La route du Donbass, de Serhiy Jadan

La route du Donbass, de Serhiy Jadan (Noir sur blanc) — ISBN-13 : 9782882503244 — 368 pages — 23 € — Genre : Les Pieds nickelés.

donbass

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un auteur contemporain, c’est suffisamment rare sur mon blog pour être précisé. Aussi, « La route du Donbass » est le titre du premier roman traduit en français de l’écrivain ukrainien Serhiy Jadan. Ce dernier est connu pour être aussi le traducteur de Bukowski dans son pays. Forcément, cela ne pouvait que m’attirer !

Guerman est réveillé au beau milieu de la nuit par un étrange coup de téléphone (passé par un des amis de son frère) lui annonçant la disparition de celui-ci. Aussi, le frère de Guerman n’a pas tout à fait disparu, il est parti aux Pays-Bas, mais il ne donne plus de nouvelles à ses amis et employés. Alors, l’homme à l’autre bout du fil réclame de l’aide pour gérer la station-service laissée à l’abandon par le frère indélicat. Guerman ne comprend pas très bien ce qu’on lui raconte, car les explications de celui qui appelle sont brumeuses. Toujours est-il qu’inquiet de savoir son frère parti sans rien dire, Guerman s’en va pour Donbass (une ville de province à l’est de l’Ukraine). Cependant, partir à l’autre bout du pays et quitter la grande ville de Kharkov pour retourner dans le coin perdu de son enfance ne réjouit pas Guerman, mais que ne ferait-il pas pour la famille ? Pourtant, Guerman n’a aucune attache amoureuse ou bien professionnelle, il vivote tant bien que mal à l’aide de petits boulots. Dès lors, c’est la peur de perdre le peu qu’il possède qui retient notre héros. Une fois à Donbass dans ce bassin ouvrier à la frontière russe, Guerman va découvrir une station-service quelque peu miteuse et des employés excentriques qui n’en font qu’à leur tête. Aussi, les raisons du départ précipité pour la lointaine Hollande du frère de Guerman ne s’éclaircissent pas totalement, mais notre héros n’a pas le temps de s’ennuyer. Effectivement, la malheureuse station-service, qui dégage plus de pertes que de bénéfices, est convoitée par la mafia locale, des oligarques peu recommandables. Enfin, au fur et à mesure des jours qui passent, dans cet univers crasse, Guerman fera de surprenantes rencontres et tombera amoureux d’Olga : une femme étrange et téméraire.

Je suis resté longtemps sous le ciel chaud, près de la grande route vide, qui ressemblait au métro la nuit : le même désespoir alentour, et les minutes passaient tout aussi lentement. Après l’embranchement, à la sortie de la ville, il y avait un arrêt de bus, consciencieusement saccagé par des voyageurs inconnus. Les murs étaient couverts d’arabesques noires et rouges, le sol battu était semé abondamment et soigneusement de verres cassés, alors que des rangées de briques laissaient passer l’herbe sombre qui cachait les lézards et les araignées. Je n’ai pas osé pénétrer à l’intérieur, choisissant l’ombre projetée par le mur, et j’ai attendu.

Le livre de l’écrivain ukrainien décrit l’histoire d’un périple, mais c’est au final bien plus que ça que raconte Serhiy Jadan. Effectivement, ce dernier parle d’un héros qui se cherche. Par conséquent, le livre de l’auteur ukrainien est aussi un roman d’apprentissage, non pas celui d’un adolescent, mais d’un adulte désabusé et cynique qui se découvre enfin. Aussi, à travers le portrait de son personnage principal, l’auteur réfléchit au passé de son pays, dirigé par la dictature russe, afin de mieux appréhender le présent étrange d’une Ukraine occupée, de nouveau, par l’ennemi atavique. Par conséquent, le roman de Serhiy Jadan, rédigé dans un style plutôt déconstruit et incisif, possède trois niveaux de lecture. Dans son ensemble, le texte de l’écrivain ukrainien, marqué par de nombreux dialogues, est assez dynamique. Cependant, malgré le prix littéraire qu’obtint ce livre, je l’ai trouvé trop contemporain à mon goût. Je ne sais pas comment l’expliquer autrement, ce n’est pas un mauvais livre, mais il n’est pas tout à fait dans mes goûts. Pourtant, ce récit qui brosse le portrait de traîne-savate, marqué par le souvenir du passé pas très lointain, avait tout pour plaire. Quoi qu’il en soit le roman de Serhiy Jadan ne m’a pas non plus totalement déplu. Bien au contraire ! Mon avis est vraiment assez partagé…

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

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Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(20 commentaires)

  1. Le roman d’apprentissage d’un adulte désabusé, ancré dans l’histoire contemporaine ça me tente fortement. Mais je crois que je vois ce que tu veux dire par trop contemporain… Je pense que ça transpire un peu dans le synopsis.
    Je ne vais donc pas le noter, mais voir ce qui se ferait qui y ressemble !

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  2. Au début, tu m’as donné envie de le lire ! Mais à la fin ton avis mitigé freine cette envie . Tu m’étonnes. Est-ce un défaut d’être contemporain ? Peut-on être « trop » contemporain quand on est contemporain ?

    Par rapport à Bukowsky qu’est-ce qui t’a déçu ? Bukowsky n’est-il pas trop contemporain lui aussi ? (claudialucia claudialucia@hotmail.fr)

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    1. En voilà de très bonnes questions… Je ne sais pas si je vais pouvoir répondre. Bukowski cela sent le vécu alors qu’ici je n’ai pas l’impression. Trop contemporain c’est peut-être quelque chose que je suis seul à pouvoir comprendre et je me rend compte que cela ne veut pas dire grand-chose… 🙂

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  3. je me dis qu’après toutes ces lectures dans les brumes des pays de l’est-européen en compagnie des mafias russes , tu va rechercher des contrées plus légères et plus ensoleillées, mais il est vrai qu’en Italie il y a aussi une mafia pas tellement plus rigolote que sa consoeur russe.

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  4. Merci d’avoir mis à l’honneur un livre contemporain d’un auteur ukrainien. J’ai du mal à me faire une opinion en lisant ta chronique, ça me tenterait quand même bien volontiers. Et puis, tu as fait tant de belles découvertes durant ce mois de mars qu’un avis un peu plus mitigé sur un livre fait partie du lot des possibles !

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  5. L’aspect contemporain me tente bien, et puis c’est toujours intéressant d’aller faire un tour dans des endroits où on n’a peu de chance que nos pas nous mènent et où on ne saisit pas toujours ce qui s’y joue.

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  6. J’ai bien aimé ce livre, parce qu’il parle d’une zone frontière, qu’il est à la frontière de plusieurs genres, entre roman d’amour, récit d’apprentissage et road quelque chose… un livre frontière, sur un homme qui cherche un sens à sa vie.

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