Le libraire, de Gérard Bessette

Le libraire, de Gérard Bessette (Pierre Tisseyre) — ISBN-13 : 9782890515000 —  143 pages — 9,95 € — Genre : Entre la Grande Noirceur et la Révolution tranquille.

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Le mois de novembre, c’est celui de Madame lit, ou plutôt celui de la littérature québécoise, celle que Madame lit affectionne tant, celle que Madame lit n’a de cesse (pour notre plus grand plaisir) de nous faire découvrir… Merci à elle. Comme vous l’aurez compris, le défi du mois de novembre, auquel je suis très heureux de participer, est consacré à la littérature québécoise.

Pour ce faire, j’ai choisi un roman québécois classique, car c’est ce que j’aime le plus,  en jetant mon dévolu sur Le libraire, de Gérard Bessette qui a été publié en 1960. Pourquoi ce livre et pas un autre ? Tout simplement, car le titre m’a plu… Ainsi, Monsieur Jodoin (Hervé, pour les intimes) décide de tenir un journal pour faire passer l’ennui, car le dimanche il n’a rien à faire, alors que le reste de la semaine se passe plus ou moins bien, puisque les bars sont ouverts et que Monsieur Jodoin (après son travail) peut aller boire des litres de bière sans être dérangé. Il faut savoir qu’après plusieurs mois de galères (et seulement 50 dollars en poche) Monsieur Jodoin a enfin trouvé un emploi (qu’il ne cherchait pas vraiment) dans une librairie de Saint-Joachin. Et tout ça, à cause (ou bien grâce) d’un ami qui travaille au bureau de placement de l’État. Toujours est-il que Monsieur Jodoin est plutôt satisfait de son emploi, car il parvient (sans trop de difficultés) à en faire le moins possible, tout en ayant le moins d’interaction sociale possible. C’est ainsi que notre héros évite autant qu’il peut ses collègues de travail, ses compagnons de beuveries, sa logeuse. On peut dire que tout se passe pour le mieux, jusqu’au jour où le patron de Monsieur Jodoin le fait venir dans son bureau pour lui parler d’une pièce secrète qu’il appelle capharnaüm. Hervé ne souhaite pas être mis dans la confidence, mais il n’a pas vraiment le choix. Par conséquent, le nouvel employé écoute son patron lui parler de la pièce secrète qui regorge de livres à ne pas mettre entre toutes les mains, c’est pourquoi Hervé se voit confier les clés du capharnaüm, afin que celui-ci puisse vendre les ouvrages en question aux clients les plus sûrs. La tâche d’Hervé ne semble pas bien compliquée, jusqu’au jour où le curé de la ville va venir fourrer son nez dans cette histoire qui ne le concerne pas…

Au bout d’un certain temps, M. le Curé est descendu et m’a demandé de la même voix confidentielle si nous n’avions pas en stock « certains livres dangereux ». Je l’ai regardé l’air perplexe en relevant les sourcils et l’ai prié de m’éclairer sur ce qu’il entendait par « livres dangereux ». Un soupçon d’impatience a percé dans sa voix : « Vous savez bien ce que je veux dire, voyons ! Des livres qu’il ne faut pas mettre entre toutes les mains. » Je lui ai répondu que je n’en savais rien, attendu que je ne lisais pas moi-même et que, même si j’avais lu, je n’aurais pas osé porter de jugement là-dessus. Il m’a fixé quelques instants sans bouger. Il se demandait sans doute si j’étais aussi stupide que j’en avais l’air.

J’ai adoré ce livre. Premièrement, à cause du personnage principal, un misanthrope un peu désabusé et complètement blasé, c’est un homme qui ne s’intéresse pas plus aux livres qu’à autre chose, c’est un homme d’un calme olympien et qui cultive à merveille l’ironie. Deuxièmement, car le style d’écriture de l’écrivain québécois est très plaisant, il m’a fait penser à celui de Camus. Troisièmement, car les thèmes du roman sont intemporels. Ainsi, dans ce livre de Gérard Bessette il est question de la censure, de la liberté de penser et d’agir ou bien justement de ne pas le faire, de la place et du rôle de l’église dans la société. Quatrièmement, car l’auteur parle d’une époque historique du Québec qui se situe entre la Grande Noirceur et la Révolution tranquille, mais sans jamais la nommer ou bien trop coller à celui-ci, ce qui permet de rendre le roman intemporel. Aujourd’hui, j’ai la désagréable impression que les écrivains ne savent plus rédiger ce genre de roman, c’est-à-dire à la fois critique de son époque, mais tout en restant éloigné de celle-ci. Je ne sais pas si mon explication est très claire, mais moi je me comprends. Enfin, j’ai été surpris d’apprendre à l’aide de ce roman que les écrivains tels que Zola, Voltaire, étaient (entre les années 50 et 60 au Québec) considérés comme très peu recommandables (pour un public averti) et rangés à l’abri des âmes sensibles dans un capharnaüm.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(27 commentaires)

  1. Le clergé avait une grande emprise sur tout ici jusqu’en 1960… c’est si récent. Et oui, il y avait des livres placés à l’index. Je me souviens d’avoir trouvé une édition du «Grand Albert», dans les années 1990, un livre de sorcelleries, dans le grenier de ma grand-mère. Mon père l’a brûlé. Aujourd’hui, cette édition est introuvable. Merci pour cette belle présentation! Je connaissais ce livre. Je l’ai ici. 🙂Je note ton titre pour le défi.

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