Les Immémoriaux, de Victor Segalen

Les Immémoriaux, de Victor Segalen (Le Livre de Poche) — ISBN-13 : 9782253160571 — 316 pages — 5,60 € — Genre : Jacobin.

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« Les Immémoriaux », de Victor Segalen, c’est le titre d’un livre qui m’a été conseillé par Michel Onfray, l’un des philosophes français des plus médiatiques à l’heure actuelle. Bien entendu, ce n’est pas en personne que Michel Onfray m’a conseillé ce livre, mais à travers le petit écran. Le philosophe disait tellement de bien du livre de Victor Segalen que je n’ai pas pu résister.

Dans son roman historique ou bien ethnologique, Victor Segalen raconte la première rencontre entre les Européens (anglais puis français) et les Tahitiens. Ainsi, l’action du livre se déroule à la fin du XVIIIe siècle et plus précisément de 1800 à 1820. Cette précision peut sembler futile, mais elle est importante, car c’est bien (en seulement une petite vingtaine d’années), que les Occidentaux ont anéanti une culture polynésienne restée intacte, jusqu’au débarquement de ces hommes et femmes venus de la lointaine Europe. Et, c’est cette histoire d’un monde qui se meurt (ou plutôt d’un monde qui bascule vers une autre culture) que raconte l’écrivain français Victor Segalen. Le héros du livre, un certain Terii souhaite faire évoluer sa carrière et devenir un prêtre-conteur. Aussi, pour atteindre son objectif, Terii s’engage dans un long périple, sur une île lointaine, afin de rencontrer un vieux sage qui lui fera le récit des traditions anciennes. Pendant ce temps, les Européens débarquent et petit à petit s’installent. Tout se passe très bien, les colons sont accueillis comme il se doit, dans la joie et l’allégresse, c’est la fête. Cependant, très rapidement des conflits vont naître. Effectivement, les traditions des uns ne correspondent pas aux traditions des autres, tandis que le Dieu unique des uns (à travers l’intervention humaine) veut s’imposer aux Dieux multiples des autres. Ainsi, les plus forts vont finir par s’imposer aux plus faibles. Par conséquent, à son retour Terii découvrira un monde nouveau, un monde qu’il ne reconnaît plus, un monde qui n’est plus le sien, un monde qui n’a plus besoin de prêtre-conteur.

Cette nuit là — comme tant d’autres nuits si nombreuses qu’on n’y pouvait songer sans une confusion — Térii le Récitant marchait, à pas mesurés, tout au long des parvis inviolables. L’heure était propice à répéter sans trêve, afin de n’en pas omettre un mot, les beaux parlers originels : où s’enferment, assurent les maîtres, l’éclosion des mondes, la naissance des étoiles, le façonnage des vivants, les ruts et les monstrueux labeurs des dieux Maori. Et c’est affaire aux promeneurs- de-nuit, aux haèré-po à la mémoire longue, de se livrer, d’autel en autel et de sacrificateur à disciple, les histoires premières et les gestes qui ne doivent pas mourir. Aussi, dès l’ombre venue, les haèré-po se hâtent à leur tâche : de chacune des terrasses divines, de chaque maraè bâti sur le cercle du rivage, s’élève dans l’obscur un murmure monotone, qui, mêlé à la voix houleuse du récif, entoure l’île d’une ceinture de prières.

Victor Segalen a eu l’idée d’écrire son livre après avoir débarqué à Tahiti, marqué par le lieu comme le fut Paul Gauguin, l’auteur français voulut faire le récit du peuple polynésien qui s’est effondré. Ainsi, l’intérêt de ce livre n’est pas seulement historique, non, il l’est (aussi et surtout), car la narration est faite par des Tahitiens. Un peuple qui assiste (impuissant) à la disparition de sa civilisation, au profit de celle des intrus. Par conséquent, c’est l’histoire du point de vue des perdants que nous raconte Victor Segalen. Et quelle histoire ! Pour conclure, je tiens à préciser que le style de l’auteur est compliqué, lire ce livre n’est pas aisée, mais je vous invite malgré tout à vous engager dans la lecture de ce merveilleux roman.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(18 commentaires)

  1. J’étais curieuse de lire ta critique et me l’étais gardée au chaud pour plus tard. En fait je trouve ce livre difficile d’accès parce qu’il mêle les langues maori et française et qu’il faut vraiment accepter de couler dans cette dimension sans en avoir les clefs. J’avoue que j’ai abandonné en cours de route mais j’ai fait l’erreur de le lire sur une liseuse. Je reprendrai sur version papier ;o)

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