L’été de Shin`ichirô Nakamura

L’été de Shin`ichirô Nakamura (Philippe Picquier) — ISBN-13 : 9782809714029 —  693 pages — 11,50 € — Genre : La nuit est si agréable en été.

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Avant les fêtes, je vous ai laissé avec la critique d’un roman japonais. Aussi, pour ce retour (je profite d’ailleurs de cet instant pour vous souhaiter la bonne année) j’ai décidé de poursuivre mon investigation de la littérature japonaise en vous présentant « L’été », de Shin’ichirô Nakamura.

Le roman débute sur les divagations mentales d’un homme, le narrateur, qui déambule dans les rues de Tokyo. Le personnage en question, qui n’est autre que le héros du livre n’a plus toute sa tête, il se sent vieux et semble perdre sa mémoire. De plus, notre noctambule, qui est écrivain de profession, a du mal à se rappeler les visages de son passé, alors qu’il ne cesse de rencontrer ses anciennes connaissances au hasard de ses balades qui favorisent d’étranges et surprenantes coïncidences. Toujours est-il que c’est à l’aéroport de Tokyo que le narrateur retrouve son ami d’autrefois (ami S.), celui avec qui il faisait la tournée des bars, mais également Boris, un russe rencontré à Paris, et d’autres personnages féminins dont il a du mal à se souvenir. Au fur et à mesure on en apprend plus sur tout ce beau petit monde. D’ailleurs, si le personnage principal du livre passe son temps à se balader, c’est pour soigner sa névrose ou plutôt l’atténuer, mais pour cela le narrateur a d’autres méthodes qui ne lui ont pas été prescrites par son médecin, c’est-à-dire le sexe et l’alcool. Cela marche très bien, même si les effets ne durent pas très longtemps. Alors, le narrateur augmente le débit de sa consommation de boissons fortes et de femmes d’un soir et devient accro des deux. Pour assouvir ses soifs et préserver son bien-être mental, le personnage principal se souvient qu’il allait autrefois (accompagné de son ami S.) dans un club : le Salon Noire. Dans ce dernier, le narrateur rencontrait beaucoup de femmes qui étaient pour 50 % des prostituées.

À l’idée de me servir de mon cachet pour me payer les frais d’une partie de plaisir avec une fille travaillant dans cette même chaîne, je trouvai la situation presque comique, et un sourire amer me monta aux lèvres (amer car je sentais à mes côtés la présence d’un autre « moi » qui me regardait froidement interpréter toutes ces bêtises). Sur ces entrefaites la fille, presque en courant et, jetant sur le tatami la serviette qui lui ceignait les reins, se glissa tout contre moi, le corps encore imprégné d’humidité.

Comme vous l’aurez probablement compris, dans ce roman (dont l’histoire se situe au japon des années 50 aux années 70) il est question du monde de la nuit, du sexe et de l’alcool. Le ton est tantôt direct et tantôt alambiqué, car la mémoire de l’homme qui raconte son histoire n’est plus ce qu’elle était (et ne parlons pas de sa santé mentale). Le narrateur lui-même se perd, il ne sait plus très bien différencier le rêve de la réalité. Et d’ailleurs le lecteur non plus. De plus, l’histoire se déroule sur plusieurs périodes qui sont toutes imbriquées les unes aux autres et, me semble-t-il, séparées de dix ans entre elles, car l’auteur fait souvent référence à des dizaines d’années. Le roman de Shin`ichirô Nakamura est très introspectif. Ainsi, en fonction de ses vagabondages, le narrateur raconte sa vie passée et présente, dans de nombreux va-et-vient temporels et descriptifs. Aussi, à travers les actions des différents personnages, l’auteur interroge et analyse les méandres de la pensée et des sentiments humains. Comparé à Proust, l’écrivain japonais a construit son roman à l’aide de phrases souvent d’une longueur incroyable, mais également alambiqué à l’aide de digressions, mais l’ensemble est parfaitement maîtrisé. Il faut dire que le début du roman est extraordinaire et malgré la difficulté du livre et un côté un peu répétitif, lorsqu’il est question des ébats sexuels du narrateur, j’ai beaucoup aimé ce livre et être entraîné dans cette descente aux enfers. Si vous n’êtes toujours pas convaincu, sachez que l’auteur fait souvent référence à la culture française, mais également japonaise en parlant à plusieurs reprises (entre autres) du Dit du Genji.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(9 commentaires)

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