Le nuage et la valse, de Ferdinand Peroutka

Le nuage et la valse, de Ferdinand Peroutka (La Contre Allee) — ISBN-13 : 9782376650065 —  576 pages — 25 € — Genre : Ethnologique.

valse

Nous voici déjà arrivés à ma dernière critique de ce mois de mars consacré à la littérature d’Europe de l’Est. Je vous l’accorde, le temps passe si vite en ma compagnie, mais je m’égare. Venons-en à ma critique du roman « Le nuage et la valse » de l’auteur tchèque Ferdinand Peroutka. Qui est ce dernier ? Qu’est-ce que j’ai pensé de son texte ? C’est ce que nous allons voir tout de suite…

Le roman de Ferdinand Peroutka débute par un prologue dans lequel il est question d’un jeune homme un peu paumé (pratiquement clochard), il s’agit d’un certain X qui n’est autre qu’Adolf Hitler, c’est ce que l’on apprend en toute fin de prologue lorsque celui-ci signe le registre lui donnant accès à un lit dans le refuge des sans-abri de Vienne quelques années avant la Première Guerre mondiale. Puis, dans la première partie du roman (qui en compte quatre intitulées « livre »), nous nous retrouvons à Prague qui vient d’être envahi par l’Allemagne nazie. L’innocence et la joie de vivre des derniers jours sont déjà très loin. Aussi, les gens s’interrogent, ils se demandent à quelle sauce ils vont être mangés. Chacun y va de sa petite analyse de comptoir, pour certains c’est la catastrophe, alors que d’autres estiment que rien n’est joué, ou bien encore que, finalement, l’arrivée des Allemands ne va rien changer. Sauf que l’horreur va avoir lieu, c’est ce que va décrire l’auteur à travers différents protagonistes plus ou moins émouvants, dont celui qui revient le plus souvent, un certain Novotny qui va être enfermé dans un camp par erreur, car le pauvre bougre (un homme vraiment malchanceux) est l’homonyme d’un militant antifasciste. Et puis bien sûr arrive la défaite allemande, c’est la fin de la guerre, le retour de Novotny à son poste de travail (celui-ci était banquier), mais également l’arrivée des Russes et du communisme qui allait avec. Enfin, dans l’épilogue (car il y en a un) l’auteur parle de l’après en montrant (ce n’est qu’un exemple parmi d’autres) ce qu’est devenu le nid d’aigle (à ne pas confondre avec le Berghof) : à savoir une attraction touristique. En effet, la vie reprend son cours.

Un jeune Croate, teint sombre et cheveux bouclés, qui venait d’arriver et se trouvait tout au bout de la file, parlait avec un autre jeune Croate au teint sombre et cheveux bouclés, à l’autre au bout du couloir, tout à fait devant. Ils criaient pour s’entendre. Arrivèrent un autre Tchèque et un autre Croate. L’individu qui se trouvait à côté de X venait aussi de quelque contrée du sud ou de l’est. Un autre individu appartenait à quelque peuplade tout à fait indéfinissable, une de celles qui existent dans le monde on ne sait pas pourquoi. Les journaux du matin parlaient d’un Croate qui avait violé une femme allemande dans un parc. Voilà le genre d’invasion tolérée par l’insouciante Vienne.

« Le nuage et la valse », de Ferdinand Peroutka, est un roman quasiment historique. Dans son livre, l’écrivain tchèque ne s’attarde pas sur un personnage en particulier, alors que celui-ci en compte une ribambelle, dont un petit chien. En effet, on peut dire que ce roman ne comporte pas de héros, car l’écrivain passe, d’un personnage à l’autre, d’une scène à l’autre (et parfois sans véritable clôture), un peu comme dans un film qui mêle plusieurs histoires… Nous sommes tour à tour plongés dans l’intimité d’Adolf Hitler, d’un juif qui prend le plus grand soin de coudre sa croix jaune sur son veston, etc., etc. Il faut savoir que le texte a d’abord été une pièce de théâtre avant d’être adapté sous forme de roman et c’est peut-être ce qui explique cela… Toujours est-il que c’est l’histoire d’un pays, mais aussi de la vie dans un camp de concentration, envahi puis libéré par un nouvel envahisseur (russe cette fois-ci), que nous dessine l’auteur tchèque dans ce formidable roman. Ce dernier est parfois dur, triste, touchant, mais également marqué par l’ironie et de l’humour tchèque (comme dans les romans de Karel Capek ou bien, même sans être d’origine tchèque, mes articles). Pour conclure, l’éditeur revient (dans une passionnante postface) sur l’histoire de l’écrivain Ferdinand Peroutka. Je ne vais pas en dire grand-chose, sauf que grâce à celle-ci on en apprend aussi un peu plus sur la République tchèque d’aujourd’hui.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(24 commentaires)

  1. Ah, l’humour tchèque et de Goran 🙂 Une dernière chronique très convaincante ! C’est un livre pour moi, j’aurais aimé être le premier à le chroniquer en mars d’ailleurs :-). Peroutka était une figure importante du journalisme tchèque. Il y a quelques années, le président de la République Tchèque, Milos Zeman, a d’ailleurs provoqué une querelle en affirmant que Peroutka avait écrit que Hitler était un gentleman. Or, personne ne pouvait retrouver ce passage, c’est une histoire qui a pas mal agité le pays.

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  2. Oh, non, c’est déjà fini pour toi ?!.. Il me reste encore deux billets à publier.. je me rends compte que je n’ai publié mes liens ni ici, ni chez Patrice & Eva.. c’est bon pour vous quand même ? Sinon, je les poste dans un unique commentaire.

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  3. Bonjour Goran, me revoici avant la fin du mois de l’Europe de l’Est avec une nouvelle lecture, passionnante, un récit de voyage à la frontière de la Bulgarie :  » Lisière  » de Kapka Kassabova. Maintenant, il me reste à lire tes trois derniers billets !

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  4. Même l’auteur a l’air intéressant ! Ca a l’air bien foisonnant et même si la forme semble originale ça m’intrigue. Il est vrai qu’on oublie souvent que pour une grosse partie de l’Europe, la Libération de 1945 a été le début d’une autre occupation…

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