, de Marlen Haushofer

Le Mur invisible, de Marlen Haushofer (Actes sud) — ISBN-13 : 9782868698322 —  352 pages — 8,70 € — Genre : Confiné dans la nature.

murinvisible

Cette semaine, toujours dans le cadre des feuilles allemandes, je vous propose la critique d’un roman, Le mur invisible, de l’Autrichienne Marlen Haushofer que je découvre par la même occasion. Avant de vous dire ce que j’en ai pensé, c’est parti pour un petit résumé du livre…

La narratrice, dont on ne connaîtra jamais le nom, vient en visite chez sa sœur et son beau-frère dans un chalet, isolé de tout, d’une forêt autrichienne. Aussi, l’héroïne du roman, pour raconter son quotidien fait de solitude, décide de tenir un journal. Que s’est-il donc passé ? Rien de bien extraordinaire, puisqu’alors que la narratrice se trouvait seule dans la maison, un mur invisible infranchissable est simplement apparu, comme par magie. De l’autre côté de celui-ci, Hugo, le beau-frère, ne bouge plus, comme statufié. Le personnage principal comprend vite que quelque chose de grave s’est passé, peut-être une guerre nucléaire, on n’en sait pas plus et on ne le saura d’ailleurs jamais. Toujours est-il que notre héroïne est protégée derrière son mur invisible. Il y a la nature et le bon air frais, tout va bien. De plus, notre narratrice n’est pas tout à fait seule puisque le chien, le chat, la vache et le taureau lui tiennent compagnie. Les saisons passent, le quotidien routinier aussi. Celui-ci se déroule entre le bricolage, les balades, l’écriture et la chasse pour pouvoir manger de la bonne viande bien fraîche. Les journées sont un peu toujours les mêmes, mais notre héroïne ne manque de rien, mais il faut tout de même savoir s’organiser, car rien n’est disponible en abondance, il faut rationner la nourriture. Que dire d’autre ? Malheureusement, pas grand-chose, car il ne se passe rien d’extraordinaire en dehors de quelques accidents domestiques et puis de trop rares réflexions sur le sens de la vie.

Avant de prendre d’autres résolutions, je voulais savoir s’il y aurait un veau ou non. Quant au mur, je n’allais pas me casser la tête à son sujet. Je décidai qu’il s’agissait d’une arme nouvelle qu’une des grandes puissances était parvenue à tenir secrète ; une arme idéale qui laissait la terre intacte et ne tuait que les hommes et les bêtes. Si elle avait pu épargner les bêtes cela aurait été encore mieux, mais ça n’avait sans doute pas été possible. Jamais depuis que les hommes existent ils ne se sont souciés d’épargner les bêtes au cours de leurs massacres mutuels. Dès que le poison, car je pense que c’est un poison, cessera d’agir on pourra reprendre possession du pays. Si l’on en jugeait par l’aspect paisible des victimes, elles n’avaient pas dû souffrir ; toute l’affaire me sembla l’invention humaine la plus diabolique qu’avait pu concevoir le cerveau de l’homme.

Je vais commencer par le positif, car le texte est plutôt bien écrit, c’est fluide et puis le début est très prenant. De plus, il y a une ambiance mélancolique qui apparaît et ce n’est pas fait pour me déplaire. Ensuite, il y a tout le reste, c’est-à-dire les points négatifs, comme la quasi-absence de réflexions sur la vie ou bien la mort, la quasi-absence de ce qui se déroule dans l’esprit de notre personnage, la quasi-absence d’interrogation sur ce qui s’est passé. Ainsi, le récit est quasiment composé de descriptions des tâches ménagères, de ce côté-là c’est très répétitif. Et puis, on explique qu’il s’agit d’un roman féministe. De mon côté, je cherche encore le pourquoi du comment. Enfin, il paraît que c’est un livre qui défend la cause animale. Là aussi cela me dépasse. D’autant plus que la narratrice va à la chasse. Certes, l’héroïne prend soin de ses bêtes, mais que pourrait-elle faire d’autre pour ne pas se retrouver entièrement seule ? En gros, on fait avec ce qu’on a, un peu comme un prisonnier qui n’a pas de femme dans sa cellule… Je ne vous fais pas de dessin. Je peux m’accommoder de l’absence de recherche d’explication quant au mur et au reste. Mais que dire de la fin ? Et pour une fois je suis obligé de vous la dévoiler. Tout d’un coup, un bonhomme débarque de nulle part et, pour je ne sais quelle saugrenue raison, il se met à tuer tous les gentils animaux de la narratrice qui finit par abattre l’intrus. C’est surréaliste. J’ai bien compris le message qui se cache derrière, mais c’est gros comme une maison. Certes, la narratrice se demande à travers une phrase assez courte pourquoi l’homme a tué, mais pas d’où vient-il ? Et cela s’arrête là avec le retour des descriptions sur les tâches ménagères. Le mur invisible est considéré comme le meilleur roman de Marlen Haushofer, je préfère m’éviter le reste de sa création littéraire… J’avoue ne pas comprendre l’engouement qu’il y a autour de ce livre.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

