Anna Karénine, de Léon Tolstoï

Anna Karénine, de Léon Tolstoï (Le Livre de Poche) — ISBN-13 : 9782253098386 — 1024 pages — 9,20 € — Genre : Cocu(s) de service.

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Lorsque je lis un grand nom de la littérature russe classique, je sais par avance que je ne serai pas déçu : ni par l’histoire ni par l’écriture. Aussi, c’est avec beaucoup d’enthousiasme (malgré la taille du livre) que je me suis lancé dans la lecture d’ « Anna Karénine », un énorme roman d’amour de Léon Tolstoï.

Ainsi, l’histoire du roman de Léon Tolstoï se déroule dans la Russie de la fin du XIXe siècle. Les communistes ne sont pas encore au pouvoir, c’est le tsar Nicolas II qui dirige l’État. La Russie grouille de gens pauvres dont personne ne se préoccupe, la révolte gronde, elle frappe à la porte. Le monde paysan est rude et le froid russe n’aide en rien. Pendant ce temps, les bourgeois et les aristocrates, dans la plus grande indifférence, vivent des moments heureux. Les mondains s’amusent, ils boivent, ils rient, ils prennent du bon temps, ils trompent leur femme tandis que d’autres trompent leur mari… C’est l’extase ! Certes, les traditions sont tenaces et pesantes, mais dans cette société russe en transition les gens tentent de s’y extraire. Cependant, dans cette Russie composée de groupes d’hommes et de femmes aux moeurs légères, c’est encore l’hypocrisie qui règne, mais apparaît Anna Karénine. Cette dernière est une belle jeune femme qui vit avec un mari bon, sérieux, mais aussi extrêmement ennuyeux et qui ne se préoccupe presque pas de l’éducation de son fils. Fatalement arriva ce qui devait arriver et Anna Karénine, refusant de vivre dans le mensonge, quittera son mari et abandonnera son enfant pour aller s’installer avec son amant. En parallèle à cette histoire, Léon Tolstoï nous dresse le portrait d’un autre couple, celui composé de Lévine et Kitty. Lévine est un riche propriétaire terrien dont le frère est un alcoolique révolutionnaire vivant avec une prostituée, mais aussi un homme au cœur bon qui préférera vivre humblement plutôt que dans le faste et le luxe. D’ailleurs, après son mariage avec la dévouée et belle Kitty, une femme qui ne cessera de l’émerveiller, Lévine deviendra un homme de plus en plus ouvert aux problèmes des autres, de son peuple, de son pays.

Levine entendit, en descendant l’escalier, le son d’une toux bien connue ; quelqu’un entrait dans le vestibule ; mais, le bruit de ses pas l’empêchant d’entendre distinctement, il espéra un moment s’être trompé ; il conserva même cet espoir en voyant un individu de haute taille se débarrasser, en toussant, d’une fourrure. Quoiqu’il aimât son frère, il ne supportait pas l’idée de vivre avec lui ; sous l’influence des pensées réveillées dans son cœur par Agathe Mikhaïlowna, il aurait désiré un visiteur gai et bien portant, étranger à ses préoccupations, et capable de l’en distraire. Son frère, qui le connaissait à fond, allait l’obliger à lui confesser ses rêves les plus intimes, ce qu’il redoutait par- dessus tout.

Contrairement à ce que je disais dans ma brève introduction à ce billet, le livre de Léon Tolstoï n’est pas seulement une simple histoire d’amour et de haine. Certes, il est question de cela dans le portrait que dresse l’écrivain russe d’Anna Karénine, cette femme qui désire plus que tout vivre sa passion amoureuse, mais pas seulement. Effectivement, Léon Tolstoï, dans son immense fresque littéraire, décrit une société divisée et extrêmement inégalitaire, une société qui va basculer dans la guerre, puis le communisme, mais qui n’en a pas pleinement conscience. Aussi, ce pays nous le découvrons à travers les yeux de différents protagonistes, mais aussi, et surtout à travers le regard désabusé de Lévine et de son frère. Et c’est ces deux mondes que nous expose Léon Tolstoï, celui de la ville (Moscou et Saint-Pétersbourg) où vivent des gens riches et celui de la campagne où vivent des gens travailleurs. Enfin, l’écrivain russe parvient à rendre compte de l’âme humaine comme presque aucun autre. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur Anna Karénine, sur ses désirs, son insouciance, son mal de vivre… L’héroïne du livre qui porte son nom peut être perçue de bien des manières. Certains diront qu’elle est égoïste, d’autres diront qu’elle est immature et encore d’autres qu’elle est libre… Ne ferait-elle pas tout simplement sa crise de la quarantaine, un mal bien de notre époque ? Pour conclure, je tiens à préciser que le texte est d’une fluidité incroyable et que les plus de 1000 pages sont passées à une vitesse incroyable. Léon Tolstoï possède un vrai talent de conteur.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

