Une famille heureuse, de Nana Ekvtimishvili

Une famille heureuse, de Nana Ekvtimishvili — Géorgie 2017 — Genre : En avoir plein le cul.

faheu

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un film géorgien intitulé « Une famille heureuse ». J’ai d’ailleurs hésité entre ce dernier et « Depuis qu’Otar est parti ». La Géorgie est un pays qui nous propose régulièrement des films très intéressants. Aussi, j’ai décidé qu’il était grand temps de vous parler d’un long-métrage venant de ce pays éloigné et très peu connu en France.

« Une famille heureuse », de la jeune réalisatrice Nana Ekvtimishvili (dont c’est le deuxième long-métrage), est un film récent, sorti en 2017. D’ailleurs, avant de poursuivre, je tiens à vous dire qu’il n’est sans doute pas très utile de voir le premier film de Nana Ekvtimishvili, car il est beaucoup moins bien réussi que celui dont je vais vous parler aujourd’hui. Quoi qu’il en soit « Une famille heureuse » raconte l’histoire d’une famille ou plus exactement d’une femme dans la Géorgie d’aujourd’hui. Le film débute le jour de l’anniversaire de Manana (c’est le prénom de notre héroïne). Cette dernière va fêter ses 52 ans, mais elle prévient son mari qu’elle ne souhaite aucune fête. Soso (c’est le prénom du conjoint) ne comprend pas très bien pourquoi Manana ne veut pas d’une fête. D’ailleurs, il est trop tard pour annuler, mais il promet que la réception restera sobre et qu’elle ne durera pas très longtemps. Manana cède, bien qu’elle ne soit pas persuadée de ce que lui dit son époux. Aussi, en rentrant du travail, celle qui ne voulait pas d’une réception découvre une maison pleine à craquer. Manana va rapidement saluer les invités avant d’aller se réfugier, dépité, à l’extérieur. On sent le mal-être chez cette femme, le mal de vivre, un certain blues (les jeunes diraient qu’elle a le seum), dont on devine les raisons avant de progressivement complètement les comprendre, malgré le fait qu’aucune explication ne soit jamais donnée par Manana. Par conséquent, c’est de but en blanc que cette dernière prévient les siens qu’elle quitte le foyer familial pour aller s’installer seule dans un appartement. Personne ne comprend, d’autant plus que Soso n’est pas un homme frivole, buveur, violent, joueur, c’est plutôt un type bien, mais le problème de Manana ce n’est pas son mari, mais tout le reste. Et tout le reste, c’est la société patriarcale géorgienne, c’est le fait de vivre à trois ou quatre générations sous le même toit, c’est le fait de devoir supporter les grands-parents (arriérés) qui pensent encore comme à l’époque de leurs ancêtres, c’est le fait de ne pas pouvoir vivre libre, mais toujours materné par le grand frère qui s’immisce toujours dans sa vie. Enfin de compte, celui qui pose moins de problèmes à Manana, c’est Soso l’époux compréhensif et calme, mais aussi dérouté. De tout le reste, la femme de 52 ans, toujours traitée comme une enfant, en a plein le cul.

une-famille-heureuse-nana-et-simon-film-critique-premier-repas-familial

J’aime ce genre de film qui dresse le portrait d’une société à travers le regard d’hommes et de femmes qui font face, qui veulent s’extraire de leur situation. De plus, dans ce long-métrage, les personnages n’ont rien de manichéen, ils sont encore moins caricaturaux. D’ailleurs jamais le couple ne se disputera. Aussi, Manana ne fait pas partie de la caste des délaissés, elle n’est pas femme de ménage, dans ce pays elle fait presque partie des privilégiés, c’est une personne relativement indépendante et surtout instruite. En effet, Manana est professeur dans un lycée de Tbilissi, la capitale géorgienne. J’ai aimé la mise en forme du film, elle est simple, mais également neutre, la réalisatrice ne prend pas parti, elle ne fait que poser son regard de femme sur son pays d’hommes. J’ai également apprécié le face à face, non pas celui entre une femme et un homme, mais celui entre un lieu de vie (l’appartement familial dans lequel règne l’hystérie) et un autre (le nouvel appartement de Manana, calme et paisible). Enfin, la fin du film est sans extravagance, simplement douce-amère. Manana, sa prison, c’est sa maison.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(19 commentaires)

  1. Il y a un livre de Nana Ekvtimishvili qui vient de sortir en allemand (comme beaucoup de titres géorgiens à l’occasion de Frankfurter Buchmesse). Je l’ai déjà noté, car il a l’air très intéressant, comme le film dont tu parles.

    Aimé par 1 personne

  2. Ton article est passionnant et j’ai vraiment envie de découvrir ce pays à travers le regard de cette femme. C’est un pays dont on n’entend pas beaucoup parler. D’ailleurs on trouve peu de noms de romancières géorgiennes, à part Naïra Guélashvili et certains écrivains de toute façon émigrés.

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s