Salmigondis, de Gilbert Sorrentino

Salmigondis, de Gilbert Sorrentino (Cent pages) — ISBN-13 : 9782906724921 — 492 pages — 30 € — Genre : ragoût de viandes. ✮✮✮✮

salmigondis

Il m’arrive de temps en temps, car c’est stimulant, de lire des œuvres littéraires étranges, insaisissables, mais pas trop souvent, car à force cela devient pesant. Toujours est-il que « Salmigondis », de l’américain Gilbert Sorrentino, est un roman surprenant qui ne peut laisser indifférent. De quoi ce dernier parle-t-il ? C’est ce que nous allons voir tout de suite…

Disons-le d’emblée, « Salmigondis » est un roman difficile d’accès, publié en 1979, il n’en est pas moins considéré comme légendaire. Culte ? Sans doute aussi. Par conséquent, ce dernier ne va pas être simple à chroniquer. D’ailleurs, le roman porte parfaitement son nom, puisque « Salmigondis » est construit tel un patchwork. Je rappelle qu’un salmigondis est (merci Larousse) un ragoût de restes de viandes ou bien un mélange confus et disparate. Composé de textes épars qu’il est difficile de relier les uns aux autres, le roman de Gilbert Sorrentino commence pourtant le plus naturellement du monde, comme n’importe quel autre livre policier. Un homme, Ned Baumont, est découvert mort par son associé Martin Halpin. Ce dernier ne se souvient plus de rien, il est atteint d’une mystérieuse amnésie. Serait-ce lui, Martin Halpin, le meurtrier, l’assassin de son ami et associé Ned Baumont ? Le chapitre ne fait que quelques pages et ensuite on change entièrement de registre, puisque l’écrivain américain alterne cette histoire de meurtre avec une correspondance entretenue entre plusieurs protagonistes, un journal intime (dans lequel le narrateur, amnésique, se lamente sur son talent d’écrivain), des extraits d’un roman, etc. Une certaine structure semble s’installer, mais ce serait trop simple et l’auteur ajoute à son texte (déjà bien alambiqué) des poèmes (très bons), des listes en tout genre (parfois ennuyeuses), une pièce de théâtre (aux protagonistes surprenants). Au final, le roman de Gilbert est un magnifique fourre-tout dans lequel s’entrecroisent des personnages célèbres tels James Joyce. D’ailleurs, l’auteur copie, parfois, le style de ce dernier. Peut-être dans le but de le parodier ? C’est ce qu’il me semble… C’est aussi ce que les critiques sérieuses disent…

Je me rendis donc au club, posai mes talons sur le trottoir, me glissai dans la foule des rues. Et je cherchai des réparties pendant ce court trajet, des mots acérés pour les combattre, et aussi pour aider Beaumont (en sécurité, sous ma garde). Et la poussière des caniveaux frappa mes globes oculaires en tourbillons salissants. Corrie, la saloperie, la déesse en dentelle ! J’avançai alors un peu plus vite, me faufilai dans la masse des gens aux intersections et, les jambes lourdes je parcourus les rues rapidement, jusqu’au crépuscule.

« Salmigondis » n’est pas le genre de livre qui conviendra à tout le monde, c’est certain. Les nombreuses digressions dont use et abuse l’auteur vont très certainement en rebuter plus d’un, mais il faut s’accrocher et poursuivre malgré l’absence de fil conducteur. D’ailleurs, bien que très vite perdu, je suis surpris moi-même d’avoir apprécié ce roman, alors que j’avais rapidement décroché devant Ulysse de James Joyce. Mais peut-être étais-je trop jeune lorsque j’ai lu l’auteur irlandais ? Il va vraiment falloir que je relise James Joyce un jour, mais je m’éloigne du sujet… Vous l’aurez compris, bien que difficile, je vous recommande « Salmigondis », inclassable roman de Gilbert Sorrentino. Vous serez déroutés, mais parfois il faut l’être, cela fait du bien. De plus, le livre est très beau, les éditons Cent pages ont réalisé un magnifique travail éditorial. J’adore ! Je vais d’ailleurs me constituer très vite une petite collection de leurs livres.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(18 commentaires)

  1. Oui, « Salmigondis » est remarquable et étonnant ! Du même auteur, je me permets de signaler « La folie de l’or », un incroyable western écrit entièrement par interrogations… donnant des choses du genre : « Pourquoi Bud annonça-t-il d’une voix traînante que la monture portait peut-être un voleur de bétail ? Une intuition ? La peur panique ? Les conjectures oisives de l’inexpérience ? Qu’est-ce que des voleurs de bétail avaient à faire dans ce coin ? Sur la mesa, ou dans l’arroyo ou dans le canyon ? Les garçons possédaient-ils un seul fichu objet que quiconque aurait voulu voler ? Le cheval ou la monture qui approchait bronchait-il ou elle ? Comment nommait-on le bronchement d’un cheval dans la région ? Le trio paraissait-il être sous le nuage noir de la calamité ? Était-ce de la veine, et les bonshommes en avaient-ils vachement marre ? Qui chuchota furieusement ? Qui éteignit promptement le feu ? Un nuage dense de fumée s’éleva-t-il, invisible dans les ténèbres ? » Enorme !!!

    Aimé par 2 people

  2. Purée quoi! J’adore les trucs inclassables, les digressions, les machins pas formatés. Et ce livre n’est pas à la bibli!
    (l’excellent) Charybde (sur les trucs inclassables, on le trouve toujours présent!) en rajoute une couche, m’enfin!

    Aimé par 1 personne

  3. Évidemment, ça intrigue… Mais pour le moment, je préfère rester sur du classique, je ne suis pas d’humeur pour les bizarreries !
    Au plaisir de te lire encore lors de cette nouvelle année littéraire ! 😉

    Aimé par 1 personne

  4. Je n’avais jamais entendu parler de ce roman et de cet auteur. Vu que les romans policiers sont plutôt tous les mêmes dans la structure c’est intéressant de voir une construction différente. Mais s’il copie/pastiche/parodie James Joyce ça ne promet que d’être plus passionnant! Maintenant je vais lire ton article d’aujourd’hui parce que je me rends compte que je suis en retard dans ton blog, rien ne va plus!

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s