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Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(60 commentaires)

  1. Tendance aussi à préféré Dostoïevski à Tolstoï, mais enfin c’est du bon, du bonheur, du plaisir de lire. Je n’ai pas lu Anna Karenine, mais j’avais beaucoup aimé Résurrection. Si tu ne l’as pas lu…

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  2. J’ai été emporté par ces deux grands romans de Tolstoï  » Anna Karénine  » et  » Guerre et Paix  » , alors quand je lis dans les commentaires que vous avez préféré Dostoïevski, je me dit que vraiment, cette année, je dois tenir mon projet de plonger dans son oeuvre !

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  3. Quel plaisir de relire des avis sur des romans qui ont formé notre goût littéraire. Je n’avais pas vu le côté social de l’oeuvre quand je l’ai lu il y a …… disons longtemps. Je me souviens d’une chose : d’une femme qui cherchait l’amour Flaubert avait créé Emma, un peu ridicule car elle lisait trop de romans, et Tolstoï Anna une superbe héroïne romantique .

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  4. Ah, mais nous sommes gâtés ! Tolstoï après Krasznahorkai, voilà une bien jolie sélection. Je ne peux qu’acquiescer en lisant ton billet. Je me souviens d’avoir beaucoup apprécié ce livre, et notamment le personnage de Lévine.

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  5. Quel bonheur de s’enfoncer (j’aime bien ce terme appliqué à Tolstoï) dans un roman comme Anna Karénine; Je l’ai et relu mais il me faudrait encore m’y remettre car j’ai oublié bien des détails de l’histoire.
    La période historique se situe à peu près en même temps que le roman de Tourgueniev : Pères et fils que je viens de présenter. Les préoccupations sont les mêmes sur le servage, l’inégalité sociale, la misère, l’analphabétisme, l’obscurantisme du peuple et le bouillonnement des idées et l’affrontement entre progressistes et conservateurs..

    Quant à savoir lequel j’aime le plus de Tostoï et de Dostoievsky (j’ajouterai Tourgueneiv) je renonce à me prononcer. Je les aime tous.

    Voilà ce que disait Trotsky des trois :
    « La langue de Tolstoï est comme son génie lui-même, calme, posée, concise, quoique sans excès, musculeuse, parfois même lourde et rude, mais toujours simple et d’un effet incomparable. Elle se distingue à la fois du style lyrique, comique, brillant et conscient de sa beauté, de Tourguéniev, comme du style ronflant, précipité et raboteux de Dostoïevsky. » Style qui traduit bien le caractère et les idées et le sens de l’oeuvre de chacun. Mais au lieu de « ronflant » je préfèrerais « tourmenté » « rocailleux » pour Dostoievsky.

    Par contre je n’aime pas le Tolstoï de l’âge mûr, moralisateur, hypocrite, affreusement misogyne de « La Sonate à Kreutzer ».

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  6. J’aime autant Tolstoï que Dostoïevski pour ma part… mais bon, c’est un autre débat. J’ai beaucoup aimé ce roman, surtout lors de ma seconde lecture. Je l’ai lu une première fois à 13-14 ans parce que Vivien Leigh jouait le rôle d’Anna Karénine dans un film et que j’étais dans mon trip Autant en emporte le vent. Disons qu’il me manquait un peu de background. J’ai par la suite vraiment aimé, même si le côté un peu moralisateur de Tolstoï ressort. Mais je préfère Guerre et Paix!

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