L’Histoire officielle, de Luis Puenzo

L’Histoire officielle, de Luis Puenzo — Argentine 1985 — Genre : Bébés partent en vadrouille (à l’insu de leurs pleins grés). ✮✮✮✮

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Cela fait bien longtemps que je n’ai pas parlé de cinéma sur mon blog. Je ne sais pas vous, mais moi, cela commençait à me manquer un peu… Et puis avec un site qui s’appelle : « des livres et des films », il faut bien en passer parfois par des films. Toujours est-il qu’aujourd’hui je vais vous parler d’un film argentin et cela tombe bien, car je n’ai jamais parlé du cinéma argentin sur mon site.

« L’Histoire officielle » est un film argentin réalisé en 1985 par Luis Puenzo. Aussi, bien que ce film a obtenu une reconnaissance internationale avec le prix de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère de 1986, je n’ai découvert ce long métrage qu’il y a quelques jours. Donc, le film débute avec une scène ou de jeunes gens chantent l’hymne national argentin, c’est le premier jour de classe, on le comprend ipso facto à la scène suivante, lorsque la professeure d’histoire Alicia Marnet Ibanez se présente à ses élèves, des garçons d’environ 18 ans. La professeure explique sa méthode de travail, ainsi que le pourquoi de l’importance de sa matière. C’est que l’histoire avec un grand H permet de mieux comprendre le monde. Et ce n’est pas parce que je suis un passionné d’histoire que je retranscris les paroles (très censées) d’Alicia, mais aussi (et surtout), car à ce moment du film on ne sait pas encore qui est qui et qui fait quoi, et que les paroles sensées d’Alicia vont peu à peu prendre tout leur sens. Ainsi, l’action se situe à Buenos Aires, en 1983, la dictature militaire vit ses derniers moments. D’ailleurs, les élèves rebelles d’Alicia remettent en question l’histoire officielle, l’histoire que défend la professeure qui, le premier jour de classe, expliquait que celle-ci permettait de comprendre le monde et le monde, c’est aussi le sien, celui qu’elle ne paraît pas appréhender. Il faut savoir, que la professeure d’histoire Alicia fait partie de la bourgeoisie, elle vit bien, semble en accord avec la dictature en place… Pour autant, Alicia Marnet Ibanez va finir par retirer ses œillères, comprendre ce qui se passe, surtout après que son amie, Ana, rentrée d’exil, lui raconte les tortures, son bébé volé, etc. Le monde d’Alicia finit par basculer, lorsqu’elle se lance dans une enquête folle, celle de savoir si son enfant adopté n’a pas été volé à quelqu’un, quelqu’un comme son amie Ana. Autour d’Alicia, personne ne veut rien savoir, son mari refuse toutes discussions, tandis que le prêtre de la professeure d’histoire, celui vers qui elle va se confesser, lui parle de volonté divine tout en restant hermétique, fermé aux questions dérangeantes.

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« L’Histoire officielle » est donc un film argentin qui parle d’histoire nationale et d’histoire familiale. Il s’agit d’un film extrêmement sobre, mais en même temps extrêmement émouvant, dramatique, intime et cette intimité peut faire parfois penser au réalisateur John Cassavetes. Aussi, comme chez Cassavetes il me semble, le réalisateur argentin met en avant l’expression corporelle de ses acteurs. Il y a parfois de gros plans sur les visages en pleurs ou bien en détresses. De plus, j’ai trouvé très intéressant que l’actrice principale joue le rôle d’une professeure d’histoire qui fait face à l’histoire de son pays, en remettant (dans la douleur) en question celle-ci, ainsi que sa propre histoire. Certes, le film aborde le sujet de la dictature d’un pays, mais le réalisateur Luis Puenzo nous évite le cours d’histoire, il y va par petites touches, mais celles-ci sont suffisantes pour nous faire sentir l’ambiance qui régnait dans l’Argentine de l’époque. Enfin, c’est surtout le sujet des bébés volés pendant la dictature argentine dont il est question dans ce film, un long métrage dans lequel le réalisateur se place du côté de la famille qui adopte l’enfant et non pas celui de la famille qui se le fait voler (bien qu’il en soit aussi question).

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Pour conclure, je vous rappelle que l’affaire des enfants volés sous la dictature argentine, une dictature militaire qui a eu lieu de 1976 à 1983, concerne la mise en place d’un vol systématique et organisé par l’État des bébés d’opposants. Il y a eu environ, durant cette dictature, 500 bébés volés et donnés à l’adoption sous un faux nom. Le sujet du film est difficile, mais il est traité magistralement. Effectivement, le réalisateur évite tous les pièges du genre, comme celui de rendre l’histoire trop manichéenne, artificielle, triste à (trop) en pleurer, héroïque, etc. Je ne peux que vous encourager à vous procurer le DVD, d’autant plus que l’image du film a très récemment été améliorée.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(14 commentaires)

  1. Le titre ne me disait rien, et dès que j’ai commencé lire ton billet, et que j’ai vu les photos… mais oui, bien sûr, j’ai vu ce film (même le prénom d’Alicia m’est revenu en mémoire), à l’initiative d’un prof d’espagnol !! En effet très fort, et nécessaire. Savais-tu que dans l’Espagne franquiste, les bébés des opposantes à la dictature étaient aussi adoptés par des familles en vue et aisées, grâce à un réseau très développé impliquant notamment des organisations religieuses ? On estime leur nombre à 30 000 (des années 40 aux années 80)…

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    1. Oui je savais, c’est quand même une pratique monstrueuse. Je n’ose imaginer ce que ça doit être que de vivre ça… En fait, les deux pays ont utilisé les mêmes méthodologies.

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  2. Coïncidence je parle aussi de cinéma sur Luocine . Je ne le fais pas souvent. J’aimerais bien voir le film dont tu parles. La répression en Argentine a été terrible. C’est dans ce pays que des femmes ont eu le courage de manifester, non? Les folles de mai , c’est en Argentine non?

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  3. Ton billet est convaincant. Quel thème et quelle époque difficiles… Je note. Je te conseille également le film argentin « Dans ses yeux » avec Ricardo Darin. C’est un film policier mais avec en toile de fond l’histoire argentine. Comme le film de Luis Puenzo, il a reçu l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

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