42 réflexions sur “Le Mur invisible, de Marlen Haushofer

  1. Moi je l’ai adoré, notamment pour sa lenteur… En revanche, je te rejoins sur le fait qu’il ne s’agit ni d’un roman féministe, ni d’un plaidoyer pour la cause animale. Pour moi, il s’agit juste d’une histoire individuelle traitant de la manière dont un individu, détaché de tout contact social et humain, se réadapte au minimalisme et à la dimension instinctive que requiert la survie (d’où à mon avis l’absence de réflexion existentielle que tu évoques: l’héroïne bascule dans un état qui relève de la survie, au quotidien la ramenant à quelque chose d’un peu animal, concentré sur le « faire », le « ressentir » et non sur le « penser »).

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  2. Je ne l’ai pas lu.. Je sais qu’il a beaucoup de succès mais quand il y a trop de publicité, j’ai moins envie de le découvrir 😉 J’ai donc choisi Nous avons tué Stella qui m’a beaucoup plu. Sur la condition féminine, avec un personnage masculin particulièrement répugnant..

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  3. Alors moi j’ai beaucoup aimé.

    Pour moi, les aventures de l’héroïne sont haletantes, elles monopolisent l’attention du lecteur aussi bien que n’importe quel haut fait guerrier de je ne sais quel chevalier: on est terrorisé de savoir si elle va réussir à faire accoucher la vache, on se demande avec angoisse si elle retrouvera la chatte après l’estive à l’alpage: cela paraît bizarre mais le livre n’est pas dépourvu, peut être pas d’un côté épique, mais au moins d’un sens du récit qui tient le lecteur en haleine. On vit avec l’héroïne au rythme des animaux, on suit avec angoisse le cycle des saisons, les semailles, la coupe du bois, l’épandage du fumier, la cueillette des airelles, des framboises, des pommes sauvages, la fenaison …

    Je n’ai absolument pas trouvé ce livre « revendicatif » (condition fémnine ?! Bien-être animal ?!) et c’est probablement qu’il m’a plu (autrement, probable que cela m’aurait énervé). Je l’ai simplement considéré comme une fable et c’est très bien comme ça.

    Le seul problème est pour moi une certaine forme de « retour au réel » que constitue la fin, la fable s’efface et c’est là que, à mon avis ça cloche et que j’aime moins: je ne suis plus l’auteure et je trouve cela un peu décevant.

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  4. J’ai adoré ce livre, lu avant qu’il ne revienne sur le devant de la scène. Il dit peu de choses, mais justement je trouve que cela le rend intemporel de pouvoir le transposer à différents moments, d’y lire ce qu’on veut. La fin s’explique à mon avis par le fait que l’auteur n’a aucune foi en l’humanité.

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  5. J’avais beaucoup aimé cette lecture et je m’en souviens plutôt bien

    Voici ma conclusion de l’époque

    En conclusion : malgré quelques passages tristes, je n’aurais jamais pensé qu’un roman sur la fin du monde puisse être si doux et loin d’un fracas assourdissant. Ecrit en 1963, il me parait toujours d’actualité, en terme de réflexion sur la place qu’a l’homme dans son environnement.

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  6. Je suis de celles qui ont aimé 😀
    Mais je n’ai pas trouvé ce roman féministe (qui a dit ça? :-D)
    Même si j’aurais voulu y lire plus de réflexions sur le sens de la vie etc.. cela ne m’a pas dérangée et je rejoins les autres commentaires qui disent l’avoir lu comme un témoignage.

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  7. Féminisme, cause animale? ha bon? j’ai vu une femme qui n’abandonne pas (et ce pourrait être un homme, genre robinson Crusoe). Oui, le type à la fin, bizarre;
    Mais j’ai aimé ce livre!

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  8. Je l’ai lu, mais mes attentes étaient trop grandes, je pense et j’ai donc été un peu déçue. Comme toi, je n’ai pas aimé la tuerie de la fin, qui semble un moment « ah zut, je dois terminer mon livre ». Mais il y a aussi plein de passages où je me suis reconnue, dans ma vie très solitaire.
    J’ai préféré de loin « Dans la forêt » de Jean Hegland !

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