Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes

Vernon Subutex, tome 1, de Virginie Despentes (Le Livre de Poche) — ISBN-13 : 9782253087663 — 432 pages — 7,90 € — Genre : Café du commerce de gauche. ✮✮✮✮

vernon

Comme vous le savez, sauf en de rares occasions, je n’écris sur mon blog que sur des livres (ou bien des films) que j’aime. Aujourd’hui, c’est donc un jour d’exception puisque je vais vous parler d’un livre que j’ai détesté, un livre devenu presque intouchable, telles une icône ou bien une vache sacrée indienne qui peut tout se permettre…

Éric Naulleau, dit, à qui veut l’entendre, que l’œuvre de Christine Angot fait partie de la plus grande supercherie littéraire de ces vingt dernières années. Je le crois sur parole, car je n’ai jamais lu et je ne lirai jamais Christine Angot, mais Éric Naulleau a-t-il lu, « Vernon Subutex », le livre de Virginie Despentes ? Car celui-ci possède toutes les qualités nécessaires pour pouvoir participer, en toute légitimité, au concours de la plus grande supercherie littéraire de la décennie. Effectivement, tout est tromperie dans ce livre, le titre absolument génial, la couverture du livre tout aussi génial, de même que le résumé qui ferait saliver une personne atteinte du syndrome de Gougerot-Sjögren. Cependant, le livre de Virginie Despentes aurait dû s’appeler : « la sociologie de comptoir pour les nuls » ou bien « Oui-oui observe le monde pour les nuls », car le livre de Virginie Despentes ne raconte pas vraiment l’histoire d’un ancien disquaire sans le sou puisqu’il s’agit, pour l’auteure, dans ce livre de cartographier la France d’aujourd’hui à travers des portraits aussi hétéroclites que caricaturaux. Je pensais lire le Charles Bukowski féminin et je me suis retrouvé avec le Michel Houellebecq féminin. La prose de Michel Houellebecq ne vole déjà pas très haut, mais alors celle de Virginie Despentes touche le sol, elle le creuse, à la pelleteuse, jusqu’à atteindre le cœur du noyau de la Terre. Il s’agit d’un exploit qui jusqu’ici n’a pu être obtenu par aucune équipe scientifique. Bravo ! En effet, le livre est truffé de platitudes, de lieux communs, d’expressions toutes faites et de descriptions caricaturales en tout genre. Virginie Despentes parle d’Internet, de Poutine, des racistes, etc., mais c’est creux, aussi peu profond que la plupart des commentaires débiles que l’on peut trouver en ligne, sur des articles du Monde, Figaro, ou bien Libération, mais avec l’humour en moins, cet humour croustillant qui est (parfois) caractéristique à ces commentaires en ligne. J’ai d’ailleurs cru (un court instant) qu’il s’agissait d’un livre parodique, d’un livre rédigé au second degré, un second degré que je n’aurais pas su voir, mais non, c’est bien le livre la bonne blague. Le roman compte parfois de bonnes trouvailles stylistiques, il y a même quelques bons paragraphes, mais j’ai comme le sentiment que ces derniers ne sont pas intentionnels, un peu comme une horloge en panne et irréparable qui, tout logiquement, continue de donner la bonne heure deux fois par jour. D’ailleurs, je dois bien l’avouer, la construction du livre est, elle aussi, originale, mais le résultat est calamiteux, aussi calamiteux qu’un mauvais film de genre ou bien comme une réalisation ratée, « made in Roumanie », d’un film de Steven Seagal. Je ne vais pas citer de longs passages du livre, mais juste les deux phrases qui vont suivre.

La tristesse qui écarte sa poitrine est plus insupportable que toute la colère qu’elle a pu amasser.

C’est pas la chatte qui fait la meuf.

