Loving, de Jeff Nichols

Loving, de Jeff Nichols — États-Unis 2017 — Genre : N&B. ✮✮✮✮✮

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Comme à chaque fois qu’un film de Jeff Nichols sort au cinéma, je ne manque pas d’aller le voir. Effectivement, ce réalisateur américain fait partie de mes cinéastes contemporains américains préférés. Ainsi, je le suis depuis ses débuts et je n’ai jamais été déçu même si je trouve que sa dernière réalisation (Midnight Special) est un cran en dessous de ces trois premières.

Le film ouvre sur le visage vu de côté d’une jeune femme, la lumière est sombre sur toute la moitié droite de l’écran. De l’autre côté, on contemple une belle demoiselle au regard inquiet et pensif. Au bout de quelques secondes, elle annonce être enceinte. La caméra bascule et montre maintenant le visage de ce qui semble être le fiancé. Il répond que c’est bien et montre sa joie. Ils sont touchants. De nouveau, la caméra montre le visage de la femme qui affiche un merveilleux sourire, elle est radieuse et belle avec ses grands yeux noirs pénétrants et brillants. Elle possède un petit quelque chose, une petite expression naïve qui me fait craquer… La scène suivante montre une course de voitures sur route, le couple est là, ils s’embrassent langoureusement, ils sont heureux. Des hommes qui assistent à la course les regardent jalousement, c’est ce qui semble… Quelques jours plus tard, le couple part se marier à Washington. De retour, l’homme affiche sur le mur de sa chambre la preuve de son union. Puis après un repas dans la belle-famille de l’époux, le film bascule. Les forces de l’ordre débarquent en pleine nuit afin d’emmener les jeunes mariés en prison. Le mari montre sa licence de mariage, mais le shérif lui dit que son papier ne vaut rien. Ainsi, ce n’est qu’après un quart d’heure que l’on rentre dans le vif du sujet, que l’on comprend enfin ce qui se passe, car jusqu’ici à part quelques phrases, quelques regards, rien ne laissait présager ce qui allait suivre. Effectivement, le film commence comme une touchante histoire d’amour entre un homme et une femme qui semble éperdument s’aimer. Sauf que l’on comprend après un quart d’heure qu’un blanc ne pouvait se marier avec une noire et inversement dans le sud des États-Unis à la fin des années 50. En effet, le film de Jeff Nichols traite de l’histoire du couple à l’origine d’un arrêt de la Cour suprême des États-Unis déclarant inconstitutionnelles les lois sur les mariages mixtes.

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Plus exactement, le sujet du réalisateur américain n’est pas l’arrêt de la Cour suprême des États-Unis, mais le couple. Deux heures durant, Jeff Nichols dresse le portrait de cet homme blanc et de cette femme noire qui ont eu le tort de s’aimer au mauvais endroit et au mauvais moment. D’ailleurs, ce couple n’a rien d’héroïque, il n’est pas montré comme tel, non, ce dernier est juste composé de deux êtres simples et normaux, des gens comme vous et moi qui n’ont rien d’extraordinaire. Il n’y a ni héros ni moment héroïque dans ce film qui parle bien d’un procès, mais qui ne montre aucun procès. Sans doute que l’amour ne relève pas de l’héroïsme, mais d’un acte bien plus puissant… Le film se place sur un autre registre, celui de la contemplation. Effectivement, on contemple un couple qui partage avec nous ses joies, ses peines, ses malheurs, ses craintes, ses désespoirs, mais aussi (et surtout), ses espoirs… On comprend, à travers le regard de ce couple et de l’émotion qu’il émet, la tension quotidienne que vivent cet homme et cette femme. Il est toujours sur le qui-vive, tandis qu’elle semble plus détendue, elle est plus entreprenante, tandis que lui est dans l’attente, il est tendre bien que parfois un peu grincheux, elle n’est que douceur… Le film n’est jamais dans le désespoir, il y a des accidents, mais pas de morts. Le réalisateur montre, tout en gardant une certaine distance sur ce qui se passe en dehors, à l’extérieur du cercle de ce couple. Il n’y a ni esclandre, ni effet d’annonce, ni apitoiement dans ce film qui progresse lentement, dans le rythme d’une vie normale. J’ai bien aimé ce film, même si je considère qu’il s’agit aussi de la moins bonne réalisation du réalisateur américain.

