Les Lieux, histoire des commodités, de Roger-Henri Guerrand

Les Lieux, histoire des commodités, de Roger-Henri Guerrand (La Découverte) — ISBN-13 : 9782707157881 —  224 pages — 10,50 € — Genre : Scatologique.

popo
Bien que je continue toujours d’en lire, cela fait bien longtemps que je ne vous ai pas parlé d’un essai. C’est pourquoi j’ai décidé de vous présenter, aujourd’hui, un petit livre d’histoire rédigé par Roger-Henri Guerrand. Ainsi, ce dernier (né en 1923 et mort en 2006) est un spécialiste de l’histoire de la vie quotidienne.

Le sujet qui va nous intéresser dans cette critique est primordial puisqu’il concerne toute l’humanité. Et non, il ne va pas être question d’écologie (un peu peut-être), mais de popo, c’est-à-dire de pipi et caca et de tout ce qui gravite autour des excréments. Je vous l’accorde, le thème qui va être traité dans ce billet n’est pas très appétissant, mais fort passionnant et je dirais même qu’il est parfois très amusant et aussi très inquiétant. Vous devez vous demander, comment m’est venu l’idée de parler d’une pratique – pourtant indispensable – que l’on n’aime pas partager, ni même avec sa tendre moitié ? C’est très simple. Il y a plusieurs années, j’ai vu un documentaire qui traitait du même sujet et dans lequel une petite fille, qui n’avait pas accès à l’eau potable en quantité suffisante, demandait si c’était vrai qu’ailleurs dans le monde les gens chiaient dans l’eau. Forcément, j’ai été interpellée… Mais revenons à notre livre. L’auteur de l’ouvrage commence son essai par quelques considérations techniques qui nous permet de mieux comprendre l’ampleur du problème. Ainsi, un être humain décharge environ 450 kilos d’urine par an et 150 grammes de matière fécale par jour. Comme vous pouvez vous en rendre compte, la quantité de ce que notre corps rend à mère Nature est énorme. Par conséquent, il faut bien trouver des solutions pour se débarrasser du trop-plein. 

Selon Hérodote, un pharaon fut guéri d’une maladie d’yeux par l’urine d’une femme qu’il épousa ensuite. Ces vertus du pissat furent plus tard célébrées par Pline dans son Histoire naturelle :  ainsi est-il bon, pour l’état général, de s’exonérer chaque matin sur les pieds. Dans les soins de la bouche, rien ne vaut un rinçage avec ce divin liquide, il apporte de l’éclat à l’émail. Qui plus est, l’urine des eunuques s’avère souveraine pour rendre les femmes fécondes.

