Roman, de Vladimir Sorokine

Roman, de Vladimir Sorokine (Verdier) — ISBN-13 : 9782864326052 — 598 pages — 29,50 € — Genre : Une nuit en enfer.

roman

Je débute ce mois de mars consacré à la littérature d’Europe de l’Est par un roman russe contemporain. Il s’agit du titre « Roman » (c’est un prénom masculin), de Vladimir Sorokine. Avant de vous dire ce que j’en ai pensé, comme toujours voici un petit résumé de l’histoire.

Je ne sais pas comment commencer ma critique, car il va m’être très difficile de vous parler de « Roman » sans dévoiler un fait important de l’histoire, mais je vais essayer de faire au mieux. D’ailleurs, je vous conseille de ne pas lire mon second paragraphe, celui qui vient juste après l’extrait. L’action du livre se déroule en Russie vers la fin des années 1800. Roman Alexiévitch fait sa crise de la quarantaine (sauf qu’il a 32 ans), il en a marre de la ville, il veut retrouver le bon air frais de la campagne. Pour cela, Roman vient s’installer chez son oncle (Anton) et sa tante (Lidia), un couple aimant et généreux, un couple qui fera tout pour soutenir leur jeune neveu dans son nouveau projet de vie. En effet, Roman a abandonné une carrière d’avocat afin de devenir artiste peintre. En quelque sorte, le citadin souhaite revenir aux sources, celles de sa jeunesse passée auprès de tonton Anton et tata Lidia. Roman désire renouer avec une époque et un lieu heureux et fantasmé. Le neveu chéri a aussi le secret espoir de retrouver son amour d’adolescence, la jeune et splendide Zoïa. La vie est belle, tout se passe pour le mieux pour notre jeune héros… Ce dernier, entre les parties de chasses, pêches, mais aussi nombreuses balades en forêt, n’a pas le loisir de s’ennuyer (et c’est tant mieux). La vie à la campagne est si exaltante, les gens qui y vivent sont si passionnants que Roman n’a pas beaucoup de temps à accorder à la peinture. Finalement, Roman croisera le chemin de celle pour qui son coeur secrètement brûle, la toujours aussi splendide Zoïa. Que c’est beau l’amour ! Malheureusement, les choses ne vont pas évoluer comme Roman l’entend, car celle qu’il a aimée autrefois n’est pas telle qu’il imaginait. Cependant, notre jeune héros va très rapidement trouer sa moitié. Et puis tout va s’accélérer, la vie paisible de Roman va s’emballer, s’emballer, s’emballer…

La rivière exhalait sa fraîcheur, les buissons de saules et les jeunes bouleaux avaient revêtu leurs feuilles vertes toutes neuves, que la brise faisait froufrouter, et ce bruit nouveau, si longtemps attendu, réjouissait le coeur. Le réveil de la nature causait toujours une vive émotion à Roman. Au printemps, il se sentait complètement différent : son âme éprouvait ce que ressent un homme qui, au terme d’une très longue absence, revient au pays. La raison en était que Roman ne considérait pas autrement l’hiver que comme une pause entre deux printemps, pause qui pour lui n’était pas la vie, juste l’existence. Il en résultait, que, de son point de vue, l’hiver, la nature et les hommes ne vivaient point, qu’ils se contentaient d’exister dans l’attente du printemps. Cette existence avait à présent pris fin, ce que lui murmuraient distinctement les petites feuilles poisseuses.

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, c’est la première fois que je lis un roman contemporain russe. Je suis allé vérifier dans ma base de données et en dehors d’un petit recueil de nouvelles, le livre que j’ai choisi de vous présenter aujourd’hui est ma seule expérience avec la littérature russe moderne. Toujours est-il que Vladimir Sorokine est un écrivain postmoderne qui décrit le totalitarisme sous forme allégorique. J’ai découvert ça en lisant la fiche Wikipédia de l’auteur. « Roman », de Vladimir Sorokine est un livre étrange, surprenant, étonnant, détonnant… Dans un premier temps, j’ai cru lire mes auteurs russes classiques préférés, j’étais conquis, aux anges, en terrain connu. Sur les 400 premières pages, l’ambiance est heureuse, cela parle d’art, d’amour, de Russie. L’âme russe y est mise à nue comme dans un bon roman de Dostoïevski. Quelle merveille ! Et puis, on commence à se demander ou l’on va, car il ne reste plus beaucoup de pages à lire et tout s’accélère à un point inimaginable. Par conséquent, l’histoire bascule dans un autre univers, à l’antithèse de celui qui nous a jusqu’ici subjugués. Et on prend littéralement une claque, c’est un déferlement de violences qui nous tombe dessus sans prévenir. Le récit devient fou, vif, cinglant, hallucinant… Personnellement, malgré l’overdose de violence, j’ai adoré, mais (que voulez-vous) j’aime être surpris.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

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Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(26 commentaires)

  1. Moi aussi j’ai lu ta chronique jusqu’au bout, je n’ai pas pu résister 🙂 L’overdose de violence a un peu freiné mon enthousiasme, je l’avoue…
    (On est mardi – tu changes tes habitudes 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Ton billet me tente beaucoup, à la fois pour l’histoire mais aussi pour la découverte d’un auteur contemporain russe (le dernier que j’ai lu est La soif de Andrei Guelassimov, tu dois l’avoir sur ta liste!). Bonne pioche pour débuter Le mois de l’Europe de l’Est, dis-moi👍

    Aimé par 1 personne

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