Démocratie. Histoire politique d’un mot aux Etats-Unis et en France, de Francis Dupuis-Deri

Démocratie. Histoire politique d’un mot aux Etats-Unis et en France, de Francis Dupuis-Deri (Lux) — ISBN-13 : 9782895960904 — 446 pages — 22 € — Genre : Argumentum ad populum. ✮✮✮✮✮

democratie

« Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France » est un essai rédigé par un professeur québécois en science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Francis Dupuis-Deri, est un spécialiste des idées politiques et des mouvements sociaux, c’est ce que j’apprends à l’aide du bref descriptif de la quatrième de couverture.

Jean Rostand disait que : « Tant qu’il y aura des dictatures, je n’aurais pas le coeur à critiquer une démocratie ». Certes, mais en faisant ce constat, il n’est plus possible de critiquer quoi que ce soit d’un tant soit peu légitime. D’ailleurs, mon propos n’est pas celui de la critique, mais celui du questionnement. Sommes-nous en démocratie ? Pour répondre à cette question, j’ai voulu savoir ce qu’était exactement une démocratie, car j’ai appris, lors de mon très très bref passage à l’université, qu’il était important, pour toute analyse, de bien saisir la signification d’un mot, terme, expression… Étymologiquement, démocratie, qui vient du grec, veut dire le pouvoir au peuple. Cependant, d’autres chercheurs proposent d’autres définitions. Allez voir celle de Paul Ricœur, pour n’en citer qu’un. Tandis que le Larousse donne la sienne de définition, etc., etc. C’est à partir de ce constat que j’ai voulu approfondir la question, en me procurant l’excellente étude (Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France), de l’universitaire québécois Francis Dupuis-Deri. Aussi, en lisant cette thèse je suis allé de surprise en surprise et de découverte en découverte comme je ne l’ai plus été depuis un long moment. En effet, dès l’introduction j’ai été frappé par les propos de l’auteur et je n’ai pu lâcher ce livre passionnant et fascinant. Mais que raconte Francis Dupuis-Deri ?

Pour bien comprendre l’évolution du mot « démocratie », il importe de rappeler son origine et de saisir le sens qui lui est attribué au moment où éclatent les troubles politiques qui mèneront à la naissance de la démocratie moderne aux États-Unis et en France. Il sera ensuite possible de comprendre comment et pourquoi le terme « démocratie » a été utilisé et (re)défini pour servir des intérêts, à savoir faire triompher des idéaux politiques et renforcer le pouvoir de certaines forces politiques, ou affaiblir celui de leurs adversaires.

Simplement, que la France et les États-Unis considérés comme les pères fondateurs de la démocratie moderne, celle qui est née après la guerre d’indépendance pour l’un et de la révolution pour l’autre, n’étaient pas des démocraties ! Les représentants légitimes, nouvellement installés, de ces deux pays considéraient la démocratie comme un système politique dangereux, dangereux, car les pauvres sont des êtres irréfléchis et qu’il ne faudrait pas que ces derniers puissent décider de leur avenir… Non, tous ces hommes politiques n’étaient pas des démocrates, mais des aristocrates qui prônaient l’aristocratie. Cependant, les politiciens n’étaient pas les seuls à honnir la démocratie qui se sont appuyés, pour défendre leur position, sur des philosophes tel Platon. En ces temps tumultueux, la démocratie était devenue un terme péjoratif et nommer de démocrate son adversaire pouvait le discréditer complètement. Ainsi, cette élite politique, qui méprisait le peuple, est nommée par l’auteur d’agoraphobe. Enfin, c’est vers 1830 que de nouveau les élites politiques se déclaraient comme démocrates. L’universitaire québécois revient aussi sur la démocratie médiévale et antique. Le livre contient énormément de citations qui sont, pour beaucoup d’entre elles, assez surprenantes. Moi, surpris, je l’ai été. Le livre est tellement riche d’informations que je ne peux toutes les expliquer ici, mais c’est un ouvrage passionnant…

Finalement, même si l’auteur n’en parle pas, le pays qui s’approche le plus d’une démocratie serait donc (à mon sens) la Suisse, un pays qui connaît ce que nous appelons la démocratie participative. Pour répondre à la question de départ, sommes-nous en démocratie ? Je dirais que, si nous prenons le sens étymologique du terme, la réponse est non. Effectivement, le pouvoir appartient à celui qui est élu et sur lequel le citoyen n’a que très peu d’emprise. Cependant, nous ne sommes pas non plus en dictature, car les gens ont encore les moyens d’élire un représentant à partir d’un programme que ce dernier doit porter. Enfin, en ce qui concerne l’Union européenne j’ai beaucoup plus de doute… À partir du moment où la commission européenne (qui est composée de 28 commissaires technocrates non élus sur un programme) a le monopole de l’initiative d’une proposition de loi, on est en droit de se poser des questions. En effet, il me semble qu’avec cette organisation le citoyen a de moins en moins d’emprise sur son élite politique. Ce qui est incontestable, c’est que plus les décisions politiques sont éloignées du peuple, plus la démocratie en souffre.

Qu’en pensez-vous ?

Si le sujet vous intéresse, je vous propose d’écouter une interview de l’universitaire québécois. En plus, l’accent québécois est si « cute ».

(29 commentaires)

  1. Moi qui ne lis jamais ce genre d’ouvrage, eh bien tu m’as donné envie…
    Je hais la politique, ou le politique, ou le monde politique, bref, mais s’il s’agit de mieux comprendre et de démonter des idées reçues alors je dis oui !

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  2. Cela a l’air passionnant ! Effectivement, il est sans doute difficile de juger de la démocratie sans appliquer le principe de la relativité (c’est-à-dire en comparant les nations les unes aux autres)… il est important pourtant de garder en tête ce que sont les vrais principes démocratiques pour conserver sa faculté de contestation, voire de révolte !

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    1. Disons, que en ce qui concerne l’union européenne le principe de relativité n’a en fin de compte aucune importance, car seuls les commissaires européens proposent des lois. Ces commissaires ne sont pas élus sur un programme, mais nommé, ces derniers vont toujours dans le même sens et il leur suffit d’attendre la bonne majorité au parlement pour faire passer la loi qu’ils veulent. Mais ce n’est pas le sujet du livre, j’ai juste trouvé surprenant ce fonctionnement pas très démocratique à mon sens…

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  3. Merci de nous faire découvrir ce livre qui me parait passionnant, j’ai très envie de le lire. Il faut prendre le temps d’écouter l’interview. A la fin, l’auteur de Démocratie…, parle d’un livre de Kropotkine, L’entraide, qui me parait aussi bon à ouvrir. Qu’en penses-tu ?

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  4. Cet essai me semble en effet bien d’actualité. Je suis contente que tu nous le présentes… comme toi, je crois que nous vivons dans
    une dictature parlementaire… voilà pourquoi, peut-être, les gens se désintéressent de cette science… cute l’accent québécois? 😉

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