Sur les cimes du désespoir, de Emil Cioran

Sur les cimes du désespoir, de Emil Cioran (Herne) — ISBN-13 : 9782851972071 —  228 pages — 10 € — Genre : Putain de vie.

cioran

Cet essai philosophique a été rédigé par un jeune homme de 22 ans, c’est assez extraordinaire lorsque l’on y pense. Toujours est-il, que ce genre de livres est un peu difficile à critiquer, c’est pourquoi je vais me contenter ici de ne vous proposer que quelques citations, afin que vous vous rendiez compte par vous-même de ce qui se passait dans la tête d’Emil Cioran. Personnellement, j’aime beaucoup…

Sur le lyrisme…

Lorsque le passé de l’âme palpite en vous dans une tension infinie, lorsqu’une présence totale actualise des expériences enfouies, qu’un rythme perd son équilibre et son uniformité, alors la mort vous arrache des cimes de la vie, sans qu’on éprouve devant elle cette terreur qui en accompagne la douloureuse obsession.

Sur le comme tout est loin…

Isolés, séparés, tout nous est inaccessible. La mort la plus profonde, la vraie mort, c’est la mort par solitude, lorsque la lumière même devient principe de mort.

Sur le fait de ne plus pouvoir vivre…

On meurt de tout ce qui est comme de tout ce qui n’est pas. Tout vécu devient, dès lors, un saut dans le néant. Même sans avoir fait le tour complet de toutes les expériences, il suffit d’en avoir épuisé l’essentiel. Dès lors qu’on se sent mourir de solitude, de désespoir ou d’amour, les autres émotions ne font que prolonger ce sombre cortège.

Sur la passion de l’absurde…

Lorsque tous les idéaux courants, fussent-ils d’ordre moral, esthétique, religieux, social ou autre, ne parviennent pas à imprimer à la vie direction et finalité, comment préserver encore celle-ci du néant ?

Sur le pressentiment de la folie…

J’aimerais perdre la raison à une seule condition : avoir la certitude de devenir un fou gai et enjoué, sans problèmes ni obsessions, hilare du matin au soir. Bien que je désire ardemment des extases lumineuses, je n’en voudrais pourtant pas, car elles sont toujours suivies de dépressions.

Sur la mort…

Les bien-portants n’ont ni l’expérience de l’agonie, ni la sensation de la mort. Leur vie se déroule comme si elle avait un caractère définitif. C’est le propre des gens normaux que de considérer la mort comme surgissant de l’extérieur, et non comme une fatalité inhérente à l’être.

Sur la mélancolie…

La mélancolie, même la plus noire, est plutôt une humeur temporaire qu’un état constitutif ; celle-ci n’exclut jamais totalement la rêverie, et ne permet donc pas d’assimiler la mélancolie à une maladie.

Sur les contradictions et inconséquences…

Ceux qui, au contraire, ressentent intensément la haine, le désespoir, le chaos, le néant ou l’amour, que chaque expérience consume et précipite vers la mort ; ceux qui ne peuvent respirer en dehors des cimes et qui sont toujours seuls, à plus forte raison lorsqu’ils sont entourés – comment pourraient-ils suivre une évolution linéaire ou se cristalliser en système ?

Sur l’apocalypse…

Ces gens abrutis, qui travaillent sans raison ou se gargarisent de leur contribution au bien de l’humanité, trimant pour les générations à venir sous l’impulsion de la plus sinistre des illusions, se vengeraient alors de toute la médiocrité d’une vie nulle et stérile, de cet absurde gaspillage d’énergie si étranger à tout avancement spirituel.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

35 réflexions sur “Sur les cimes du désespoir, de Emil Cioran

  1. Il dit qu’il aurait aimé devenir un fou gai et enjoué… Au lieu de quoi il y a dans ses écrits une fascination pour la mort qui moi m’inquiète beaucoup, surtout chez un jeune de 22 ans ! C’est bien dit, quel style ! Mais dommage qu’il n’y ait pas grand chose du côté des forces de vie. Déjà brisé à 22 ans…

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  2. 22 ans ?! Ça me laisse perplexe. Une vieille âme, peut-être. On peut envisager les choses ainsi. Une vieille âme avec un karma. Non, je plaisante à moitié.
    Maintenant quand on lit ce que Rimbaud a écrit alors qu’il n’avait que 17 ans, ma foi, on peut se dire que la maturité parfois est étonnante chez certains. Alfred de Musset aussi m’a beaucoup surprise par la maturité et la qualite de ses écrits alors qu’il était encore très jeune. Mais Cioran, lui, a quelque chose d’inquiétant….

    Aimé par 1 personne

  3. je n’en pense que tu bien j’ai dans ma bibliothèque le quarto et son journal que j’aime particulièrement à cause de son éclectisme et de ses formules à l’emporte pièce qui restent pour longtemps dans la mémoire
    je relis ces passages avec bonheur et immédiatement j’ai envie de rouvrir mes livres

    Aimé par 1 personne

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