Le cul de Judas, de Antonio Lobo Antunes

Le cul de Judas, de Antonio Lobo Antunes (Métailié) — ISBN-13 : 9782864249191 — 220 pages — 9 € — Genre : Troubles psychologiques de guerre.

cjudas

Me voici de retour pour une lecture commune et comme d’habitude je suis accompagné de Marie-Anne. N’oubliez pas d’aller lire sa critique ici. De plus, avec ce billet, je réponds aussi à mon engagement au challenge Portugal. Ce dernier est organisé par la passionnante Cristie de l’excellent blog « Depuis le cadre de ma fenêtre ».

Pour la petite histoire, j’ai une envie de lire cet auteur portugais, car j’ai entendu dire que celui-ci allait très prochainement entrer dans la collection de la Pléiade chez Gallimard. Aussi, comme je ne connaissais pas Antonio Lobo Antunes, je me suis dit que c’était l’occasion de le découvrir. Et puis, le titre : « Le cul de Juda » m’a plu. Je pouvais faire ma proposition à Marie Anne. Revenons-en au livre de l’écrivain portugais. Résumer le roman de Antonio Lobo Antunes ne va pas être simple. Je peux par contre dire que « Le cul de Judas » n’est que le long soliloque d’un homme qui fait le récit de sa vie à une femme. Les deux personnages sont dans un bar de Lisbonne et notre héros vide son sac aussi vite que les verres de vodka dans un premier temps, puis, de whisky, dans un second. Et que nous raconte l’homme ? Tout simplement son passé de médecin militaire dans une ancienne colonie portugaise (à l’époque de la dictature de Salazar) : l’Angola. C’était il y a six ans déjà, mais le narrateur ne parvient toujours pas à oublier. Notre héros voulait partir en Angola pour s’affirmer physiquement, mais, aussi, car un peu poussé par sa famille. Cependant, l’homme devra faire face aux horreurs des combats militaires, de même qu’il se rendra compte (pour mieux la dénoncer) de l’ignominie de la guerre coloniale. L’homme qui boit parle de sa peur de mourir du paludisme ou bien d’une balle, mais dans ce livre la guerre n’est pas le seul sujet. En effet, le narrateur raconte ces brèves permissions au pays bien-aimé : le Portugal. Dans ce dernier, il rejoint son épouse et sa fille. Le médecin militaire en vient aussi à exposer son rapport aux femmes… Il y a celle qu’il a aimée et les autres.

De temps en temps, des visites inattendues arrivaient dans ce trou perdu : des officiers de l’État-Major de Luanda, conservés dans le formol de l’air conditionné, des quinquagénaires sud-africaines qui embrassaient mes malades dans une fureur de rut de ménopause, deux actrices de Revue en train d’agiter à contretemps leurs grosses jambes sur une scène faite de tables, accompagnées par un accordéon exténué ; elles ont dîné au mess des officiers à côté du commandant luisant d’orgueil dont la timidité s’embrouillait dans des sourires d’adolescent pris en faute, pendant que le lieutenant, celui de la bonniche, tournait autour d’elles, flairant leurs décolletés dans une extase muette. L’aumônier, contrit, baissait ses paupières vierges sur sa soupe-bréviaire.

« Le cul de Judas », de Antonio Lobo Antunes, est un texte très sombre. Le narrateur est un homme désabusé, meurtri, qui ne parvient pas à oublier les horreurs que ses congénères ont fait subir au peuple congolais. Le roman de l’auteur portugais est noir et halluciné. Dans un premier temps, j’ai du mal à rentrer dedans, mais après quelques pages je me suis habitué à la prose extrêmement imagée, mais aussi très dense, de l’écrivain portugais. Tout le long du livre l’auteur nous emmène dans d’innombrables scènes à forte image poétique, c’est parfois beau, souvent étrange, toujours surprenant, jamais banal. Peut-être qu’Antonio Lobo Antunes a souhaité ainsi, à l’aide de cet effet stylistique, rendra moins horrible l’enfer de son passé angolais. Toujours est-il que la lecture de ce roman demande beaucoup de concentration, afin de ne pas être perdue dans le flot de paroles rythmé par de longues phrases poétiques. Au finale, c’est un régal de lecture.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(19 commentaires)

  1. Je ne connais pas cet auteur, à part de nom, et le titre est en effet très intriguant… mais je ne suis pas sûre d’avoir envie d’une lecture demandant de la concentration pour le moment. Je note pour plus tard. Et si tu n’as pas lu L’année de la mort de Ricardo Reis de Saramago, c’est selon moi un indispensable de la littérature portugaise à découvrir !

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  2. Encore un grand nom bien connu et que je n’ai pas lu. Tu soulignes la beauté et la difficulté du style ? Je me demande s’il ressemble à celui de Saramago. De ce dernier, j’ai lu Le dieu manchot, un grand livre mais pas facile !

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  3. Bonne idée que ce challenge portugais ! Et très joli titre que celui que tu as choisi pour la lecture commune. A lire l’extrait (mais aussi celui de Marie-Anne, peut-être plus accessible), je comprends pourquoi il semble difficile de rentrer dedans. Je le note (encore un sur la liste !)

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