Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé, de Savatie Bastovoi

Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé, de Savatie Bastovoi (Actes Sud) — ISBN-13 : 9782330075941 — 208 pages — 21 € — Genre : L’habit ne fait pas la prostituée.

savatie

Voici ma dernière critique pour ce mois de mars consacré à la littérature d’Europe de l’Est. Aujourd’hui, je vous emmène en Moldavie avec un livre que j’ai failli ne pas lire. Aussi, j’ai bien fait de changer d’avis, car j’ai finalement réalisé une très belle découverte…

Il faut savoir se méfier des laides couvertures de livres – qui semble avoir été réalisé par un stagiaire multitâche qui n’étudie pas le graphisme – car une horrible couverture de livre ne fait pas nécessairement un mauvais roman. Il faut savoir se méfier des titres de livres un peu trop explicites – qui semblent résumer l’histoire – car « Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé », de Savatie Bastovoi, n’est pas le titre d’un essai sur l’un des cinq besoins de Maslow (le premier en partant du bas de sa pyramide). Il faut savoir se méfier des quatrièmes de couverture – qui semble avoir été rédigé par quelqu’un qui n’a pas lu le roman – car le livre de l’auteur moldave n’est pas tout à fait celui que l’on nous présente. De quoi est-il donc question dans ce roman contemporain au titre si percutant ? Dans « Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé », de Savatie Bastovoi, plusieurs histoires s’imbriquent… Le plus important et celui qui sert de fil conducteur, c’est le récit du gamin découvert mort dans un horrible orphelinat moldave. Comment et pourquoi l’enfant est-il devenu orphelin ? C’est ce que nous apprenons petit à petit. Aussi, l’autre histoire, c’est celle des deux enfants qui, profitant du tumulte après la mort d’un des leurs, s’enfuient de l’orphelinat. Aussi, l’un des deux gamins est débrouillard et malin, mais en fauteuil, tandis que l’autre est simplet, mais possède les bras qu’il faut pour pousser la chaise roulante de son ami. Ces deux enfants vont, sur leur route, croiser d’autres fuyards… Mais que souhaite faire l’écrivain moldave en nous dévoilant la vie des différents protagonistes ? Tout simplement nous présenter son pays, celui qui vient de naître après la chute de l’Union soviétique. Et à quoi ressemble la Moldavie postsoviétique ? À un pays dont les femmes s’enfuient pour l’Occident, à un pays où les hommes boivent pour oublier, à un pays dans lequel la corruption est un sport national, à un pays qui abandonne ses enfants, à un pays dur…

Ce matin-là, un garçon de l’orphelinat avait été retrouvé mort. Il était à présent allongé sur une table, dans le cellier. On l’avait mis là parce que c’était une pièce à l’écart. Les rats avaient rogné son nez et ses oreilles. Une moitié de sa lèvre inférieure manquait. Il fallait l’enterrer très vite. Il faisait chaud et il n’allait pas tarder à sentir mauvais. Et puis les rats continueraient à le ronger. On attendait probablement le docteur. Mais qu’est-ce qui avait causé sa mort ? Personne ne le savait. Il était mort, voilà tout. Il s’appelait Nicolae.

Je trouve qu’il y a un peu d’Albert Camus dans le passage que je propose. « Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé », de Savatie Bastovoi, c’est avant toute chose un roman poignant, bouleversant, souvent très triste (même si parfois des situations drôles apparaissent). En même temps, c’est un roman qui met en exergue les travers d’un pays et dans lequel tout le monde fait au maximum de ces maigres possibilités pour détourner le système à son profit. Aussi, le portrait que dessine l’auteur de son pays n’est pas très reluisant, non, il est amer et glaçant. L’éditeur prétend que l’écrivain moldave révèle son pays par le vitriol de la caricature. Il me semble, malheureusement, que la caricature n’a que très peu de places dans ce puissant roman. En effet, malgré l’improbabilité de certaines situations, celles-ci me paraissent plausibles, véridiques… Je souhaite conclure en disant que l’écriture de ce roman moldave est fluide, c’est un livre qui se lit très vite.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

logo-epg

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(28 commentaires)

  1. Je suis aussi dans ce pays en ce moment via la lecture d’un roman de Vladimir Lorrtchenkov (mais je n’aurai pas terminé ma lecture pour l’inclure dans ce mois à l’Est). On se demande effectivement comment ce pays peut assurer son indépendance; Ce petit coin du monde est intrigant, avec la Transnitrie voisine qui semble encore plus surréaliste.

    Aimé par 1 personne

  2. Hmm, je suis tentée, tentée malgré tout les bémols de titre, couverture etc. Heureusement que tu étais la pour faire le debriefing. Il me semble que cet écrivain a un autre livre traduit en francais? En tout cas j’avais lu « Des mille et une facons de quitter la Moldavie » de Lortchenkov (peut-etre le meme que celui lu par moustafette): la forme était surement différente (comique et caricature) mais le fond probablement similaire pour ce qui est de la misere du pays. Merci pour ce « mois de l’Est », j’y ai découvert plein de livres et d’auteurs tres intéressants!

    Aimé par 1 personne

  3. Goran, tout le monde ne peut pas faire des couvertures aussi belles que les vôtres !! vous expliquez de façon très pertinentes pourquoi nous nous sommes mis à écrire des blogs, parce que souvent nous sommes seuls seuls à mettre en valeur des livres qui valent vraiment la peine. Cette fois encore, j’ai envie de lire ce livre malgré la noirceur du propos.

    Aimé par 1 personne

  4. Et oui, ce n’est pas parce qu’un pays est délivré de la dictature qu’il va mieux après. Tout dépend de ce qui suit et de ceux qui prennent le pouvoir ! Le dernier livre du mois de mars est pour moi celui d’Andrzej Stasiuk et c’est ce qu’il dit de la Pologne délivrée du régime communiste ! Le conformisme, la moralisation, le poids de la religion, l’obligation d’entrer dans un moule, sont d’autres formes de dictature.

    https://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2018/03/andrzej-stasiuk-pourquoi-je-suis-devenu.html

    « Les enseignements d’une ex-prostituée à son fils handicapé … Encore un titre que je note chez toi !
    Claudialucia

    Aimé par 1 personne

  5. Merci pour cette dernière contribution, Goran. A la fin du billet, j’ai compris pourquoi il ne fallait pas se fier au titre. Quant à la couverture, oui, ce n’est pas la plus jolie que j’ai vue durant ce mois de l’Europe de l’Est. Clin d’oeil au passage: tu publies ce livre traduit par Laure Hinckel le jour où l’on parle de Simona Sora, aussi traduite par Laure. J’en profite pour te passer le lien vers l’article où elle parle de ce livre – elle fait mention de plusieurs autres livres sur le même thème : http://laurehinckel.com/ma-nouvelle-traduction-est-sortie-un-roman-de-savatie-bastovoi/

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s