Les gardiens des livres, de Michel Ossorguine

Les gardiens des livres, de Michel Ossorguine (Interférences) — ISBN-13 : 9782909589015 — 115 pages — 21,30 € — Genre : Mon libraire ce héros. ✮✮✮✮✮

gardes

Il y a quelques jours je vous ai présenté un essai sur l’histoire de la destruction des livres et aujourd’hui je vais vous parler des gardiens des livres… Et oui, fort heureusement, il y a aussi parfois des gens qui protègent les livres. Mais de quoi parle l’ouvrage de Michel Ossorguine ?

Avant de vous parler du livre, il me semble important de vous présenter l’auteur. Ainsi, Michel Ossorguine est un écrivain, critique littéraire, russe né en 1878 et mort en France en 1942. Michel Ossorguine de son vrai nom Michel Andréiévitch Ilyne eut une vie mouvementée puisqu’il fut contraint à deux reprises de quitter son pays. Ainsi, l’auteur russe vécut à partir de 1905 une dizaine d’années en Italie avant de retourner chez lui et d’être définitivement expulsé par les bolcheviques en 1921. Aussi, l’auteur russe passionné de bibliophilie s’installa définitivement à Paris en 1923. Dans « Les gardiens des livres », Michel Ossorguine parle de cette période de l’entre-deux et pendant laquelle il vécut de nouveau à Moscou, ville dans laquelle il créa : « La librairie des écrivains ». Mais qu’est-ce donc que cette librairie des écrivains ? C’est ce que l’auteur s’efforce de nous expliquer dans ce livre fort intéressant. Comment cette bibliothèque est-elle née, comment a-t-elle vécu, comment est-elle morte ? Vous saurez tout ! Et plus encore. Ainsi, au lendemain de la révolution russe, un groupe d’amis, dans un pays ruiné et en ruine, se réunit afin de créer une librairie privée. Inimaginable dans un pays nouvellement communiste ! D’ailleurs, l’auteur à plusieurs reprises s’étonne que les autorités tolèrent leur commerce et ne l’explique (cette tolérance) que par le fait d’être passé inaperçu, sous le radar du gouvernement. D’ailleurs, les événements futurs lui donneront raison. Au fur et à mesure, on comprend les difficultés que rencontre ce groupe d’amis pour faire vivre leur commerce dans un pays à l’inflation galopante. Les prix des livres devront être mis à jour chaque jour. Aussi, on s’aperçoit vite que le but de Michel Ossorguine (et de son groupe) est surtout la sauvegarde des livres, manuscrits et documents à la valeur inestimable. Effectivement, des hommes, démunis, viendront vendre leurs livres afin de pouvoir vivre, manger, etc. Les bibliothèques nationales n’ont plus de fonds et, de plus, certains livres sont proscrits. Par conséquent, c’est à la librairie des écrivains que les gens s’adressent. Cette dernière commence à être connue et des gens viennent y déposer des livres parfois contre du sucre.

Il y avait encore autre chose : nous ne nous y connaissions en livre, tandis que les nouveaux cadres soviétiques n’avaient aucune notion de ce que c’était. D’ailleurs à cette époque, les employés soviétiques frais émoulus étaient des « saboteurs », c’est-à-dire de gens transis et affamés hors d’état de travailler, obsédés par les rations et les distributions. Ils étaient incapables d’organiser le commerce du livre, d’autant qu’aucun de ceux qui vendaient leur bibliothèque ne s’adressait aux magasins soviétiques, on n’avait pas confiance dans leurs évaluations et on redoutait les confiscations pures et simples.

« Les gardiens des livres » est un livre qui raconte l’histoire véridique d’une belle aventure humaine, d’un groupe de résistants qui ont envers et contre tous, fait au maximum (de leurs maigres possibilités) pour tenir une librairie, offrir des livres et surtout en sauvegarder. Il s’agit d’une histoire passionnante auréolée d’anecdotes drôles et tristes. Le catalogue des livres passés par la librairie des écrivains est présent en fin d’ouvrage. On peut découvrir aussi quelques poèmes manuscrits de Marina Tsvetaieva. La librairie des écrivains aura vécu quatre ans, de 1918 à 1922.

Qu’en pensez-vous ? Merci de m’avoir lu.

(16 commentaires)

  1. Je trouve que ce genre de personnes sont des héros du quotidien. La résistance peut se faire dans l’art car en protégeant la culture on protège son ouverture d’esprit, son indépendance intellectuel et la connaissance, qui sont les seuls remparts contre la bêtise humaine. Mon prof de philo au lycée disait toujours que plus on connaissait de mots, mieux on pouvait nommer et exprimer précisément la pensée. Et le développement de sa culture (culture = cultiver) se fait par les livres… Merci pour le partage de ce docu-romancé.

    Aimé par 2 people

  2. un livre que j’ai beaucoup aimé et que j’ai chroniqué en 2009 au début de mon blog,
    je te suis totalement dans ce que tu dis de ce livre, j’avais été admirative pour ces hommes et femmes qui se sont battus pour que survive les livres, la littérature, la poésie
    En plus cette collection est superbe et dans la même série je te recommande un livre de Chalamov Mes Bibliothèques qui est superbe aussi

    Aimé par 1 personne

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