Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal

Une trop bruyante solitude, de Bohumil Hrabal (Robert Laffont) — ISBN-13 : 9782221188743 — 118 pages — 7 € — Genre : 451.

hrabal

Pour ma deuxième critique de ce mois de mars (consacré comme vous le savez à la littérature d’Europe de l’Est) je vous emmène en République tchèque avec un auteur découvert l’an dernier (justement grâce à ce formidable mois de mars). Celui-ci (de mois) va finir par devenir mon préféré.

Comme vous l’aurez compris, c’est grâce à la blogosphère que j’ai eu envie de lire l’écrivain Tchèque Bohumil Hrabal. Aussi, lorsque j’ai découvert le titre suivant : « Une trop bruyante solitude », je n’ai pas pu résister. J’adore ! Mais de quoi parle ce très court roman ? Dans ce dernier, on suit le parcours d’un drôle de bonhomme qui me ressemble beaucoup, car il aime (tout comme moi) la bière et les livres. Forcément, il ne peut s’agir que d’un type bien. Sauf que contrairement à moi, Hanta, c’est le nom de notre personnage, pratique un étrange métier. Effectivement, cela fait 35 ans que le héros de ce roman détruit des livres en les broyant à l’aide d’une presse hydraulique (qui se trouve dans une cave sombre). La vie de notre Hanta est solitaire, alors il boit de la bière et déambule dans les rues de Prague. Pour oublier son triste métier ? Mais pas seulement, car Hanta s’est donné pour mission de sauver le plus d’ouvrages possible. Sauf que cela ne représente pas grand-chose face à la qualité des textes qui sont envoyés au pilon chaque jour. La bière permet d’oublier et puis c’est si bon (Moi, j’adore la Pilsner Urquell) ! Toujours est-il, que Hanta est réprimandé par sa hiérarchie, car il est trop lent, car la quantité de livres qu’il détruit n’est pas suffisante. En effet, il faudrait que Hanta accélère la cadence, mais celui-ci ne veut pas, car il aime lire les textes qu’il découvre, car il aime passer du temps avec ses amis Nietzsche, Kant, etc. Par la force des choses, Hanta devient une sorte d’artiste bibliomane. Sauf qu’un beau jour, après 35 ans de – presque – bon et – presque – loyaux services, arrive ce qui arrive toujours : l’âge de la retraite. Il faut bien aussi se reposer. Par conséquent, Hanta est remplacé par un petit jeune pour qui seul le rendement compte, pour qui les livres ne sont rien d’autre que des imprimés sales et inutiles…

Tout objet aimé est au centre du paradis terrestre, c’est écrit… Et moi, plutôt que d’emballer du papier vierge au sous-sol de l’imprimerie Melantrich, j’ai choisi ma chute, ici, dans ma cave, dans ma presse, je suis Sénèque et Socrate, voici mon ascension et, même si la paroi me plaque les jambes sous le menton ou pis encore, je ne me laisserai pas chasser du paradis, je suis dans mon souterrain dont nul ne peut m’exiler, on ne me fera pas changer de place, la tranche d’un livre me transperce les côtes, une plainte m’échappe, me suis-je soumis à la torture pour y découvrir l’ultime vérité ?

« Une trop bruyante solitude », de Bohumil Hrabal, raconte l’histoire d’un résistant, d’une résistance, celle d’un homme qui s’oppose à sa manière à la destruction des livres. Et par la même occasion aux sociétés totalitaires ! D’ailleurs, le livre de l’écrivain tchèque (rédigé en 1976) fut dans un premier temps diffusé de manière clandestine. Malheureusement, je n’en sais pas plus, mais simplement que ce texte (Une trop bruyante solitude) est celui qui a rendu son auteur célèbre. Quoi qu’il en soit, le narrateur (Hanta) s’épanche sur le sort qu’est le sien, sur sa malheureuse tache, sur son âme brisée à cause des livres qu’il doit détruire. Hanta soliloque à n’en plus finir. Il nous parle de son quotidien, de ses vagabondages dans les rues de Prague, de son travail, des auteurs (à travers leurs textes) qu’il rencontre. Aussi, je peux comprendre que ce type de texte ne soit pas fait pour tout le monde, car lire les lamentations d’un homme j’en connais plus d’un qui ne supporte pas ce genre. Cependant, moi, j’aime…

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

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Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(32 commentaires)

  1. J’ai failli l’acheter hier, il était mis en évidence sur l’étal de la librairie où je faisais un tour. Je l’ai finalement remplacé par un roman du Zimbabwe ! Et j’ai réalisé après avoir déposé mon commentaire sur le titre de Sorokine, que j’avais déjà lu un titre de cet auteur : Soupe de cheval, que j’avais aimé, c’est un récit original..

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  2. Une bien belle présentation sur ce roman mettant en scène un homme qui dans sa solitude lutte et qui agit à à sa façon pour un monde meilleur… Dans sa solitude, il me semble en lisant ton billet, il devient lui aussi un artiste en créant un nouvel ordre… C’est vrai que le titre est beau. Merci pour la découverte!

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  3. Ami de la bière et des livres, je te salue :-). Quelle bonne idée de chroniquer Hrabal ! Je n’ai lu de lui que « Postřižiny » (en français, ça a dû être traduit par quelque chose comme « la chevelure sacrifiée ») et celui-ci (mais il y a longtemps – il faut donc que je m’y replonge surtout après la jolie chronique que tu viens de nous offrir). Ces livres ont été également adaptés au cinéma : peut-être as-tu déjà vu « Trains étroitement surveillés » de Jiri Menzel, qui a eu l’Oscar du Meilleur film étranger en 1968 ? Un vrai régal (comme la Pilsner Urquell d’ailleurs, encore que je préfère la bière Chodovar ou la Budejovicky Budvar !). A bientôt !

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    1. Merci pour le conseil du film, je ne connaissais pas, mais je viens de le télécharger, peut-être que j’écrirai une critique dessus. Tu as aimé le film ? Ça pourrait être une bonne idée. Je vois que j’ai trouvé mon Dieu et Maîtrre en matière de bière… 🙂

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  4. Je n’ai pas osé faire un commentaire car je préfère le vin… Mais je ne peux pas laisser passer un tel billet inaperçu, d’autant plus qu’on y décèle l’humour tchèque 🙂 Je suis ravie de voir Hrabal. C’est un livre que j’ai lu il y a très longtemps, il faudrait que je le relise… Est-ce que tu arrives à te représenter Philippe Noiret dans le rôle de Hanta? C’est lui qui l’a joué.

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