Banquet en Blithuanie, de Miroslav Krleza

Banquet en Blithuanie, de Miroslav Krleza (Inculte) — ISBN-13 : 9791095086987 —  776 pages — 24,90 € — Genre : Un dîner de con.

blithuanie

Et si, dans le cadre de ce mois thématique consacré à la littérature d’Europe de l’Est, je restais en Croatie ? Moi je dis : banco ! Cette fois-ci, je vous fais découvrir un classique de l’auteur croate Miroslav Krleza. « Banquet en Blithuanie », c’est le titre du livre dont je vais parler, est même considéré comme un chef-d’œuvre. Est-ce que je pense la même chose ? C’est ce que nous allons voir tout de suite…

Dans ce roman, dont l’histoire se déroule dans un pays imaginaire de l’Europe centrale qui parvient à enfin obtenir son indépendance, de l’auteur croate Miroslav Krleza, il est question d’une confrontation. Ainsi, d’un côté il y a le général Baroutanski, c’est le protecteur de la Blithuanie, mais aussi le véritable dirigeant du pays. Puis, en face il y a – Niels Nielsen – l’ami d’enfance du général et intellectuel de renommée, mais aussi le plus grand opposant de Baroutanski. Ce dernier, c’est l’homme fort du pays, c’est celui qui se joue de la démocratie, c’est celui qui devient de plus en plus autoritaire, c’est celui qui agit en despote et qui ne veut plus lâcher le pouvoir. Le docteur en droit, Niels Nielsen, c’est celui qui a décidé de résister en commençant par rédiger un long-courrier (il fait environ 75 pages dans le texte) avec lequel il espère éveiller les esprits, mais c’est aussi celui qui va finir par devoir s’exiler. De plus, la Blithuanie (le pays imaginaire de ce roman), c’est pour moi le personnage principal de ce texte, car il est énormément question de celui-ci. Ainsi, dans les deux premières parties du livre (qui en compte trois), l’auteur nous parle de l’histoire de cet État, des batailles qu’il a dû mener, mais aussi de sa politique actuelle. La Blithuanie, c’est un pays moqué par l’auteur, car malade, fascisant, raciste, qui glorifie le nationalisme. Enfin, la dernière partie du livre est un peu différente, puisqu’il y est question de Niels Nielsen qui s’interroge sur son passé, sur le bien-fondé de ses actes, sur ses regrets, mais aussi sur son présent.

C’est toujours et exclusivement un seul individu qui moralise, quelqu’un qui s’est isolé, qui croit s’être élevé au-dessus de la réalité. L’homme moyen, ce que l’on appelle la masse, la rue, la populace, ce qui, sur les routes, acclame les vainqueurs, ce qui s’appelle la foule, le troupeau de moutons, cela ne fait pas de moral, ni de philosophie, ne ratiocine pas… Cela existe, cela vit ; cela remue, cela boit de la bière, mord dans des saucisses, cela porte un homme en triomphe, cela s’appelle retraite aux flambeaux, défilée, armée, cela coule de soi, cela enfin est en soi son propre but. Au-dessus de la logique de cette meute de chiens, il n’existe absolument rien !

J’ai déjà lu Miroslav Krleza, ce n’est pas un auteur que je découvre, c’est même un écrivain que j’ai présenté sur mon blog dans une critique que vous pouvez lire ici. À l’époque j’avais été extrêmement enthousiaste, pour ne pas dire subjugué. Et, je dois dire que je le suis tout autant avec « Banquet en Blithuanie ». Pourquoi ? Premièrement, car j’adore le style d’écriture de cet écrivain, c’est classique dans la forme, mais aussi d’une grande intelligence, richesse et précision. De plus, l’auteur possède une plume grinçante et cette dernière lui sert (dans ce roman) à tourner en dérision les nationalismes. Deuxièmement, car l’histoire de cette uchronie – dans de longs et extrêmement denses chapitres qui ne contiennent que très peu de dialogues – fait réfléchir sur ce qu’est un État totalitaire, mais également sur des thèmes plus philosophiques comme le sens de la vie, de Dieu, de la morale, de la culture, de la destinée des hommes, etc. « Banquet en Blithuanie » est un roman incroyable, mais si vous cherchez de l’aventure et des intrigues, celui-ci n’est pas fait pour vous. Toutefois, ce roman est-il un chef-d’œuvre ? Définitivement oui, bien que difficile à aborder. Merci aux éditions Inculte d’avoir réédité ce texte qui reste malheureusement encore d’actualité. J’espère que d’autres (du même auteur) vont suivre.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(21 commentaires)

  1. Tu fais tout pour que la Croatie soit le pays le plus représenté cette année ! 🙂
    Krleza est un auteur que je voudrais découvrir – peut-être pas avec ce titre. L’histoire est très intéressante mais le style ne me conviendrait pas en ce moment (petite panne de lecture). Patrice sera intéressé, j’en suis sûre 🙂 merci Goran

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  2. Je note le nom de l’auteur et le précédent titre, plutôt. Tu soulignes la densité de celui-ci ( qui m’intéresse beaucoup mais je vois aussi l’épaisseur, je crains de ne pas être suffisamment dispo pour ce type de texte pour une première rencontre ).

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      1. Oui c’est ce que j’ai malheureusement bien compris. Mais le pas « de côté » aurait pu plaire si cela avait été plus facile je pense…
        Moi qui détestait Zola j’aurais été ravie qu’on me dise ça ! Ça ne me rajeunit pas, nous y avions eu droit au collège ahah

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