Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac

Thérèse Desqueyroux, de François Mauriac (Le Livre de Poche) — ISBN-13 : 9782253004219 — 190 pages — 5,10 € — Genre : Mieux qu’un divorce.

therese

Dernièrement, j’ai lu plusieurs livres de François Mauriac, écrivain et prix Nobel de littérature français. J’ai commencé avec le titre « Le Baiser au lépreux », puis j’ai continué avec « Le Noeud de vipères » et j’ai fini mon cycle François Mauriac avec son roman le plus connu : « Thérèse Desqueyroux ». Aussi, c’est de ce dernier qu’il va être question aujourd’hui…

Il est impossible de parler de « Thérèse Desqueyroux », de François Mauriac, sans dévoiler une grande partie de l’intrigue. Effectivement, l’histoire, qui se déroule dans l’univers de la bourgeoisie de la province française du début du vingtième siècle, débute par l’acquittement de Thérèse Desqueyroux. En effet, cette dernière a été accusée de tentative de meurtre par empoisonnement à l’encontre de son mari. Cependant, celui-ci, afin de sauvegarder son nom de la calomnie, du qu’en-dira-t-on, préférera témoigner en faveur de son épouse en prétextant un accident. Pourtant, tout commence bien, Thérèse et Bernard se marient, ils font tous les deux partis du même milieu petit-bourgeois et grand propriétaire terrien. Thérèse, par ce mariage, espère asseoir sa position sociale, mais aussi se rapprocher de son amie Anne, elle n’est autre que la sœur de Bernard son futur mari. Pourtant, très rapidement, pour ne pas dire dès le lendemain du mariage, Thérèse s’ennuie. Thérèse est lasse des conventions sociales, sa petite vie tranquille l’ennuie, mais, pire encore, son mari l’ennui. Bernard est un homme sûr de lui, de sa position, de ce qu’il possède, orgueilleux, mais c’est aussi un personnage, en fin de compte, pas très fin, presque rustre… Un jour, Thérèse rencontrera Jean, l’ami d’Anne. Jean est un beau jeune homme plein de fougue, mais aussi la tête pleine d’idées nouvelles, d’idées nuancées, d’idées intelligentes… Jean évoque Paris et la liberté, Thérèse rêvera des deux.

Au vrai, elle ne souhaitait pas de mourir ; un travail urgent l’appelait, non de vengeance, ni de haine : mais cette petite idiote , là-bas, à Saint-Clair, qui croyait le bonheur possible, il fallait qu’elle sût, comme Thérèse, que le bonheur n’existe pas. Si elles ne possèdent rien d’autre en commun, qu’elles aient au moins cela : l’ennui, l’absence, de toute tâche haute, de tout devoir supérieur, l’impossibilité de rien attendre que les basses habitudes quotidiennes – un isolement sans consolations.

« Thérèse Desqueyroux », de François Mauriac, n’est pas un polar. Certes, le roman parle d’une tentative d’assassinat, mais celle-ci sert de prétexte à l’auteur afin de peindre deux portraits, celui des bourgeois propriétaires terriens et celui de la femme éprise de liberté. Aussi, le milieu, auquel appartient l’étrange couple formé par Thérèse et Bernard, est composé d’hommes et de femmes aux idées bien arrêtées, antisémites, mais pas seulement. Pour ces petits bourgeois aux opinions simples, il faut que la race et le nom se perpétuent, à l’aide de beaux mariages, afin que les propriétés restent dans la famille. Par conséquent, il est de bon ton de ne pas se marier avec un juif, un malade, un assassin… Le second portrait, celui d’une femme qui veut s’émanciper, que dresse François Mauriac dans son roman, est plus intéressant encore. Thérèse, c’est bel et bien elle l’héroïne du livre, est une femme éprise de liberté. Thérèse veut vivre sa vie et pour cela elle doit rompre avec les conventions sociales qui l’étouffent, rompre avec les pesantes traditions familiales, rompre avec son mari en le tuant. Le roman de François Mauriac est passionnant à plus d’un titre. Premièrement, l’auteur, en commençant son histoire par la fin et en usant de nombreux flash-back, donne à son texte un ton résolument moderne. Le style majestueux de l’écrivain parvient à rendre compte de l’âme de Thérèse comme si nous étions dans son esprit. De plus, il ne faut pas se fier au petit nombre de pages, car le texte est extrêmement dense, et d’une richesse incroyable. Deuxièmement, l’histoire n’est pas manichéenne, il n’y a pas Thérèse d’un côté et Bernard de l’autre. D’ailleurs, les rôles vont s’inverser puisque le mari empoisonné tiendra sa vengeance. Pour conclure, je vous invite à aller lire la critique d’Anne, c’est en partie elle qui m’a donné envie de lire ce fantastique roman. Merci Anne.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(35 commentaires)

  1. Thérèse Desqueyroux est en effet une œuvre très riche pour des milliers de raisons. Je l’ai su en l’étudiant à la fac et je l’ai compris en le faisant étudier à mes lycéens : c’est incroyable comme la moindre scène de ce livre peut lancer des débats… 😉 Ce livre est marquant pour moi, par son contenu mais aussi par les expériences qu’il m’a fait vivre. Alors qu’à la base, j’avais préféré le diabolique « Baiser au lépreux »!

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  2. Je l’ai lu, ainsi que de nombreux romans de l’auteur; Dernièrement une blogueuse m’avait donné envie de recommencer le parcours. Finalement j’ai lu autre chose de Mauriac (suspense), le bouquin est juste là, attendant l’écriture du billet.

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  3. Merci Goran de partager ma chronique ! Je suis ravie de t’avoir donné envie de ce roman et encore plus ravie qu’il te plaise. Bravo pour ta chronique qui me replonge dans ce texte formidable 🙂

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  4. J’ai eu l’occasion de lire (ou relire) 7 titres de cet auteur il y a un peu plus de deux ans, dont Thérèse Desqueyroux, que j’ai adoré : Athalie et moi avions organisé une activité autour de cet auteur trop absent des blogs, mais cela a été un flop en matière de participation. En revanche, le plaisir a été au rendez-vous !

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  5. J’ai découvert F. Mauriac il y a une dizaine d’années en lisant Le noeud de vipère, cette âme aigrie et tourmentée que l’auteur nous invite à prendre en affection, m’avait fasciné. J’avais eu un vrai coup de coeur pour cet auteur et avais alors enchaîné plusieurs autres romans, dont ce Thérèse Desqueyroux qui est un classique du genre, ou encore « Le Sagouin », qui est très émouvant. Mauriac savait explorer les tréfonds de l’âme humaine avec une finesse de regard assez remarquable.

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  6. Lecteur de roman très occasionnellement, j’avais néanmoins été capté par l’histoire de « Thérèse Desqueyroux », par l’écriture de Mauriac, par cette peinture au vitriol de la bourgeoisie landaise.
    J’ai vu ensuite le film de Miller qui l’adapte plutôt pas mal, tout comme la version de Franju (auquel participa Claude Mauriac, le fils de l’écrivain) avec ce superbe duo d’acteurs que formaient Philippe Noiret et Emmanuelle Riva. Les as-tu vus ?
    ça fait bien longtemps que je me dis qu’il faut que je me plonge dans « le nœud de vipères » également.

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