Le pain nu, de Mohammed Choukri

Le pain nu, de Mohammed Choukri (Points) — ISBN-13 : 9782757818824 — 162 pages — 5,90 € — Genre : Crève la dalle. ✮✮✮✮✮

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Comme le Maroc est l’invité d’honneur du Salon du livre parisien de cette année, j’ai eu envie de vous présenter quelques romans marocains. Et pour une fois que je suis dans l’actualité, je commence avec un écrivain marocain mort en 2003. Effectivement, c’est assez paradoxal ce que je dis là…

« Le pain nu » de Mohammed Choukri est un roman autobiographique. Ainsi, dans ce dernier on découvre l’enfance difficile de l’auteur marocain. L’action se situe dans les années 40 et nous suivons la famille de Mohammed Choukri qui quitte le Rif et sa misère pour Tanger et sa misère. Effectivement, dans ce Maroc des années 40 la pauvreté est omniprésente et il est impossible d’y échapper. Aussi, dans ce pays aride ou tout manque, les indigents n’ont aucune chance et la route chaotique que doit emprunter le narrateur ne connaît aucun répit. Effectivement, dans ce monde rude le jeune Mohammed doit encore subir les coups et les humiliations d’un père alcoolique et tyrannique. Et ce n’est pas de sa mère que viendra le salut, celle-ci, trop soumise, ne s’interposera que trop rarement entre l’enfant battu et le père tortionnaire, un homme qui manie mieux le ceinturon que beaucoup de ses semblables… Par conséquent, c’est dans ce pays sans foi ni loi où la violence règne en maître que le jeune Mohammed devra grandir et se construire. Cependant, le roman de Mohammed Choukri n’est pas seulement une histoire familiale douloureuse, c’est aussi l’histoire d’un pays sous protectorat français vu à travers les yeux d’un adolescent en colère contre son père, contre la société, contre tout ce qui l’entoure… Le jeune Mohamed est plein de haine, mais ne sombre pas pour autant. « Le pain nu » est un livre à multiples lectures et dans lequel l’auteur parle de son pays et de son enfance. On découvre un Maroc plein de contrastes et dans lequel, bien que la religion soit très présente, l’alcool coule à flots. Aujourd’hui, la société marocaine a sans doute changé, mais peu importe, car ce roman de Mohammed Choukri n’en reste pas moins excellent.

Du sang sort de la bouche. Effrayé, je sors de la pièce pendant qu’il essaie de faire taire ma mère en la battant et en l’étouffant. Je me suis caché. Seul, les voix de cette nuit me sont proches et lointaines. Je regarde le ciel. Les étoiles viennent d’être témoins d’un crime. Un profond sommeil règne sur la ville. Je vois la silhouette de ma mère. Sa voix très basse. Elle me cherche dans les ténèbres. Pourquoi n’est-t-elle pas assez robuste et plus forte que le monstre ? Les hommes battent les femmes. Les femmes pleurent et crient.

J’ai énormément aimé lire ce roman à l’univers violent. Il s’agit d’un livre à l’histoire âpre et parfois malsaine. L’auteur ne cesse de nous bousculer avec des scènes parfois difficiles, comme celle du viol. De plus, comme je l’apprends en rédigeant cette critique, ce roman de Mohammed Choukri a longtemps été interdit au Maroc, sans doute à cause des nombreuses scènes de sexes et de violences. « Le pain nu » est un texte dur qui montre la misère d’un pays et d’une famille, mais c’est aussi un texte qui parfois peut être touchant. Et il y a même une note d’espoir dans ce roman qui décrit le quotidien d’un adolescent livré à lui-même et qui passe son temps à boire, voler, aller au bordel… Et entre les putains espagnoles et les putains marocaines, le jeune Mohammed ne saura plus où donner de la tête. Ainsi, si vous aimez les récits coup de point et sans concession, ce livre de Mohammed Choukri est fait pour vous.

Qu’en pensez-vous ? Aimez-vous, tout comme moi, lire les romans qui ont un jour ou l’autre été censurés ?

(32 commentaires)

  1. A priori, je suis souvent curieuse des livres censurés, et je suis également en quête de lecture marocaine. Je pensais justement à ce titre. Mais je ne savais pas que ce texte était aussi violent, du coup… j’hésite…

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      1. Je vais reparler de livres marocains avant le salon du livre normalement… Je dois vérifier la date du salon. Enfin bref, peut-être que mes prochains billets te conviendront plus… Ne part pas trop loin 🙂

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      1. Apprendre tous les jours, quel plaisir…
        Merci de prendre de mes nouvelles cher Goran 🙂
        J’avance petit à petit : je travaille en ce mois de février dans une librairie, un contrat de remplacement, une vraie chance ! Beaucoup de plaisir, de superbes découvertes tu dois t’en douter, et un peu de fatigue quand même…mais en tout cas ravie, cela me fait un bien fou de reprendre et cela va me permettre de reprendre confiance pour mes recherches en mars !

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  2. Oui, lire marocain avant le salon, ça serait bien… je me le dis d’autant plus que je ne connais pas cette littérature, mais je n’ai pas encore concrétisé. Merci pour cette découverte.

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  3. Franchement, j’hésite beaucoup. Je n’ai pas de problème avec les lectures brutales en règle générale mais si je ressens la moindre complaisance dans la plume de l’auteur (du style : « j’écris des horreurs pour les vivre par procuration »), ça me crispe, ça m’énerve et je sors les griffes.

    Aimé par 1 personne

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