Anima, de Wajdi Mouawad

Anima, de Wajdi Mouawad (Actes Sud) — ISBN-13 : 9782330052966 — 500 pages — 9,70 € — Genre : Animalisme.

anima

Pour commencer, je souhaite remercier Camellia de m’avoir offert ce livre et de m’avoir permis de découvrir un auteur extrêmement intéressant. Merci à toi Camellia ! D’ailleurs, je pensais que Wajdi Mouawad m’était totalement inconnu, mais je me suis rendu compte que non.

Bien que je n’ai jusqu’ici jamais lu Wajdi Mouawad, j’ai vu l’excellente adaptation cinématographique réalisée par Denis Villeneuve de la pièce de théâtre : « Incendies ». Cette dernière, vous l’aurez compris, a été rédigée par Wajdi Mouawad. Mais venons-en au roman qui nous intéresse aujourd’hui. Ainsi, l’histoire d’ « Anima » débute par un meurtre ignoble. En effet, Wahhch Debch découvre sa femme morte, elle a été assassinée de manière atroce, torturée puis violée et pire encore. D’ailleurs, je ne suis plus certain de l’ordre des événements… Aussi, cet homme brisé qui s’estime responsable, ce Canadien d’origine libanaise (cette précision est importante comme vous le comprendrez), décide d’aller à la recherche de celui qui a tué sa femme. Dans cette course effrénée à travers le Canada, les États-Unis et le Liban, Wahhch Debch va peu à peu faire face à son histoire ainsi qu’à celle de son pays d’origine, un pays marqué par de nombreux conflits guerriers. Par conséquent, afin d’élucider plusieurs mystères, celui de l’identité de l’assassin et celui des origines de la guerre, des violences, des conflits, etc., Wahhch Debch va enquêter et c’est de cette double quête qu’il est question dans ce roman. Ainsi, le sujet principal du livre, c’est la violence, celle qui fait partie de nous, c’est-à-dire de l’homme, ou (devrais-je dire) de l’être humain. D’ailleurs, afin de mettre en exergue l’animalité qui est en nous, l’auteur a eu une excellente idée, une idée qui fait une grande partie de l’originalité du texte.

Couteau à la main, Winona a lacéré les sièges du pick-up. Elle les a tailladés, elle les a vidés de leurs entrailles, elle a démonté les parois du tableau, elle a brisé les cadrans, elle a arraché les boîtiers, elle a sectionné les fils. Elle s’est levée au milieu de l’habitacle, elle a baissé son pantalon, elle a écarté les jambes, elle a uriné, elle a déféqué et s’est essuyée avec des lambeaux de cuir. Nous étions à l’extérieur du véhicule et nous la regardions à travers les vitres. L’odeur de ses selles s’est répandue à l’extérieur. Winona est sortie, elle a claqué la portière, elle l’a enfoncée à grands coups de pied. À l’aide de la clé, elle a rayé la carrosserie à l’avant, à l’arrière et sur les côtés, elle a grimpé sur le capot, elle a tenté de défoncer le pare-brise, mais son pied y rebondissait sans cesse.

Effectivement, les narrateurs de cette histoire ne sont autres que les animaux, témoins discrets et indiscrets, qui croisent la route de celui parti à la recherche du monstre, de l’assassin. Par conséquent, le titre des différents chapitres est celui du nom scientifique de l’animal qui narre l’histoire, de celui qui observe la bestialité des hommes. Il y a le chien, le chat, le serpent, l’araignée, le poisson, mais aussi tout un tas d’autres animaux sauvages ou non. Seul le dernier chapitre dérogera à la règle. Mais qu’observent donc ces animaux ? Simplement, la bestialité de l’homme, celle-ci est quasi sans limites. D’ailleurs, le livre contient de nombreux passages violents. Il y a certes la description des atrocités subies par la femme de Wahhch Debch, mais pas seulement. Certaines scènes sont très dures, plutôt violentes, difficiles… Le roman de Wajdi Mouawad est certes bouleversant, mais aussi marqué par la noirceur, il s’agit d’un livre sombre. Néanmoins, tout n’est pas sans espoir dans ce livre, malgré les situations désespérées. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un roman optimiste, loin de là. De plus, l’auteur possède une belle plume, elle est parfois poétique, malgré l’atrocité de certaines scènes. Pour conclure, je dirais que j’ai fait une très belle découverte.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(28 commentaires)

  1. C’est drôle que tu en parles aujourd’hui alors que je suis en train de le lire ! Je l’ai acheté un peu par hasard !
    Je suis plutôt séduite, j’aime beaucoup l’idée de faire penser les animaux et j’accroche bien au rythme de l’histoire. Mais il y a certaines scènes qui me dérangent… La violence dont tu parles.
    Je l’ai bientôt fini, j’en parlerai la semaine prochaine 🙂

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  2. J’avais beaucoup aimé ce roman, bien qu’au début, j’ai eu du mal avec le fait que la narration soit portée par des animaux. Un texte en effet très fort.. je n’ai pas vu l’adaptation de la pièce Incendies, mais celle qui a été tournée pour le cinéma, que j’ai bien aimé. Depuis, je l’ai acheté en librairie, avec les trois autres titres qui composent le cycle « Le sang des promesses », qui si j’ai bien compris peuvent se lire séparément car leurs histoires sont distinctes, mais qui composent une sorte de quator sur une même thématique, celle de la fuite en arrière, pour reconstituer le passé, et je trouve ça très intéressant…

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  3. Pour une fois, j’ai lu un livre que tu présentes !
    Je ne l’ai jamais chroniqué mais je l’ai découvert il y a un an dans l’avion qui me conduisait vers Lisbonne.
    J’en garde un souvenir marquant avec ce choix original de narration.
    Ce titre est d’une noirceur profonde mais je l’ai dévoré en éprouvant parfois le besoin de reprendre « mon souffle ».
    Je dois lire Incendie désormais.

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  4. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire l’auteur. Mais depuis la superbe adaptation « Incendies » de Denis Villeneuve, je garde son nom en moi, pour trouver l’occasion de tomber sur lui dans mes repères chez les bouquinistes… D’ailleurs celui-là fait partie de mon pense-bête…

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  5. Pardonne-moi Goran je n’avais pas vu ton billet ! Merci à toi car justement je prépare mes articles sur les cadeaux que tu m’as offerts et surtout merci de ton amitié et de nos échanges :-). Je tiens à préciser que c’était parce que c’est l’un de mes dramaturges et metteurs en scène préférés (si si !) d’où mon présent car le contenu est très violent.
    à très vite (après ce long épanchement assez personnel) !

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