Les Désarrois de l’élève Törless, de Robert Musil

Les Désarrois de l’élève Törless, de Robert Musil (Seuil) — ISBN-13 : 9782020238137 — 256 pages — 7 € — Genre : Vive le pensionnat.

torless

« Les Désarrois de l’élève Törless » est le titre du premier roman de l’écrivain autrichien Robert Musil, c’est un livre qu’il a écrit à l’âge de 25 ans. Je suis toujours surpris lorsqu’un auteur aussi jeune parvient à créer une œuvre aussi forte, c’est pour cela que je ne peux m’empêcher de donner l’âge de l’écrivain Robert Musil.

L’histoire du livre, c’est celle d’un jeune étudiant fragile qui vit dans un pensionnat autrichien élitiste du début du XXe siècle. Törless, c’est le nom du héros de ce roman, est un adolescent qui ressemble à tous les autres, il étudie, il souhaite se faire des amis et aussi se faire aimer d’eux ainsi que de ses professeurs. Aussi, la vie semble simple et facile lorsqu’on est un jeune élève qui ne doit se soucier de rien, mais l’est-elle vraiment ? C’est ce que semble dire l’auteur dans un premier temps, mais peu à peu le quotidien routinier de l’élève Törless, rythmé par les mathématiques, la philosophie et tant d’autres matières passionnantes, apparaît sous un autre jour. L’internat dans lequel étudie l’ adolescent n’est pas très chaleureux, il est même froid et austère. D’ailleurs, les amis de Törless ne sont pas tels qu’ils semblent être, ils sont méchants et cruels. Ces derniers méritent-ils l’amitié de Törless ? Il se peut que Beineberg et Reiting ne considèrent pas Törless comme un ami ? Toutes ces questions (ainsi que tant d’autres) notre jeune héros se les pose à partir du moment où Basini, qui voudra se faire remarquer par un malheureux vol, finira par devenir le souffre-douleur de ce groupe d’amis. Effectivement, Beineberg et Reiting, par vengeance, useront de sévices corporels et moraux envers Basini, qui étrangement se laissera faire, avant que celui-ci finisse par demander de l’aide auprès de Törless. Par conséquent, ce dernier devra faire face à un choix cornélien. Notre héros aidera-t-il le voleur Basini, celui qui éveille en lui un sentiment étrange, sexuel ? Ou bien se rangera-t-il du côté de ses amis Beineberg et Reiting, des êtres insensibles qui se sont transformés en tortionnaires sadiques ?

Dans une certaine mesure, il se sentait écartelé entre deux mondes : l’un solidement bourgeois, dans lequel tout se passait selon la raison et la règle ainsi qu’il en avait pris l’habitude à la maison ; l’autre , romanesque, peuplé d’ombres, de mystère, de sang, d’évènements absolument imprévisibles. Il semblait que ses deux mondes fussent incompatibles.

« Les Désarrois de l’élève Törless », de Robert Musil, c’est un livre sur l’adolescence. Effectivement, Törless est en jeune élève tourmenté qui, malgré son inexpérience de la vie, devra faire des choix moraux compliqués (accentués par la pression du groupe), mais aussi faire face à ce qu’il ressent envers celui qui est persécuté. Est-ce de l’amitié ? De l’amour ? Ou bien de toute autre chose ? Aussi, ce livre c’est l’histoire d’un jeune garçon qui prend conscience du monde qui l’entoure, mais aussi de la personne qu’il est. Qu’est-ce que le bien et le mal ? Comment savoir s’imposer et ne pas se laisser faire, convaincre, par son entourage ? Certes, on pourrait se dire qu’il est facile de choisir son camp dans cette histoire, car il y a un persécuté et des persécuteurs, mais l’homme est lâche par nature… Et Basini a aussi des actes à se faire pardonner. Je ne vais pas vous dévoiler la fin de l’histoire, mais sachez que l’écrivain autrichien analyse de fort belle manière l’âme tourmentée de cet adolescent. Le style d’écriture de Robert Musil est bref et direct, mais aussi très agréable, celui-ci fonctionne parfaitement. « Les Désarrois de l’élève Törless », de Robert Musil, est un roman sombre, troublant et déroutant que je vous invite à découvrir.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(31 commentaires)

