Meurtre à Yoshiwara, de Tomu Uchida

Meurtre à Yoshiwara, de Tomu Uchida — Japon 1960 — Genre : Délit de sale gueule. ✮✮✮✮

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Comme pour la littérature japonaise, cela fait un certain temps déjà que je ne vous ai pas parlé de films japonais. Il me semble que cela vous a manqué un peu. Non ? Toujours est-il que j’espère vous faire plaisir avec ce billet sur un film japonais des années 60. Il s’agit encore une fois d’un classique qui mérite d’être découvert ou bien redécouvert. Assez de bla-bla, venons-en à l’essentiel…

Je vais commencer par dire rapidement quelques mots sur le réalisateur Tomu Uchida que je ne connais pas beaucoup. J’ai certes vu plusieurs longs-métrages de ce dernier, mais pas suffisamment à la vue de sa très longue filmographie. Effectivement, le réalisateur japonais a selon Wikipedia pas loin de 50 longs-métrages à son actif, 48 pour être plus exact. Né en 1898, Tomu Uchida est considéré comme l’un des plus grands réalisateurs japonais d’avant et après-guerres. Aussi, le cinéaste japonais meurt (sur le tournage de son dernier long-métrage) en 1970 à l’âge de 72 ans, après avoir eu une riche carrière qui fut marquée par des positions nationalistes.

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Sans transition, passons au sujet du film. Ainsi, et contrairement au titre, « Meurtre à Yoshiwara », qui peut laisser penser qu’il s’agit d’un polar, il n’y a rien de tel dans ce film. En fait, « Meurtre à Yoshiwara », c’est un peu « Elephant Man » à la sauce japonaise. Ainsi, le film débute sur une scène d’introduction relativement rapide, elle dure à peine une minute. Un bébé pleure sur le pas d’une porte, abandonné par ses parents, ce dernier est recueilli par le couple qui l’a trouvé. Le nourrisson a une énorme tache noire sur le côté droit du visage, il s’agit d’une sorte de cicatrice et l’on comprend dès lors pourquoi sa mère n’en voulait pas… À la scène suivante, c’est un homme épanoui sur le plan professionnel que l’on retrouve, mais la cicatrice est toujours là. L’action se déroule dans le Japon de 1617 et pour la plupart du temps dans le quartier de Yoshiwara. Aussi, Jirozaemon est devenu un riche fabricant de soi, respecté par ses pairs, le prospère chef d’entreprise mène une vie honnête bien que monotone. Cependant, malgré sa relative réussite, l’esprit de Jirozaemon n’est pas apaisé. Effectivement, l’honnête homme au cœur tendre, doux et bon veut à tout prix se marier. Ce dernier a des besoins d’hommes qu’il ne peut assouvir. Ainsi que d’être aimé… Malheureusement, malgré l’époque qui favorise les mariages arrangés, aucune femme ne veut de cet homme au visage défiguré. Personne ne s’intéresse à son portefeuille bien rempli et encore moins à sa belle âme ou bien sa gentillesse. En fin de compte, quels que soient les époques, jamais personne ne s’intéresse aux qualités morales. Toujours est-il que l’homme à l’incomparable laideur veut coûte que coûte rencontrer une femme, sauf que même les péripatéticiennes n’en veulent pas… Alors comment ne pas avoir le cœur brisé après cet ultime affront et humiliation ?

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À force de traîner dans le quartier des plaisirs de Yoshiwara, Jirozaemon finira par trouver, croit-il, celle qu’il lui faut. Effectivement, une prostituée de bas étage accepte d’épouser le malheureux homme défiguré après, et à la seule condition, que celui-ci finance sa formation pour devenir geisha. Devenir une geisha, c’est un peu comme devenir la reine du bal, on n’a plus besoin de coucher pour être apprécié. Cependant, la formation est extrêmement longue et coûteuse, aussi, Jirozaemon ne va jamais cesser de mettre la main à la poche. Malgré tout, Jirozaemon ne sera jamais plus heureux que lors de cette période d’attente de ce qu’il n’espérait plus, une femme à aimer, une femme à chérir, une femme auprès de qui vieillir… Cependant, la prostituée ambitieuse est-elle celle qu’elle prétend être ? Pour le savoir, il vous faudra voir le film. Il s’agit d’un film sombre (je dirais plutôt réaliste) qui mérite d’être vu. Je préfère pas trop en dire, afin de ne pas trop dévoiler l’histoire.

Qui aime ce genre d’histoire ? Qui aime le cinéma japonais des années 60 ?

(20 commentaires)

  1. Je viens de voir que Tomu Uchida a fait une série de films sur Miyamoto Musashi, samouraï philosophe auteur du « traité des cinq roues » et que j’ai pris tant de plaisir à lire ses versions romancées d’Eiji Yoshikawa dans « La pierre et le sabre » et « La parfaite lumière » (tiens donc, tu n’as pas pas créé de couvertures pour ceux-là ? deux grands romans de la littérature japonaise, au même titre que la femme des sables). Tout ça pour me dire que j’aimerais voir ces films…et que, si j’avais le temps, relire ces deux romans que j’ai gardé précautionneusement…

    Aimé par 3 people

    1. Il a vraiment une filmographie très intéressante, mais trop peu de de ses films sont accessibles en France… Pas de couverture de livre pour ces titres et en plus il ne m’en reste plus beaucoup à proposer.

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  2. Tu es en prolixe en détails sur l’histoire dis-donc 🙂
    Tu vois, la culture japonaise ne m’a jamais attirée, mais l’histoire de ce film, assez universelle en fin de compte, est plutôt attirante. Et comme la seule et unique fois où j’ai suivi tes conseils en matière de cinéma je n’ai pas été déçue (je ne me souviens plus du titre du film, c’était l’histoire du gars amateur d’art de la femme agoraphobe) peut-être vais-je essayer celui-ci ! Je t’en dirai des nouvelles le cas échéant 😉

    Aimé par 1 personne

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