François, portrait d’un absent, de Michaël Ferrier

François, portrait d’un absent, de Michaël Ferrier (Gallimard) — ISBN-13 : 9782072801426 — 256 pages — 20 € — Genre : Mon ami est mort.

francois

Dernièrement, j’ai des envies de littérature contemporaine française. Je connais très peu et je dois dire que ça n’est pas simple de faire le tri. D’autant plus que la plupart des écrivains qui passent dans les médias m’exaspèrent prodigieusement. Puis, j’ai entendu parler de Michaël Ferrier et j’ai eu envie de le découvrir. Pourquoi lui et pas un autre ? C’est ce que nous allons voir…

Paraît-il que Michaël Ferrier n’obtiendra (cette année) aucun prix littéraire, car depuis quelques années déjà les jurys préfèrent mettre en avant l’histoire à l’écriture. Aussi, comme je suis de ceux qui donnent beaucoup d’importance au style j’ai voulu m’en rendre compte par moi-même. Venons-en à l’histoire du roman. Et, cette dernière est très simple, elle ne contient aucune intrigue. Ça commence bien ! En effet, l’auteur dresse le portrait de son ami François, comme le titre d’ailleurs nous l’apprend. Je ne vais rien dévoiler en vous apprenant que François est mort dans un accident de voiture. Le texte débute avec le narrateur qui se rend à l’enterrement de son meilleur ami. Ainsi, pendant qu’il recherche la tombe de son meilleur ami, celui qui raconte se souvient de François et il nous le présente à travers plusieurs épisodes de la vie de celui-ci. Il y a François le lycéen, François l’étudiant qui fume du cannabis, François l’ami perdu de vue, François, celui qui souhaite réaliser un film, François l’homme de la radio, François qui découvre l’Afrique, François qui vient rejoindre pour un temps son ami et narrateur au Japon. François, portrait d’un absent, de Michaël Ferrier, c’est un roman sur l’amitié, c’est un livre sur les souvenirs, c’est un magnifique hommage à l’ami disparu, c’est un texte sur la vie et la mort, c’est une histoire pour ne pas oublier… Dans ce roman de Michaël Ferrier, il est aussi question (par bribes) de la société française, mais aussi du Japon ou bien de l’art cinématographique, musical, littéraire… François est mort à 47 ans dans un accident de voiture, sa jeune fille Bahia qui l’accompagnait aussi. Toujours est-il qu’il ne sera que très peu question de l’enfant, car le sujet n’est pas là, il est dans le portrait de ce qu’est l’amitié intemporelle…

Me voilà à mon tour saisi par l’absence. Le soir surtout, quand les lumières du jour s’estompent puis disparaissent, le découragement me submerge. J’ai le souffle coupé, je suis atteint de cette « morne, muette et sourde stupidité qui nous transit, lorsque les accidents nous accablent, surpassant notre portée », comme disait Montaigne. Montaigne savait ce que signifie perdre un ami : de cette perte, il ne s’est jamais vraiment remis, mais d’une certaine manière toute son œuvre en est sortie. Maintenant, je suis dans mon lit, il est dans le sien. Nous sommes séparés pour toujours, nous ne pourrons plus jamais nous entendre. Ma langue s’engourdit, un liquide noir et glacé court dans mes membres, mes oreilles bourdonnent. Une double nuit couvre mes yeux.

Que dire sur le texte ? Sur la forme… Premièrement, l’auteur semble érudit. Michaël Ferrier parle de tout un tas de sujets divers et variés, de Bresson, de Céline, de Matteo Ricci, du Dogme 95, mais aussi de Montaigne, Kawabata, Léonhrdt, Monk. Par chance, je n’ai pas été perdu, car tous ces personnages sont connus pour tous ceux qui s’intéressent à la littérature, le cinéma, la musique… Nous ne sommes pas non plus dans l’étalage de la culture et de la confiture. Deuxième, l’écrivain parle brièvement de la société française d’aujourd’hui, ce n’est pas un sujet qui m’intéresse, mais fort heureusement Michaël Ferrier se contente de quelques pages pour aborder cette question. Troisièmement, l’auteur, qui est également universitaire à Tokyo, nous dessine le portrait de son Japon, j’ai beaucoup aimé ces passages, sans doute car il s’agit d’un pays et une culture qui m’intéresse. Quatrièmement, le texte est très beau, c’est à la fois simple et travaillé. Certaines lignes sur l’amitié sont touchantes. Enfin, je tiens à préciser que le roman de Michaël Ferrier n’est pas du tout larmoyant. Dans l’ensemble, j’ai aimé sans être tout à fait convaincu, mais suffisamment pour avoir envie de découvrir un peu plus l’auteur.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(16 commentaires)

  1. Il est vrai qu’il n’est pas facile de faire le tri dans la littérature contemporaine française, on entends de tout et de rien, beaucoup de blabla. Je pense que ce faire sa propre opinion en piochant ici et là est un très bon choix pour découvrir de nouvelles choses =)

    Aimé par 2 personnes

  2. Je ne connais pas cet écrivain mais je trouve très touchant de rendre un hommage à un ami disparu par le biais d’un livre. On a tous déjà perdu un ami, un proche, alors ça ne peut que toucher le lecteur. Merci pour la belle proposition de lecture!

    Aimé par 1 personne

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