  1. Je n’ai pas encore lu ce classique, mais cela viendra un jour. On peut rappeler que Musil est aussi l’auteur d’un livre encore plus célèbre, un des livres sommes de la littérature de la Mitteleuropa : L’Homme sans qualités, qui évoque le passage du monde ancien reposant sur des croyances immuables à une modernité dépourvue de sens. C’est un livre qui mêle littérature et philosophie dont la lecture est difficile car Musil a l’ambition d’y embrasser la totalité du monde – d’ailleurs, le livre est resté inachevé. J’en ai trouvé le style assez lourd. Cependant, on y trouve plein de réflexions passionnantes sur le capitalisme, la fin de l’empire austro-hongrois, le réel et l’irréel, certaines annonçant le désastre à venir du nazisme.

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      1. Attention, c’est un livre très long et très exigeant. A lire par petits bouts sur une longue période et à condition de ne pas être rebutté par le style lourd de Musil (comment cela, je ne donne pas envie ? 🙂 ).

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  2. Je n’ai pas encore lu Robert Musil, mais j’ai offert à Louis L’Homme sans qualités, qui est apparemment une des grandes œuvres modernes du XXe siècle : j’avoue que pour l’instant, on a été tous les deux intimidés par la taille de ladite œuvre. Peut-être commencer par Les Désarrois de l’élève Törless serait une bonne idée pour découvrir cet écrivain ? En tout cas, ta chronique me motive bien. Merci à toi de parler sur ton blog d’auteurs et d’autrices si rares dans la blogosphère, c’est un réelle bouffée d’oxygène de venir par ici 🙂

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  3. J’ai un peu de mal avec la littérature germano – autrichienne (je fais un pack) mais tu en parles si bien (thématiques super intéressantes). A noter donc le livre proposé par Ingannmic?
    Ceci étant, un des commentaires sur l’écriture me fait craindre le pire (je me souviens avoir lu Les buddenbrook -thomas Mann- j’ai peinéééééééé)
    Merci de sortir des sentiers battus, en tout cas.

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    1. Personnellement, j’adore Thomas Mann, qui a en plus un beau style. Sa Montagne magique est un de mes livres préférés. Et si l’on préfère un texte plus court, Tonio Kröger, un texte plein de sensibilité, est un chef-d’oeuvre de la nouvelle. Le style de Musil est beaucoup plus lourd que celui de Mann je trouve (du moins dans L’Homme sans qualités).

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  4. Je suis ravie de lire un billet sur un auteur autrichien, car je pense qu’on n’en parle pas assez (j’espère également y remédier de mon côté cette année).
    Je ne sais pas combien de fois, en passant dans une librairie, nous avons eu entre nos mains le livre L’homme sans qualités, mentionné aussi dans les commentaires. Un livre très intéressant, mais aussi très intimidant. J’ai bien envie de me tourner plutôt vers ce premier roman, dont tu nous parles si bien. D’autant plus que hier, je l’ai trouvé par hasard dans notre bibliothèque ! Acheté dans une brocante ? Ou trouvé dans une armoire à livres ? Je ne saurais plus le dire, mais je le considère comme un signe et je remonte le livre vers le haut dans ma pile à lire.
    Merci pour ton billet intéressant.

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  5. Un auteur qui était au programme de mes études littéraires et je l’avais apprécié mais je ne sais pas du tout si j’ai envie de le relire. Et je dois avouer que je n’ai jamais fini « l »homme sans qualité » qui est pourtant considéré comme un chef d’oeuvre.

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