Les Feux, de Shôhei Ôoka

Les Feux, de Shôhei Ôoka (Autrement) — ISBN-13 : 9782746747128 — 264 pages — 19 € — Genre : Balade champêtre.

feufeu
Je sais que vous appréciez la littérature japonaise. Aussi, tout comme la semaine dernière, j’aimerais vous parler d’un roman qui nous vient droit du Japon. Ainsi, « Les Feux », de Shôhei Ôoka, est un livre sorti pour la première fois en 1952 et qui vient d’être réédité en France aux Éditions Autrement.


Ainsi, le livre débute sur une scène, tragi-comique (je dirais même surréaliste), dans laquelle le jeune soldat Tamura est ballotté entre l’hôpital qui le rejette, car celui-ci n’a pas apporté suffisamment de vivres pour être nourri, et son bataillon qui ne veux pas d’un malade dans ses troupes. Le mieux serait que le bon à rien Tamura se fasse hara-kiri afin de ne déranger personne, c’est ce qu’on lui laisse entendre. Sauf que le soldat choisit la fuite, ou plus exactement l’errance et c’est de cette dernière qu’il va être question dans ce roman. D’ailleurs, notre héros n’en est pas un puisqu’il est plutôt du genre trouillard. Par conséquent, il agit et réagit (par des actes insensés) en tant que tel, c’est ainsi qu’il refuse de mourir pour la patrie ou bien l’empereur dont il se fout royalement. L’action du livre se déroule dans les plaines dévastées des Philippines, nous sommes en 1945 et comme vous l’aurez compris la fin de la guerre est tout proche, ce qui reste de l’armée japonaise est débordé de toute part, c’est la Bérézina… Les soldats américains se rapprochent, il ne reste plus grand-chose à espérer. Alors, pourquoi continuer à combattre ? Par conséquent, livré à lui-même, le soldat Tamura erre en essayant du mieux qu’il peut d’éviter la population locale, mais aussi l’armée du camp ennemi tout comme celle des siens, pour survivre. Cependant, Tamura ne pourra éviter les rencontres, ce qui le poussera à des actes (horribles et incompréhensibles) dont il ne se croyait pas capable. Il va bien sûr être question de morts, d’un gueuleton mémorable, mais aussi de tout un tas de scènes atroces. En fin de compte, Tamura, tout en essayant de ne pas le devenir, fera face à la folie des hommes.

Les aspects variés de la nature où il est envoyé pour se battre n’ont aucune signification à ses yeux si ce n’est celle qui découle d’un point de vue strictement stratégique. C’est cette absence de signification qui le soutient et qui est la source de son courage.
Au moment où la cohérence de cette absence de signification est ébranlée par la lâcheté, à moins que ce ne soit par la réflexion, le pressentiment de la mort, qui a encore moins de signification pour l’homme vivant, en profite pour s’installer.

C’est la première fois que je lis Shôhei Ôoka. Toujours est-il qu’il s’agit d’un auteur japonais dont l’oeuvre est marquée par la Seconde Guerre mondiale. Aussi, je me demande si le texte qui nous intéresse aujourd’hui n’est pas en partie autobiographique, car il faut savoir que l’écrivain japonais a été envoyé (en 1944) sur le front dans les Philippines. En tout cas, « Les feux » est un roman qui semble d’un incroyable réalisme. Aussi, ce que nous décrit l’auteur, ce n’est rien d’autre que l’enfer sur terre. Il s’agit d’un monde dans lequel un homme lutte pour sa survie, pour son humanité, contre sa bestialité, contre sa folie. Que sommes-nous prêts à faire pour survivre ? Et d’ailleurs pourquoi vouloir survivre alors que l’horreur ne nous laisse aucun répit, à chaque instant, à chaque action, à chaque mouvement ? Il faut savoir que le texte de Shôhei Ôoka est d’une incroyable noirceur. Le roman est parfois assez glauque, toujours très remuant, car l’auteur ne nous épargnera aucun détail. Les descriptions des cadavres, que Tamura (dans son errance) croisera à plusieurs reprises, qui jonchent le sol sont très marquantes. Il faut avoir le cœur bien accroché, mais il n’en reste pas moins que le livre de Shôhei Ôoka est un grand roman sur la guerre, ses horreurs, mais aussi sur l’âme humaine et ses tourments, une âme que l’on accepte de vendre au diable pour survivre.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(9 commentaires)

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