Le jour des Morts, de Cees Nooteboom

Le jour des Morts, de Cees Nooteboom (Gallimard) — ISBN-13 : 9782070308637 — 448 pages — 9,10 € — Genre : Escapade Berlinoise.

cees

Grâce à Patrice, l’initiateur de cette lecture commune, je reviens à la littérature néerlandaise. Il y a quelques années je m’étais intéressé à celle-ci et puis je suis passé à autre chose, car j’aime changer d’horizon pour toujours plus de magnifiques découvertes. Bref, avant de poursuivre, n’oubliez pas d’aller lire le billet de Patrice et d’Agnès. De mon côté, je suis impatient.

Le jour des Morts, de Cees Nooteboom, est, comme nous le confirme l’auteur à la fin de l’histoire, un titre qui fait référence à la fête catholique du 2 novembre. Ainsi, Arthur Daane, caméraman solitaire depuis la mort tragique de sa famille (femme et fils) dans un accident d’avion, déambule dans les rues de Berlin en évoquant ses douloureux souvenirs. Par conséquent, l’homme qui habitait autrefois Amsterdam nous raconte, au fur et à mesure de sa progression mentale et physique, la ville, son passé, son présent, ses espérances, ses choix. Et puis, notre personnage bifurque de sa route berlinoise pour se retrouver en Espagne afin de suivre une femme, Elik Orange, rencontrée au hasard de la ville. Avec ce roman, nous sommes plongés dans les songes d’un homme et de ses amours perdus. Nous avançons comme dans un rêve brumeux, dans un monde de solitude et de mélancolie. Cependant, ce livre c’est aussi et surtout une réflexion sur le temps qui passe et le déroulement de l’histoire, la grande comme la petite. La Seconde Guerre mondiale est abordée par petites touches, de même que la réunification de l’Allemagne. De plus, il est également question à certains courants artistiques, philosophiques, etc. Personnellement, j’ai aimé trouver des références à des philosophes que j’apprécie tout particulièrement et je pense notamment à Walter Benjamin ou bien Max Horkheimer, tous les deux ont fait partie de l’École de Francfort. D’ailleurs, j’ai eu le sentiment que Cees Nooteboom maîtrisait son sujet. Enfin, bien entendu, ce roman c’est également réflexion sur la vie, notre passage sur terre et la mémoire. Que faut-il retenir du passé ? Que faut-il faire de son présent ? Comment construire son futur ? Que laisser derrière nous ? Enfin, c’est ce que j’ai retenu, c’est ce que j’ai compris…

Il regarda les gens qui travaillaient, tous reliés à une réalité pour lui invisible, mais défini par un lieu et à un moment du temps. Les bibliothèques étaient-là, pensa-t-il, pour conserver, et elles étaient naturellement insérées dans le présent, lequel d’ailleurs se changeait en passé d’une minute à l’autre, mais cette conservation exprimait autre chose, la lutte acharnée du plus infime événement contre l’oubli, lutte qui n’était autre qu’un instinct de survie, un refus de la mort. En laissant mourir une parcelle du passé, quelle qu’elle fût, nous nous exposons nous-mêmes à disparaître, et le seul moyen de conjurer cette crainte, c’était de céder à cette manie de tout conserver.

Il y a de nombreuses années, j’avais lu un titre (L’Histoire suivante) de Cees Nooteboom qui racontait l’histoire d’un misanthrope. J’en attendais beaucoup et puis j’ai été extrêmement déçu. Pourtant, je savais déjà que je reviendrais un jour vers cet écrivain, c’est chose faite. Cette fois-ci je suis tombé sous le charme de l’écriture de l’auteur néerlandais, car elle est d’une grande poésie et beauté. J’apprécie le travail sur le rythme des phrases, mais également sur l’ambiance mélancolique du récit. Le tempo du livre est lent, il est exact que l’on doit prendre son temps pour savourer toute la complexité de cette œuvre, mais ce n’est pas fait pour me déplaire. Pourtant, il est vrai que le texte est parfois labyrinthique, il faut persévérer avant d’atteindre le propos essentiel. Par conséquent, je sais bien que ce roman ne conviendra pas à tout le monde, mais moi, il m’a comblé.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

26 réflexions sur “Le jour des Morts, de Cees Nooteboom

  1. C’est toujours un plaisir de faire une lecture commune. Je retrouve des similarités avec les points que j’ai relevés dans ma chronique, mais pas que… bien sûr. J’aime beaucoup les questions que tu as soulevées ainsi que l’allusion aux philosophes.

    Aimé par 1 personne

  2. C’est très sympa de mettre dans ton billet les avis de Patrice et d’Agnes. En lisant ton billet je me disais que la lenteur nordique allait sans doute m’énerver et en lisant le billet de Patrice j’en ai vraiment conclu que je ne partirai pas facilment dans sa déambulation berlinoise. Pourtant tu en soulignes bien l’intérêt .

    Aimé par 1 personne

  3. Excellente chronique Goran! Merci pour cette présentation. J’adore ces personnages réfléchissant dans la solitude de leurs âmes à leurs amours perdus. À cet égard, le thème de la mélancolie permet de merveilleuses réflexions.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s