Tous les hommes sont mortels, de Simone de Beauvoir

Tous les hommes sont mortels, de Simone de Beauvoir (Gallimard) — ISBN-13 : 9782070365333 — 520 pages — 9,30 € — Genre : Highlander. ✮✮✮✮✮

mortels

Je n’ai jusqu’ici jamais lu de livres écrits par Simone de Beauvoir. Ce n’est pas l’envie qui me manquait, mais j’avais toujours une lecture en cours. Aussi, enfin le moment est arrivé et pour cette première j’ai choisi le titre : « tous les hommes sont mortels ». Pourquoi ce choix ? Je ne sais pas, le titre m’a plu et j’ai vu qu’il s’agissait d’un livre de science-fiction ou considéré comme tel. Je fus donc intrigué.

Ainsi, « Tous les hommes sont mortels », de Simone de Beauvoir, est certes une histoire fantastique, mais c’est aussi, et surtout à mon sens, une réflexion philosophique sur la vie, la mort, la place de l’homme dans ce vaste monde, mais aussi sur l’art, la création, l’histoire, etc. Mais que raconte le livre ? Le postulat de départ est simple, mais aussi maintes fois traité puisqu’il est question d’immortalité. Que ferions-nous si l’on nous proposait l’immortalité ? Accepterait-on ce don ou bien cette malédiction ? Aussi, Raymond Fosca, prince toscan du XIIIe siècle, ne se pose pas autant de questions lorsqu’un homme lui propose de vivre éternellement en échange de sa vie sauve. Raymond Fosca est un prince ambitieux qui perçoit dans l’immortalité, le moyen de parvenir à ses fins. Et quelles sont-elles ces dernières ? Tout simplement, créer un royaume prospère et dans lequel tout le monde vivrait heureux. Ainsi, pour atteindre son but tous les moyens sont bons et dans tous les moyens il y a bien souvent la guerre, la mort, la destruction… Sauf que l’homme est un éternel insatisfait qui désire toujours plus. Aussi, à force d’éternellement échouer, Raymond Fosca est devenu un homme usé, épuisé, fatigué, lassé, un homme qui ne croit pas en l’avenir pour avoir trop souvent vu que l’histoire est bel et bien un éternel recommencement. Au bout du compte, le prince toscan ne s’intéresse plus à rien et n’a plus qu’un désir, celui de pouvoir enfin mourir…

Mais quant à moi, ma poitrine était gonflée d’une houle trop puissante ; je ne pouvais rien entendre hors cette voix triomphante qui jamais ne résonnerait aux oreilles d’un homme ; c’était ma propre voix et elle me disait : voilà que l’Univers m’appartient pour toujours, à moi seul ; il est mon domaine et personne ne peut le partager avec moi. Charles gouvernera quelques années, et moi j’ai devant moi l’éternité. Je m’approchai de la fenêtre. Je regardai le ciel étoilé que traversait une ceinture de lait ; des millions de millions d’étoiles. Et sous mes pieds une seule terre : ma terre ; Elle flottait toute ronde dans l’éther, tachetée de bleu, de jaune et de vert ; je la voyais. Des vaisseaux voguaient sur les mers ; des routes sillonnaient les continents: et moi, d’un geste de ma mains, j’arrachais les forêts inextricables, j’asséchais les marécages, je réglais le cours des fleuves ; le sol se couvrait de champs et de pâturages, des villes poussaient aux croisement des routes. Les plus humbles tisserands habitaient des grandes maison claires, les greniers étaient pleins de pur froment ; tous les hommes riches, forts et beaux, tous étaient heureux. Je pensai : « Je ressusciterai le paradis terrestre. »

« Tous les hommes sont mortels » est une histoire qui commence par une longue introduction dans laquelle une femme rencontre, de nos jours, dans un hôtel un homme étrange. Celle-ci décide de faire connaissance et elle finit par apprendre son secret. Après cette longue introduction, Raymond Fosca raconte sa vie et son parcours chaotique fait de désillusions à sa nouvelle amie. Et quelle histoire ! Simone de Beauvoir mélange les faits historiques et les réflexions philosophiques (ainsi que psychologiques) dans ce roman fantastique merveilleusement construit. Il s’agit d’un livre assez sombre qui ne croit pas en l’homme ni en l’avenir de jours meilleurs, mais j’ai adoré à tel point que j’ai eu du mal à lâcher ce livre avant de l’avoir entièrement lu. Et je n’ai pas vu passer les 520 pages ! Simone de Beauvoir possède une belle plume et son texte est d’une extrême fluidité. Cela se lit très facilement. De plus, il y a une véritable réflexion, comme je l’ai dit auparavant, sur tout un tas de sujets comme la place de l’homme et la trace qu’il va laisser derrière lui après sa mort.

Qui aime lire Simone de Beauvoir ? Quel autre texte de cette dernière pouvez-vous me conseiller ?

(25 commentaires)

  1. J’avais essayé de lire « Les mémoires d’une jeune fille rangée » et j’avais abandonné au bout d’une centaine de pages. Pourtant c’est un livre assez brillant, au style très ciselé, mais j’avais trouvé les personnages (surtout la narratrice) vaniteux et énervants …

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  2. Comme toi (du moins avant cette lecture !), je n’ai jamais lu De Beauvoir, je l’associe, sans aucune objectivité, à une littérature datée… je suis très surprise, du coup, en lisant ton billet, de découvrir que la dame s’est essayée -et avec succès, visiblement-, au fantastique .. je note donc !

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  3. J’étais étonnée lorsque j’ai lu Highlander associé au nom de l’auteur, et j’ai compris en lisant ton article, bien vu ! :-). Je n’imaginais pas que Simone ait écrit des livres de ce genre. Envie……………………….

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  4. Il faut lire ses récits autobiographiques qui sont encore supérieurs a ses romans : mémoires d’une jeune fille rangée, la force des choses, la force de l’âge etc. Ses correspondances et ses journaux sont très intéressants aussi. Aussi un livre excellent L’amerique au jour le jour 1947 qui n’a pas pris une ride : j’habite aux Etats-Unis et ses observations sont toujours pertinentes et actuelles 70 ans après. C’est un pays qui ne change pas vraiment… en 2012 j’ai fait une partie du même voyage vers l’ouest de Simone de Beauvoir, avec mes parents en relisant ce livre et il nous est arrive les mêmes aventures et nous y avons constate exactement les même choses, certaines fois a l’étape je lisais des passages a mes parents, ils en étaient époustouflés.
    Bref un auteur que j’adore !

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  5. J’ai lu aussi «Les mémoires d’une jeune fille rangée» et j’ai beaucoup apprécié. Je viens d’acheter en livre usagé «Le deuxième sexe» et je compte bien le lire… Aussi, j’ai lu quelques lettres de sa correspondance avec Sartre ou Algren… Une plume magnifique comme tu le relèves si bien dans ton billet. Merci pour cette belle présentation!

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  6. Je suis une fan inconditionnelle de Simone de Beauvoir. J’ai quasiment tout lu d’elle sauf le deuxième sexe. J’aime beaucoup cette femme, ses écrits mais elle est humaine comme nous et imparfaite. Elle a m’a inspirée et stimulée dès que je l’ai lu adolescente. Elle a eu une grande influence sur ma façon de penser. Je lui dois ma liberté et mon côté féministe et indépendante.

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