Guerre & Guerre, de László Krasznahorkai

Guerre & Guerre, de László Krasznahorkai (Cambourakis) — ISBN-13 : 9782366240610 — 280 pages — 24 € — Genre : Tourni tournicoti Tourni tournicoton.

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László Krasznahorkai est un écrivain hongrois dont j’entends parler depuis maintenant quelque temps déjà. Il s’agit d’un auteur qui m’a entre autres été conseillé par Ingannmic et que je suis heureux d’enfin connaître. Mais de quoi parle : « Guerre & Guerre » ? C’est ce que nous allons voir tout de suite…

Korim est un étrange personnage, un homme avec pleins de manières, un homme que l’on remarque et que l’on n’oublie pas… Korim est archiviste dans un village hongrois, mais son emploi l’ennui, il est répétitif et il n’a rien de passionnant. Sauf qu’un jour Korim tombe sur un document extraordinaire, un document qui lui a fait comprendre la nature de la vie, c’est une œuvre philosophique et littéraire que Korim décide de montrer au monde afin que le monde change, comme lui l’a été, changé, mais aussi marqué à tout jamais, marqué par l’art. Aussi, Korim décide de diffuser son manuscrit au monde en le rendant immortel et c’est ce parcours étrange et captivant que l’on suit. Korim, l’homme sans but – qui ne comprend pas son époque – s’en est trouvé un avant de pouvoir mourir apaisé : illuminer le monde. Cependant, pour atteindre son but, Korim doit se rendre à New York. « Guerre & Guerre », de László Krasznahorkai est un livre vertigineux, déroutant, époustouflant. Sommes-nous dans un rêve ? Sommes-nous dans la réalité ? Et qui est vraiment Korim ? Est-il seulement sain d’esprit, cet homme qui pense que sa tête va littéralement se détacher de son corps ? On ne sait pas ! On ne saura jamais, car le récit est brumeux, mais aussi fascinant. En effet, l’auteur hongrois nous parle de Korim et ce dernier, nous décrit son manuscrit, un texte que l’on découvre petit à petit, un texte que l’on essaye de décortiquer, car nous aussi nous aimerions être transportés, car nous aussi nous aimerions que le sens de la vie nous soit dévoilé… Effectivement, on aimerait être marqué par l’art (ici littéraire) et sa profondeur philosophique afin de ne pas voir la crasse qui nous entoure.

Il existe une relation forte entre les choses proches, une relation faible entre les choses distantes, et entre les choses très éloignées, il n’y a plus aucune relation, et là, on touche au divin, dit Korim après un long moment de méditation, puis, ne sachant plus s’il avait prononcé la phrase à voix haute ou se l’était dite en lui-même, il se racla plusieurs fois la gorge, et, au lieu de reprendre le cours de son histoire interrompue, resta un long moment sans rien dire, à écouter le froissement du papier, tandis je la compagne de l’interprète feuilletait la brochure publicitaire.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas lu un roman aussi poignant, déstabilisant, mais aussi éblouissant. Il s’agit d’un roman à tiroirs que l’on peut interpréter de plusieurs manières, il s’agit d’un roman qui contient plusieurs messages, il s’agit d’un chef-d’œuvre, c’est le genre de roman qui vous marque à tout jamais. On est à la fois bouleversé et intrigué par le parcours tortueux et torturé de l’homme qui pense savoir, de cet homme persuadé du bien-fondé de sa mission (non pas divine, mais philosophique), mais d’un homme que tout le monde prend pour fou, d’un homme égaré qui n’a pas totalement su s’adapter à la société. Korim, me semble-t-il, est à la fois un naïf et un idéaliste, toujours est-il qu’il s’agit d’un personnage qui nous touche et ceci, malgré son obsession, une obsession qui l’aveugle sur ce qui l’entoure. J’aime ce genre d’histoire vertigineuse. Et, lorsque celle-ci est servie par une écriture tout aussi vertigineuse, comment résister ? D’ailleurs, il ne faut pas, il faut se laisser porter par les longues phrases magnifiquement rythmées, des phrases tellement bien rythmées que j’ai mis plusieurs pages à me rendre compte que les points finaux se faisaient rares.

J’ai rédigé cette critique dans le cadre du « mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran ».

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Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(40 commentaires)

  1. Tournicoti- tournicotons ….,parfois je me disais que je lirai ce roman et parfois je me méfiais. Si je lis ce sont pour les mots « chef d’oeuvre  » « qu’on n’oublie pas », mais je me méfie des phrases sans points, des personnages principaux entre rêves et réalité et surtout des livres dans les romans présentés comme un chef d’oeuvre bouleversant et qui ne me bouleversent pas.

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    1. J’ai aussi eu des doutes avant de me lancer et finalement j’ai adoré et je n’ai pas non plus trouvé la lecture très compliquée malgré les interminables phrases…

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      1. Je vais la mettre alors dans mon bilan mensuel. Les participants déposent le lien sous mon bilan précédent ou encore à la suite de ma publication sur le roman du pays à l’honneur. Merci! 🙂

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  2. Ton billet me fait penser à un autre livre, Soixante neuf tiroirs de Goran Petrovic. Un thème différent certes mais un imaginaire aussi riche. Je trouve que nombreux auteurs de l’Est font preuve d’une inventivité qui est vraiment unique.
    Je pensais lire aussi Mélancolie de la résistance ou Epépé.
    Merci, tu donnes très envie.

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  3. Je suis absolument ravie de ton emballement, ce roman m’avait émue à un point… La mélancolie de la résistance est bien, mais Guerre et guerre est à mon avis supérieur, bien plus poignant, comme tu l’écris très justement… j’ai l’intention de lire un autre titre de cet auteur, dans le cadre de votre activité : « Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l’ouest par des chemins, à l’est par un cours d’eau »… quel titre à rallonge !!

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  4. Bravo pour ce très joli billet et quelle entrée en matière pour le mois de l’Europe de l’Est. Je n’avais encore jamais rien lu de cet auteur, il me faut corriger ça. Je constate au passage que la Hongrie sera bien représentée dans le challenge !

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    1. Non, mais j’imagine qu’il est très respecté dans le milieu artistique hongrois, car il est dans son pays adapté au cinéma et j’ai vu hier le film que l’on m’a conseillé un peu plus haut dans les commentaires… Un fabuleux film qui dure plus de 7h.

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      1. Je réalise en effet qu’il s’agit du scénariste attitré de Béla Tarr dont j’ai vu Les Harmonies Werckmeister qui adapte un de ses romans. Du coup, ça m’intéresse doublement.

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