Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov

Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier) — ISBN-13 : 9782864323525 — 1536 pages — 45,64 € — Genre : Petits bobos du quotidien. ✮✮✮✮✮

kolyma

« Récits de la Kolyma », de Varlam Chalamov est un livre que j’ai envie de lire depuis de très nombreuses années. Mais je repoussais, je repoussais, je repoussais l’inévitable. Un inévitable qui, je savais, allait arriver tôt ou tard, car je ne pouvais  pas passer à côté de ce monument de la littérature russe, et ce malgré les (quasiment) 1600 pages qui firent plus d’une fois défaillir ma motivation.

Pourtant, malgré mon désir de lecture, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre avec ce livre de Varlam Chalamov, je pensais tomber sur une œuvre romanesque du même acabit que « Guerre et Paix » de Léon Tolstoï, mais c’est toute autre chose que je découvris… Mais revenons-en au synopsis du livre. Que raconte ce dernier ? Ainsi, dans « Récits de la Kolyma », Varlam Chalamov raconte son expérience du goulag de l’Union soviétique, un endroit où il vécut près de 15. Arrêté (en 1937) dans un premier temps pour activité trotskiste contre-révolutionnaire, et dans un second temps pour avoir considéré Ivan Bounine comme un grand écrivain, Varlam Chalamov est enfin libéré en 1951 pour être définitivement réhabilité après la mort de Staline en 1953. Aussi, c’est à Moscou qu’entreprit Varlam Chalamov de rédiger « Récits de la Kolyma », un livre qui raconte son expérience dans le camp de Kolyma, un endroit nommé le « pays de la mort blanche », un lieu qui peut atteindre les -50°. Et finalement à quoi ressemble-t-elle la vie à Kolyma ? La région est froide et inhospitalière. Comme vous pouvez vous en douter, vivre à Kolyma n’est pas très agréable, plus sérieusement la vie y est cauchemardesque, c’est même l’enfer sur terre, un enfer froid et glacé contrairement à celui qui se situe dans l’au-delà. Paradoxalement, la vie dans un goulag est organisée comme une société à part entière, normale, on y travaille, on y vit, on y meurt, on y rit, on y pleure… D’ailleurs, à plusieurs reprises, on oublierait presque que l’histoire se passe dans un camp, mais très vite la réalité nous rattrape. En effet, il y a de tout dans un goulag, même un peu de solidarité, mais surtout de la violence et de la souffrance, c’est un endroit terrible qui peut être comparé aux camps de concentration nazis.

Alors que j’étais de nuit, on me mit de jour : un avancement évident, une confirmation, une réussite dans la progression dangereuse, mais salvatrice de l’infirmier « pris parmi les malades ». Je ne prêtai pas attention à mon remplaçant : il ne me restait plus de forces pour la curiosité à cette époque, j’économise le moindre mouvement, physique ou mental ; d’une façon ou d’une autre, il me fallait ressusciter, et je savais qu’une inutile curiosité pouvait coûter cher.

Les « Récits de la Kolyma » ont été rédigés de 1954 à 1973. Aussi, au final l’ouvrage comprend six recueils de nouvelles, car c’est sous forme de nouvelles que Varlam Chalamov a décidé de raconter son terrible passage au goulag. À titre indicatif, voilà les titres des six différents recueils : « Récits de Kolyma (1954-1962) », « Rive gauche (1965) », « Virtuose de la pelle », « Essais sur le monde du crime », « Résurrection du mélèze (1966-1967) », « Le Gant ou KR 2 (1970-72) ». Ainsi, l’auteur parle de ce qu’il vit, de ce qu’il voit, de ce qu’il entend… Et cela à travers des récits parfois très courts qui font une ou deux pages, mais aussi avec des histoires plus longues qui peuvent atteindre 30 ou bien 40 pages. Chacune des histoires se termine par une date et l’on comprend dès lors qu’elles n’ont pas été rédigées dans un ordre chronologique, ce qui permet de finalement lire les textes comme bon nous semble. L’ensemble constitue une œuvre brillante qui montre un monde parfois violent, parfois douloureux, parfois inhumain, mais pas seulement… Pour finir, je voudrais dire que si les 1600 pages vous font peur, il existe un condensé d’environ 190 pages de cette énorme fresque.

Qu’en pensez-vous ?

44 commentaires

  1. J’en pense que tu as été plus courageux que moi, qui n’ai toujours pas osé m’attaquer au roman d’une autre russe, Irina Golovina, qui compte pourtant un peu moins de pages que ce titre (un peu de 1000, mais écrites en petits caractères !!)
    Je trouve étonnante cette réduction de 1600 à 190 pages, on doit perdre au passage une bonne partie de ce qui fait l’essence de la version longue…

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      1. Je n’ai jamais participé à une lecture commune… Mais pourquoi pas… Je veux bien. Mais pas avant début juin ou bien en septembre ? Tu me diras…

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      2. Le but est surtout de ne pas s’imposer de contraintes… septembre m’irait pas mal, ça laisse le temps de voir venir. On peut partir sur une date fin septembre, par exemple (avec bien sûr la possibilité d’en changer en cas de l’impossibilité de l’un d’entre nous à être prêt à la date fixée).

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      1. Un conseil : ne pas vouloir tout lire d’un coup , accepter de laisser de côté un temps, puis le reprendre. y’ a pas d’urgence, moi il me faut dix ans… Actuellement je suis à Du côté de Guermantes.

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    1. Ah si justement, je te recommande de la lire d’un coup pendant l’été, c’est une sacrée expérience, et ça permet à ta mémoire de réaliser tout ce que Proust a manigancé, avec des détails du t1 ou du t2 qui prennent out leur sens au t4 ou au t6 (alors qu’en espaçant les lectures des différents tomes, on oublie en général ce minutieux – et passionnant – arrangement de myriades d’élements qui tous tombent en place le moment venu).

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  2. Oh que oui, il fait envie… Mais 1600 pages, je risque de m’y perdre. Aussi effrayant qu’un séjour en Sibérie. Ou alors est-ce justement un livre pour celui qui veut s’enfermer dans une lointaine contrée de Sibérie…

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  3. Un livre que j’ai aussi noté dans ma liste et qui fait partie d’une certaine façon des « inaccessibles » ; je note ton courage et merci pour cette chronique qui nous rapproche des classiques.

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      1. Salut Goran, comment vas-tu ? J’étais étonné de voir que tu n’as pas publié depuis quelques semaines. J’espère que tout va bien de ton côté.

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      2. Salut Patrice, j’ai eu un petit accident d’où mon absence, mais je reviens lundi avec un nouvel article et mercredi pour une critique que tu attends depuis bien trop longtemps 🙂

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  4. C’est un livre que j’ai dans ma PAL mais il fait peur justement à cause du nombre de pages. J’ai bien vu qu’il y avait de très courts textes … mais bon il me fait toujours peur. As-tu lu les textes dans n’importe quel ordre ? As-tu ressenti de la lassitude à certains moments ? Comment l’as tu lu en gros …

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    1. Le nombre de pages me faisait aussi assez peur surtout que je ne savais pas que finalement il s’agissait d’un recueil de nouvelles… Toujours est-il que j’ai été agréablement surpris pour ce livre que j’ai lu dans l’ordre et je n’ai pas ressenti trop de lassitude, mais il faut savoir s’arrêter et pourquoi pas passer à autre chose avant de le reprendre…

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