Qui aime les films de Jeff Nichols ? Et qu’avez-vous pensé de ce film ?

(31 commentaires)

  1. Moi aussi je suis allée au cinéma la semaine dernière. J’ai bien choisi mon film (j’ai attendu un mois pour qu’il arrive dans ma province) mais quelle déception ! Quant à « Loving », il faut bien dire que je ne suis pas bien fan des histoires d’amour ni des histoires de couple…

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  2. je ne suis pas sûr d’apprécier cette histoire au cinéma , je préfère les lire. Par exemple « le temps où nous chantions » de Richard Powers m’a laissé quelques souvenirs indélébiles; Par exemple celui ou sa mère noire marche derrière la famille dont le père est blanc comme si elle était la bonne pour ne pas être en but à la vindicte raciste de la population.

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  3. J’hésite un peu à le voir…mais le sujet m’intéresse beaucoup. Et quel début ! Merci de nous l’avoir fait vivre en temps réel, on saisit mieux toute la violence et l’absurdité auxquelles se heurte ce couple.
    De Jeff Nichols, je ne connais que « Take Shelter » et j’ai adoré !

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  4. Pas vu ce Loving. Le temps, l’occasion, parce que coté réalisateur, Jeff Nichols, je le suis volontiers, les yeux fermés presque.
    Mon top Nichols :
    1. Take Shelter (de loin, mon préféré)
    2. Mud
    3. Midnight Special

    Curieux de savoir si je placerais ce Loving en 3 ou en 4…

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      1. je n’ai pas vu son premier Shotgun Stories… Alors je n’ai pas jugé de ce premier essai ( je ne le connaissais pas à l’époque) l’ayant découvert sur Take Shleter. C’est noté donc pour ce premier opus… et ce dernier qu’au final, je ne suis pas si pressé de voir…

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  5. Film intéressant, qui traite d’un sujet brûlant, mais que j’ai trouvé trop lent, voire parfois un peu pesant. Le contraste entre la femme noire et l’homme blanc est souligné d’emblée. La femme est vive, fine, lumineuse, l’homme est un manuel franchement taiseux qu’on voit toujours se pencher sur un moteur de voiture ou cimenter les briques d’un mur (effet de répétition assez lassant). La femme évolue, s’ouvre, choisit de se battre, alors que l’homme n’évolue guère, et c’est aussi ce que je reprocherai au film. Enfin,lorsque le drame des protagonistes est pris en charge par un avocat et des défenseurs de l’égalité des droits, le récit aurait pu prendre une autre dynamique (à la manière des films politiques italiens des années 1970 par exemple), ce qui n’est pas non plus le cas. En résumé, une œuvre attachante, mais qui manque de force.

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  6. Moi, j’aime les films de Jeff Nichols, et pour tout dire, je crois que je ne suis pas loin de mettre celui-ci au dessus du panier. Comme beaucoup je l’ai découvert à travers « Take shelter », un choc. Puis « Mud », une merveille. J’ai rattrapé « Shotgun Stories » ensuite, un film plus âpre, mais si fort. Des ténèbres surgissent la lumière de « Midnight special » qui m’a encore serré la gorge lorsque je l’ai revu il y a peu. Enfin, « Loving », un film au sujet grave mais qui ne se contente pas d’agiter un étendard politique, bien au contraire. La réalisation est parfaitement maîtrisée. Je n’hésite pas à dire qu’il y a du John Ford dans « Loving ».
    Merci pour ce bel article qui pourtant s’achève sur un avis en demi-teinte. not in love with Loving ?
    😉

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