Le Voleur, de Georges Darien

Le Voleur, de Georges Darien (Gallimard) — ISBN-13 : 9782070399680 — 512 pages — 8,20 € — Genre : Mains baladeuses. ✮✮✮✮

darien

Voilà un livre et un auteur que j’ai découvert presque par hasard. Oui, j’ai bien dit presque. Il m’arrive parfois de tomber sur des petites pépites littéraires de manière alambiquée et c’est ce qui s’est passé avec « Le voleur » de Georges Darien. Comment donc suis-je arrivé à lire ce titre ?

Pour la petite histoire, il y a quelques mois j’ai revu « Les sentiers de la gloire », magnifique film, sur la première guerre mondiale, de Stanley Kubrick. Aussi, à un moment dans le film j’entends la réplique suivante : « le patriotisme, c’est le dernier refuge des coquins ». J’ai trouvé que cette phrase sonnait tellement juste et fort que j’ai demandé à mon ami le plus intelligent (Google) si cette dernière n’était pas tirée d’un livre. Aussi, Google me parle de Georges Darien et de sa phrase : « Le patriotisme n’est pas seulement le dernier refuge des coquins ; c’est aussi le premier piédestal des naïfs et le reposoir favori des imbéciles. » Tout naturellement j’ai eu envie de découvrir Georges Darien à travers un de ses livres et même si ce n’est pas celui duquel est tirée la citation qui m’a tant intrigué. « Le voleur » de Georges Darien raconte l’histoire de Georges Randal, un enfant issu d’une famille bourgeoise et qui est confié à son oncle à la mort de ses parents. Par la même occasion, l’oncle se voit confier la gestion de la fortune du petit Georges. Malheureusement, le petit Georges devenu grand n’héritera de presque rien, à cause d’un oncle indélicat qui aura presque dilapidé toute la fortune de son protégé. Qu’à cela ne tienne, Georges veut faire carrière dans le vol, non pas par revanchisme, mais simplement, car il considère que le métier de voleur est le seul qui lui permettra de vivre pleinement sa liberté. Effectivement, Georges Randal est un homme épris de liberté, mais qui ne trouve grâce auprès de personne, les bourgeois, les curés, les pauvres, les anarchistes, les honnêtes gens, les voleurs, ce sont tous les mêmes, il n’y en a pas un pour rattraper l’autre.

Ah ! comme on comprend le beau rire de la toute-puissante armée bureaucratique devant l’Individualité, comme on comprend la victoire définitive de la formule administrative, et le triomphe du rond-de-cuir ! Et l’on songe, aussi, aux enseignements des philosophes du XVIIIe siècle, à ce respect de la Loi qu’ils prêchèrent, à leur culte du pouvoir absolu de l’État, à leur glorification du citoyen… Le citoyen – cette chose publique – a remplacé l’homme. La souveraineté illimitée de l’État peut passer des mains de la royauté aux mains de la bourgeoisie, de celles de la bourgeoisie à celles du socialisme ; elle continuera à exister. Elle deviendra plus atroce, même ; car elle augmente en se dégradant. Quel dogme !… Mais quelle chose terrible que de concevoir, un instant, la possibilité de son abolition, et de s’imaginer obligé de penser, d’agir et de vivre par soi-même !

J’aime beaucoup le ton du texte qui est à la fois sombre, ironique et nihiliste. Tout le monde en prend pour son grade, personne n’est épargné. C’est croustillant ! On sent parfaitement, dans ce roman, la tendance anarchiste de l’auteur Georges Darien. D’ailleurs, la plume de ce dernier me fait penser à celle de Léon Bloy dans « Exégèse des Lieux Communs ». Il me semble que les deux écrivains utilisent un ton provocant, volontairement incendiaire et pour ma part j’apprécie énormément, j’aime, je trouve ce style succulent, jouissif. Enfin, sachez qu’il existe une intéressante adaptation cinématographique de ce livre. Le film avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal a été réalisé par Louis Malle et il porte le même titre que le roman de Georges Darien.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(19 commentaires)

  1. George Darien ! quelle belle rencontre (je l’ai croisé – enfin, ses livres -, aussi par hasard, il y a quelques années : par hasard, parce qu’on ne l’enseigne pas dans les écoles) : une belle claque, comme celles qu’il assenait sur la joue de la bourgeoisie hypocrite et lâche de la fin du XIXe siècle. Le parallèle avec Léon Bloy est juste, l’anarchiste et le chrétien se rejoignant dans la critique de la société et leur dégout de la médiocrité.
    que diraient-ils de nous aujourd’hui ??

    Aimé par 2 people

  2. Critique très intéressante avec un extrait parlant ! Comme toi j’aime l’écriture critique et sans concession ! Après, je n’aime pas trop les livres trop politiques. J’ai quand même envie de savoir ce que devient le petit Georges !

    Aimé par 1 personne

  3. J’en pense que cela semble très tentant, la citation donne en effet une idée très alléchante du ton employé par l’auteur…, l’époque, l’ironie, ça fait un peu penser à Mirbeau..

    J’aime beaucoup découvrir des pépites par des chemins inattendus, alors que je ne m’y attendais pas.

    Aimé par 1 personne

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