Siloé, de Paul Gadenne

Siloé, de Paul Gadenne (Seuil) — ISBN-13 : 9782757835685 — 696 pages — 8,70 € — Genre : Attendre l’heure de Dieu. ✮✮✮✮✮

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C’est le troisième livre de Paul Gadenne que je lis et à chaque fois, c’est un bonheur de le lire. D’ailleurs, je ne vais plus attendre aussi longtemps avant de poursuivre avec cet écrivain, me semble-t-il, méconnu. Mais avant toute chose, parlons du livre : « Siloé ». De quoi ce dernier parle-t-il et qu’en ai-je pensé ?

Dans son livre, Paul Gadenne commence par nous narrer l’histoire de Simon, jeune étudiant, brillant, qui prépare à la Sorbonne son concours pour l’agrégation. Le quotidien de Simon est rythmé par les cours universitaires, les séances de travail entre étudiants et une petite amie, presque trop envahissante. Simon ne voit sa moitié que rarement, car Simon est un étudiant sérieux, c’est un étudiant qui ne veut pas perdre son temps avec des choses futiles. Ce que souhaite Simon ? C’est réussir ses études et rien ne pourra le détourner de sa destinée. Voilà ce que raconte le premier chapitre intitulé : « Prologue ». Puis, le livre bascule dans un autre univers lorsque Simon apprend qu’il est atteint de tuberculose. Et c’est là, dans le sanatorium du Mont d’Armenaz, que commence l’histoire de Simon. Le sanatorium, tel que nous le décrit l’auteur, est un lieu austère, empreint de monotonie, les malades s’y sentent seuls, comme abandonnés dans un quotidien routinier censé les apaiser. Simon aura, dans un premier temps, du mal à s’habituer à cet univers qui tourne autour de la maladie. Tout est si reposant, tout est si calme, tout est si triste, dans ce lieu qui vit en vase clos, mais en même temps, la nature qui entoure le sanatorium est si belle, presque divine… Petit à petit, au fil du temps et des saisons qui passent et repassent, Simon va s’habituer à son nouveau monde. Ce dernier, fera des rencontres, Simon se fera même un ami et surtout, pour la première fois de sa vie, il tombera réellement amoureux, d’un amour qu’on ne peut rejeter, d’un amour qui vous colle à la peau et à l’esprit, d’un amour qui ne vous laisse aucun répit… Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est dans ce lieu de mort qu’est le sanatorium, que Simon apprendra la vie et à vivre.

Il arrivait qu’à travers l’épaisseur du brouillard on distinguât, à certains moments, un disque pâle qui ne tardait pas à sombrer lui aussi dans ce monde liquide et mouvant qui submergeait tout, même le soleil. C’était comme la dernière lueur d’une conscience engloutie et qui s’efforçait à persister, à dominer le trouble univers qui l’opprimait. Simon, que le froid transperçait sous ses couvertures, inspectait avec méfiance, entre les barreaux du balcon, cet horizon subversif, et sentait croître en lui un besoin déchirant de lumière et de pureté. Mais il était englouti, lui aussi, désarmé. Des forces souterraines semblaient s’être emparées de sa vie et il se laissait glisser, de jour en jour, vers le moment où ce peu de conscience qui lui restait encore lui deviendrait enfin inutile.

« Siloé » est donc le premier roman de l’auteur français Paul Gadenne. Et quel roman ! C’est un véritable chef-d’œuvre, petit bijou littéraire… On pardonne, de nos jours, bien des petits défauts à certains premiers romans contemporains, alors qu’il n’y a rien à excuser, rien à pardonner à cette œuvre méditative qu’est « Siloé ». Le livre de Paul Gadenne n’est pas seulement une histoire, c’est aussi une réflexion, une méditation, sur la vie, la nature (elle tient une grande place dans ce roman), l’homme, la tentation, le mal, le bien, l’amour, la vie… L’histoire progresse lentement, extrêmement lentement, à pas de loup, mais jamais elle n’est ennuyeuse cette (formidable) prose, non jamais, car elle est toute en retenue, mais aussi toute en questionnement… Et de va-et-vient. On avance de deux pas et l’on recule d’un, ce livre est une danse classique rythmée de merveilleux dialogues à l’ambiance surannée. D’ailleurs, avec ses longues phrases, l’auteur impose sa cadence. Il s’agit d’un livre marqué par le silence, un silence qui règne en maître et qui pousse Simon à mieux mesurer la quête qu’il est en train de mener. Je ne vais pas parler des nombreux personnages présents dans ce texte, je vous laisse les découvrir, mais je puis dire que la plupart d’entre eux s’ennuient à mourir dans leur sanatorium isolé. Pour conclure, il me semble que l’on peut comparer l’écriture de Paul Gadenne à celle de Marcel Proust. Je ne sais pas si ma comparaison est judicieuse, mais c’est ce que j’ai ressenti.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(18 commentaires)

  1. Un livre que je n’ai jamais réussi à terminer. Sans jamais vraiment comprendre pourquoi d’ailleurs. Quelque chose dans l’atmosphère qui me déplaît : une sorte de sensibilité particulière accordée à la tuberculose. Peut-être. Je sais pas. Ta note me donne envie de m’y remettre. Merci

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