De l’art à l’état brut et une phrase presque sans sens. À vous de deviner qui est qui ! D’autant plus que je ne suis pas certain de le savoir moi-même. Temps de profondeurs, d’esprits, de poésies, de philosophies, en si peu de mots, cela me rend tout chose. C’est beau, telle une copie ratée d’un Picasso réalisé par un enfant de six ans, j’en ai la larme à l’œil. Sniff sniff ! Cependant, ne vous méprenez pas, l’un de mes écrivains préférés est Charles Bukowski. Aussi, ce n’est pas la grossièreté qui me choque, loin de là, mais ici et pratiquement tout du long du roman, j’ai trouvé le style forcé, faussement percutant, faussement juste, faussement pertinent, faussement rebelle. Je trouve que tout sonne faux… Cela manque de profondeur, d’ironie, de tout un tas de petits éléments qui rend l’ensemble du livre médiocre. Tous les sujets sociétaux sont abordés de manière tellement commune que cela en est consternant, navrant. On croirait, pour chacun d’eux, qu’ils ont été pensés à partir d’une mauvaise citation d’un devoir d’adolescent, plutôt mauvais élève, et qui pour essayer d’avoir une bonne note répète, tel un perroquet stupide, ce qu’il pense avoir entendu dire par des grands qu’il estime intelligent. De plus, la ribambelle de personnages que compte le roman rend celui-ci froid, et sans chaleur. Il est impossible pour moi de ressentir une quelconque empathie pour qui que ce soit de ce livre et encore moins de l’émotion. Je suis resté de marbre. Et cela, d’autant plus que beaucoup de personnages sont caricaturés à souhait, jusqu’à l’overdose. De plus, entendre parler de personnalités connues, que l’on voie déjà beaucoup trop dans la presse ou bien à la télévision, comme Élisabeth Lévy, une femme que je ne supporte pas, m’agace au plus haut point. Je me fous aussi de Canal+ et du reste. Pour cela, je préfère lire un bon livre de sociologie plutôt qu’un piteux roman sans analyse et saveur. Je pense au documentaire « la sociologie est un sport de combat », et je comprends que dans « Vernon Subutex » de Virginie Despentes la défaite est flagrante. Avec ce genre de livre, je vais finir par adorer Michel Houellebecq. Je n’aime pas beaucoup plus Michel Houellebecq, mais celui-ci, contrairement à Virginie Despentes, parvient à donner une certaine ambiance à ses textes. Il y a de la mélancolie dans les livres de Michel Houellebecq, mais rien de tout cela dans « Vernon Subutex », ni même autre chose. Rien, si ce n’est des phrases vaines et creuses. Généralement, lorsque j’entreprends de lire une suite de livres, et même si je n’aime pas le premier tome, je continue malgré tout, afin de connaître la fin. Il faut un début à tout et avec cette trilogie je n’irai pas plus loin.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(39 commentaires)

  1. Eh bien… Ton avis me confirme que je dois à tout prix m’éloigner de Vernon Subutex, j’étais déjà certaine que je détesterais. Tu cites en plus les deux auteurs que je déteste le plus actuellement… Houellebecq et l’autre conne.
    Bref. C’est agréable de lire autant de sincérité de si bon matin 🙂 🙂

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  2. Je me suis arrêtée à « Apocalypse Bébé  » que j’ai détesté. Mais je reconnais qu’elle a l’art de la formule. Elle occupe le petit monde médiatique, avec Angot. C’est une des raisons pour laquelle je lis les blogs car les blogueurs et les blogueuses ne se croient pas obligés de dire du bien des livres dont tout le monde parle.

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  3. J’en pense que ta critique touche juste. Les Angot, Despentes et consorts, toute cette petite clique de pseudos intellectuels n’est que du « fabriqué », du prêt-à-lire sans saveur, le reflet d’une société décadente. Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet.
    Ton anaphore sur le mot faussement, m’a direct renvoyée à la chanson de Francis Cabrel : Les faussaires. Bonne musique, bonnes paroles..

    Je balance le lien sans savoir s’il va passer ou non 🙂

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  4. Bon, je n’apprécie ni Francis Cabrel ni Christine Angot (le personnage) et pour Houellebecq, j’ai beaucoup apprécié « La possibilité d’une île » et pas compris l’engouement pour « La carte et le territoire » d’une grande platitude (normal pour une carte, me diras-tu…).
    Ce Vernon, malgré tous les billets et chroniques dithyrambiques lus partout, je n’ai jamais eu envie de m’y mettre.
    J’ai lu un jour moi aussi un roman avec cette impression très nette qu’il s’agissait d’une parodie, pour comprendre finalement que non. C’était « Globalia » de Jean-Christophe Rufin. C’était très mauvais et prétentieux. Ces écrivains qui réinventent l’eau chaude et en sont fiers m’insupportent…
    Tu devrais plus souvent écrire sur les livres qui ne t’ont pas plu, c’est aussi très intéressant car argumenté.

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  5. Alors, je vais passer mon tour avec cette écrivaine… Je ne pense pas que ce soit mon style. En passant, j’ai vraiment des problèmes avec mon abonnement à ton blog… Je ne reçois rien et je dois continuellement me réabonner… Bizarre parfois WordPress!

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  6. J’aime plutôt bien Despentes, malgré son côté « rentre-dedans » et sans nuances. Du moins, j’ai lu trois ou quatre livres d’elle et je trouve que ça se laisse lire. Je ne déteste pas Houellebecq non plus.
    Par contre, je n’ai pas eu envie de lire Vernon Subutex – peut-être à cause de la couverture, que je trouve hideuse – et puis je me suis peut-être lassée de l’univers de cette auteure.

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