La Mort du Vazir-Moukhtar, de Iouri Tynianov

La Mort du Vazir-Moukhtar, de Iouri Tynianov (Gallimard) — ISBN-13 : 9782072710827 — 720 pages — 9,40 € — Genre : Tourbillon historique.

vazir

Certaines parties de mon article vont vous sembler extrêmement étranges, mais il faut savoir que j’ai rédigé ce texte cet été. Et il a fait très chaud comme vous devez vous en souvenir. Mais revenons-en à ma lecture qui m’a été conseillée par Patrice du blog (Et si on bouquinait un peu ?).

Oui, il m’arrive encore de découvrir des écrivains classiques russes, car, non, je n’ai jamais lu Iouri Tynianov. D’ailleurs, je ne connaissais pas ce dernier avant que Patrice ne me propose cette lecture. Ainsi, Iouri Tynianov (né à Rejitsa en 1894 et mort en 1943 à Moscou) est un auteur (poète, romancier, etc.), mais aussi l’un des fondateurs de l’école formaliste russe. Il s’agit d’un courant qui un peu comme moi révolutionna le domaine de la critique littéraire. Ainsi, « La Mort du Vazir-Moukhtar » est le titre d’un roman historique qui raconte les derniers mois de la vie du dramaturge et diplomate russe Alexandre Griboïedov. Ce dernier rentre au pays en héros, acclamé par toute la Russie, tel un joueur de football qui aurait gagné la coupe du monde. Pourquoi ? Tout simplement, car Alexandre Griboïedov a signé un accord de paix, très avantageux pour son pays, avec les Perses. Vous l’aurez compris, les raisons de la popularité du diplomate russe sont bien moins importantes que celle d’un champion du monde de football. Toujours est-il que la notoriété d’Alexandre Griboïedov commence à déranger. La plupart des notables et politiciens haut placés craignent de se faire remplacer par le nouveau héros national. L’empereur Nicolas Ier redoute aussi la popularité du jeune diplomate. À l’époque les politiciens ne savaient pas surfer sur la vague, profiter de l’embellie populaire à moindres frais. Par conséquent, afin de se débarrasser de celui qui devient gênant, on lui offrait une promotion empoisonnée, une de celles que l’on ne peut pas refuser sauf à passer pour un traître. Aussi, Alexandre Griboïedov se voit récompensé de son travail admirablement mené, en étant nommé, ministre plénipotentiaire, dans le pays ou il est le plus détesté au monde : la Perse. Bien qu’à contrecœur, Alexandre Griboïedov ne peut qu’accepter sa nouvelle mission. Celle-ci comme on peut l’imaginer va s’avérer, moralement et physiquement, très compliquée…

L’espace et le temps ont sur le mot « trahison » des influences diverses. L’espace le rend court et terrible. Une nuit, un soldat passe dans le camp adverse et se livre à l’ennemi. Quelques centaines de mètres en dehors des routes, fût-ce en plein bois ou en rase campagne, par terrain plat ou montagneux, le changent à tout jamais. Ce qui se brouille et se perd, ce ne sont pas les frontières d’un État, mais celles de l’homme.

Le texte avait tout pour me plaire, car il montre l’histoire d’un homme brisé, seul face à la machine étatique, dans un contexte historique. L’auteur décrit l’atmosphère d’une époque, mais aussi les états d’âme d’un homme épuisée par les nombreux voyages dus à sa fonction, mais aussi par toutes les mondanités auxquelles il ne peut se soustraire. Le climat de l’époque et des lieux sont très bien restitués. Cependant, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais réussi à rentrer pleinement dans le live. Je lisais un peu en ayant la tête dans le vide sans être accroché par l’histoire. J’avais l’esprit ailleurs, sans doute à cause de la chaleur de l’été, mais aussi (peut-être) à cause des litres de bière par jours nécessaires à mon bon rafraîchissement. Je garde ce livre quelque part dans un coin, pas trop loin de moi, afin de le relire un jour. Il est très rare que je relise un roman, mais celui-ci, il me semble, mérite un effort de ma part. Cependant, je vais laisser passer quelques années avant de me replonger dans cette immense fresque.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(14 commentaires)

  1. Il y a des livres parfaitement intéressants, bien écrits, et tout et tout… mais dont la lecture ne nous touche pas. Question d’humeur peut-être, ou d’instant, voire même de maturité, etc. ; mais plus simplement, c’est peut-être juste une question d’affinités. En tout cas, merci pour la découverte de cet auteur.

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  2. Merci pour cette chronique rafraîchissante qui m’a bien faire rire 🙂 Je n’est pas lu La Mort du Vazir-Moukhtar mais c’est un « tourbillon historique » dans lequel je me plongerais volontiers.

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  3. On peut lire tout le temps, mais il y a un moment (enfin, des moments) où la rencontre avec le texte se fait, ou pas. Dans ces cas là, poser le livre et envisager d’y revenir me parait très sage. J’ai lu ce livre là il y a très longtemps, et je me rends compte que j’en ai un souvenir flou et fort à la fois. Je serai incapable de me rappeler ne serait-ce qu’une bribe de l’histoire, mais je me souviens de l’intensité qu’il dégageait.
    il est peut-être temps que je le relise….

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  4. Je n’ai pas lu ce roman historique mais c’est un genre que j’aime bien. Pas toujours évident de se sentir en lien avec l’histoire ou les personnages. Et on ne comprend pas toujours. Mais bon, la bière t’as aidé! Tu le reliras en hiver avec de la vodka! 🙂

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  5. Bonsoir Goran, et tout d’abord bravo pour avoir lu le livre. Tu as eu plus de courage que celui qui t’a proposé la lecture commune avant de se rétracter :-). Tu réussis non seulement à me faire sourire (plus d’une fois !) dans ton billet, mais aussi à me donner finalement l’envie de le lire ! Bravo !

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