Sur le Mont Mitaké, de Sîbourapâ

Sur le Mont Mitaké, de Sîbourapâ (Zoé) — ISBN-13 : 9782889276134 — 174 pages — 19,50 € — Genre : Je t’aime moi non plus.

mitake

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un livre thaïlandais, c’est un texte que je découvre grâce à la collection « Les classiques du monde » des éditions Zoé. « Sur le Mont Mitaké » est d’ailleurs un classique de la littérature thaïlandaise pour la première fois traduit en français.

En ce qui concerne l’auteur, je ne vais rien dire de plus que l’éditeur, mais sachez que Sîbourapâ (1905-1974) fut en son temps un romancier et intellectuel qui s’est investi dans la lutte contre la censure et pour la justice sociale. Toujours est-il, que le texte qui nous intéresse ici a été écrit en 1937, mais également deux fois adapté au cinéma. Encore une fois, je ne fais que répéter ce que dit l’éditeur, car je ne connais pas les films en question. Pour l’histoire, cette dernière se passe presque entièrement au Japon, elle débute par la fin, lorsque le personnage principal (et narrateur) Nopporn accroche au mur de son bureau un tableau du Mont Mitaké. En effet, quelques années auparavant, lorsque Nopporn était encore un jeune étudiant, celui-ci s’est occupé d’un couple venu droit du Siam pour visiter Tokyo, ville dans laquelle le vieux haut dignitaire thaïlandais connaît beaucoup de monde. Aussi, afin d’éviter que la jeune et belle princesse Kîrati s’ennuie, l’inexpérimenté Nopporn doit l’occuper. Nopporn tombera amoureux de celle qu’il croit plus jeune qu’elle ne l’est et de quinze ans son aînée. Kîrati, bien plus posée, fera tout pour calmer les ardeurs de l’impétueux guide, compagnon de route, ami. L’histoire de ce roman est, comme vous pouvez le voir, extrêmement simple, mais elle est aussi très cruelle et paradoxalement très riche, car il s’agit d’un texte qui s’intéresse à la psychologie de ses personnages et qui ne contient pratiquement aucune intrigue. C’est un récit très classique dans la forme et sur le fond qui ne révèle rien d’exceptionnel, mais qui est beau et mélancolique. Et puis les destins de Kîrati et Nopporn sont tragiques. Tous les deux sont noyés dans leurs traditions. Elle s’en rend compte, tandis que lui, pas vraiment, jusqu’à ce qu’il finisse par comprendre.

Je n’avais jamais rencontré la princesse Kîrati et le peu que Lord Atikânboddî écrivait sur elle dans sa lettre n’était pas très révélateur. Je supposai qu’elle devait avoir la quarantaine ou peut-être un peu moins, était probablement hautaine ou à tout le moins distante, conformément à son lignage royal, et certainement n’aimait pas les jeunes gens bruyants et agités, car ce n’était pas non plus dans ma nature. C’était probablement une personne plutôt discrète peu encline à s’amuser de la façon dont la plupart des gens le faisaient et probablement ancrée dans ses habitudes aussi, autant de choses qui invitaient à la prudence dans mes relations avec elle.

Comme vous l’aurez probablement compris, j’ai beaucoup aimé ce petit texte très bien écrit, très agréable à lire, car très bien raconter. Le récit est certes fluide, mais surtout très envoûtant, presque hypnotisant. Rédigé en 1937, l’histoire de ce roman peut paraître trop pâle, pas assez pimentée, et elle l’est sans doute un peu, mais j’aime ce rythme lent et lancinant. Et puis, ce récit, c’est aussi (en filigrane) l’histoire de la condition féminine de la femme thaïlandaise (Kîrati) en 1937. De plus, j’ai aimé la douceur du texte, le fait que celui-ci n’est pas larmoyant, malgré un amour impossible, malgré parfois du tragique, malgré les vaines espérances, malgré les non-dits cruels… Enfin de compte, je considère ce roman de (plutôt) cynique et désespéré, car la vie est écrite à l’avance, déjà toute tracée par la société, la famille, etc. Il n’y a par conséquent rien à attendre de celle-ci et des rencontres (aussi belles soient-elles) que la vie amène…

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(8 commentaires)

  1. Je l’ai lu récemment, par hasard, car je suis tombée dessus en librairie, que j’aime beaucoup cette maison d’éditions, et que j’ai vu là l’occasion de lire un auteur thaïlandais pour la première fois. J’avoue ne pas avoir très emballée, c’est sans doute un récit à replacer dans son contexte pour en mesurer toute la force… :
    https://bookin-ingannmic.blogspot.com/2019/04/sur-le-mont-mitake-sibourapa.html

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