Dans une première partie, assez brève, l’auteur nous parle de Rome de leurs toilettes publiques qui possède un système d’égout. J’apprends que l’empereur Vespasien n’est pas l’inventeur des vespasiennes, mais d’un impôt sur la collecte de l’urine qui servait à tanner le cuir. Ensuite, dans le livre il est question de ce qui se passe en France et surtout à Paris. Je vais vous faire un résumé rapide, sans vous donner trop de dates. Par conséquent, au début de l’histoire les gens faisaient leurs besoins dans la rue – sans même s’abriter dans un coin pour cacher ses attributs – en baissant tout simplement leur pantalon ou bien en relevant leur jupe. Sinon, on balançait le contenu de son pot de chambre par la fenêtre, le plus souvent l’atterrissage se faisait sur la gueule des passants. Toujours est-il que la pudeur n’existait pas, mais la puanteur oui. Alors, malgré la joie et la bonne humeur due à la merde, qui porte bonheur, on a voulu remédier à ça. D’ailleurs, les excréments ont longtemps été un sujet d’amusement. Les poèmes, livres ou bien pièces de théâtre d’ordre comiques sur le besoin naturel des gens étaient nombreux. Puis, petit à petit, on a pris conscience de la gêne occasionnée par « le bruit et les odeurs » (c’est une expression que Jacques Chirac a rendue tristement célèbre). Il faut dire qu’autrefois Paris était vraiment dégueulasse, certaines mauvaises langues diront que cela n’a pas beaucoup changé, mais je vous assure que oui. Alors, à Paris, une police sanitaire a été créée, pour des questions d’hygiène, mais également car – malgré l’installation de la première vespasienne en 1841 – les gens voulaient continuer à faire leurs besoins dans la rue. Petite parenthèse, c’est un américain qui en 1851 a inventé le PQ, l’auteur ne dit pas comment on faisait avant, mais j’ai ma petite idée… Quoi qu’il en soit, les water-closets, une invention anglaise, débarquent sur le tard en France afin de remplacer les toilettes à la turque. Les Français sont généralement les derniers à adopter une nouvelle technologie, tandis que les Anglais sont très bons pour laisser mourir leur industrie, et c’est ainsi qu’aujourd’hui la reine des chiottes est japonaise. Afin de convaincre les derniers récalcitrants sur l’adoption du système anglais, on raconta l’histoire d’un jeune élève qui s’est coincé le pied dans le trou pendant qu’il faisait popo. Par chance, l’enfant a échappé à une fracture. Sauvons nos petits, vivent les water-closets ! Au fur et à mesure, la gêne, le besoin de s’isoler et la pudeur se sont installés. Il n’était plus question de montrer son cul ! Puis, il est devenu honteux de parler d’un besoin pourtant naturel et plus personne ne riait de ce sujet, l’humour scatologique a presque disparu, avant que l’humour tout court finisse un jour par s’éteindre…

« Les Lieux, histoire des commodités », de Roger-Henri Guerrand, est un livre très intéressant, j’ai adoré, car il est à la fois très facile à lire, mais aussi très instructif. L’ouvrage contient énormément d’informations et d’anecdotes. Au début de chaque grand chapitre, nous avons même droit à une illustration, mais elles ne sont pas affriolantes. Cependant, le livre n’est pas parfait, car il est trop centré sur la France. J’aurais aimé savoir comment cela se passait dans le reste du monde, chez les musulmans, les asiatiques, etc. J’en ai fini avec mon petit tour de la grosse merde. J’espère que vous avez aimé, euh non, je voulais dire apprécié, euh non, ce n’est toujours pas le mot juste. Enfin, bref, vous m’aurez compris…

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(15 commentaires)

  1. Non, le Paris d’aujourd’hui n’est pas sale. J’ai déjà eu l’occasion d’y passer des nuits blanches, eh bien vers 5 ou 6 heures du mat, c’est le grand récurage. Au karcher. Non, cette ville n’est pas sale. Ceux qui y vivent et y séjournent, oui !
    Voilà qui est dit…
    Maintenant, j’ai le sentiment que ce sujet n’est pas nouveau. J’ai eu l’occasion de voir une expo de rue, dans le quartier Bastille, sur ce sujet (super expo, soit dit en passant)
    D’ailleurs, peut-être était-ce un hommage à cet essai !
    En tout cas, je ne doute pas que ce sujet soit riche d’enseignements.

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  2. C’est un sujet que je trouve très intéressant même si ça sent un peu mauvais. Moi aussi la,remarque de la petite fille qui s’étonnait qu’on puisse « chier » dans de l’eau potable m’a fait réfléchir.

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  3. J’ai beaucoup aimé les jeux de mots de l’article, notamment « mon petit tour de la grosse merde ». Pour ce qui est du documentaire présentant une petite fille qui se question sur nos déjections dans l’eau, ça me rappelle un comique ivorien qui se moquait de la France justement à propos de ça. Il disait en gros qu’on était bien pompeux de déposer nos besoins dans une eau potable. Il n’a pas tort d’avoir raison comme dirait ma grand mere…

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  4. Excellent, merci ! Ca va plus loin qu’il n’y parait notamment avec l’installation de la pudeur, qui nous mène a aujourd’hui et la negation totale du corps et tout ce qui va avec, y compris le politiquement correct (perte de l’humour non seulement scatologique mais tout court comme vous le mentionnez)

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