L’Esclave, de Isaac Bashevis Singer

L’Esclave, de Isaac Bashevis Singer (Stock) — ISBN-13 : 9782234054950 — 351 pages — 9,35 € — Genre : Baba Yaga. ✮✮✮✮

lesclave

L’esclave est le titre d’un roman captivant et qui, malgré ses 350 pages, peut quasiment se lire d’une traite. Mais de quoi parle le livre d’Isaac Bashevis Singer ? Avant toute chose, je vous invite à ne pas aller lire la présentation de l’éditeur qui dévoile presque tout le livre en quelques lignes. Et puis on est tellement mieux sur mon blog. Non ?

L’histoire débute dans un village polonais où l’on suit le parcours d’un homme prénommé Jacob. Ce dernier, que l’on sait juif et esclave, préfère vivre isolé sur sa montagne. Comme on le comprend ! Aussi, cet homme pieux aime retourner, après ses corvées, au plus vite dans son antre. Seule la fille du maître vient parfois voir Jacob sur sa colline, afin de lui apporter ses repas et lui tenir parfois compagnie. Wanda (c’est le prénom de la fille du maître) n’est pas insensible au physique de Jacob. D’ailleurs, ce dernier est aussi attiré par la charmante veuve, sauf qu’il hésite à se laisser porter par ses sentiments et pulsions. Effectivement, Wanda n’est pas juive. Et Jacob, malgré sa condition, a toujours respecté les préceptes de sa religion. Alors, finir dans le lit d’une belle chrétienne, c’est inimaginable pour l’esclave Jacob. De plus, Wanda n’est qu’une simple paysanne tandis que Jacob est un homme instruit, certes, esclave, mais éduqué et autrefois respecté. Pourtant, l’improbable finit par se produire, Jacob n’a pas su maîtriser ses instincts et résister à la belle Polonaise. Après quelques pages, on apprend à mieux connaître Jacob, on sait qu’il a survécu aux massacres perpétrés par les Cosaques dans cette région de l’Europe au Moyen Âge. Pour la grande histoire, sachez que les premiers pogroms ont eu lieu en Ukraine à Odessa en 1821. Je vais m’arrêter ici pour les informations, car sinon je risque de trop en dire.

Jacob était ici depuis si longtemps, il avait acquis une connaissance des plantes telle qu’il pouvait reconnaître à leur parfum chaque fleur et chaque espèce d’herbe ; il huma profondément les senteurs végétales qui se répandaient dans la grange, à travers la porte ouverte. Chaque lever de soleil dans la montagne avec quelque chose de miraculeux ; on discernait clairement la main de Dieu parmi les nuages embrasés. Dieu avait châtié Son peuple et lui avait caché Sa face, mais Il continuait de régir le monde. En signe de l’alliance qu’Il avait conclue après le Déluge, Il avait accroché l’arc-en-ciel au firmament, pour rappeler que, jour et nuit, été comme hiver, semailles et moissons ne devaient pas cesser.

« L’esclave », du Polonais Isaac Bashevis Singer, est un roman aux multiples rebondissements. D’ailleurs, ma courte description de l’histoire n’aborde que les 20 premières pages du livre. J’essaye au maximum, comme à chaque fois, d’en dire le moins possible et ce n’est pas toujours facile. Sachez seulement que les changements de situations sont tels que l’on ne s’ennuie jamais dans ce roman. Effectivement, la vie de Jacob n’est pas des plus simples. Aussi, dans un parcours semé d’embûches, Jacob va connaître de véritables moments de joie et de plénitude. Le bonheur ne sera jamais loin pour Jacob et celle qu’il aime. J’ai beaucoup aimé ce roman qui se lit, il me semble, assez facilement. L’auteur polonais, prix Nobel de littérature en 1978, décrit très bien un monde et une époque qui n’est jamais véritablement nommée. L’horreur aurait pu se produire dans un autre temps et un autre lieu, dans un temps et un lieu plus proche du nôtre et de notre histoire. « L’esclave » est un roman marqué par la religion, il y a de nombreux débats théologiques dans ce livre, c’est que Jacob est un homme tourmenté et qui s’interroge. Et qui ne le serait pas à sa place ? Cependant, le livre est aussi traversé de passages mystiques, c’est que les gens à l’époque croyaient aux sorcières… Isaac Bashevis Singer décrit magistralement les mythes, croyances et traditions d’une époque pas si lointaine et d’un pays passé lointain. Pourtant, ne perdons pas de vue que « L’esclave » est avant tout une histoire d’amour, entre un homme juif cultivé, mais esclave et une paysanne catholique, mais fille de l’esclavagiste. De plus, à côté de cette histoire d’amour, c’est aussi le rapport à l’autre qui est traité, de même que de la place de l’homme dans la société.

Qu’en pensez-vous ?

(34 commentaires)

  1. A première vue, j’aurais eu un peu peur, toujours cette même appréhension face à un prix Nobel, encore plus de littérature ; mais finalement avec ton avis, je serais même plutôt partant. C’est que le mysticisme m’attire, au moins en littérature. Alors qu’en pensez-vous ? Je dis : pourquoi pas… La tentation ne tient finalement qu’à une bonne chronique.

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  2. J’ai lu quelques titres de cet auteur, il y a quelques années, très différents les uns des autres (Le golem, Meshugah, et son recueil de nouvelles Gimpel le naïf) que j’avais diversement apprécié. Mais tu me donnes envie de m’y replonger..

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  3. Oh j’en ai lu plusieurs de cet auteur, et avec grand plaisir, il y a une ‘petite musique’ chez lui , un univers que j’aurais du mal à caractériser, mais qui fait qu’on ne lâche pas.
    Oui, un bon Nobel (il en est d’illisibles ou ennuyeux, mais pas lui -non, je ne donnerai pas de noms)

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  4. Ce que j’en pense ? Beaucoup de bien ! En effet, il vaut mieux lire ta chronique que le mot de l’éditeur. J’ai très envie de découvrir ce livre et je le note donc sur ma (désormais longue) liste, à laquelle tu contribues indéniablement 🙂

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  5. Je partage ton billet sur la liste Facebook « Lire le monde ».
    Je n’ai pas lu ce titre et ce que tu en dis me plait. J’ai un livre de l’aîné des Singer sous le coude, Israel Joshua Singer, aux éditions de L’Antilope dont j’ai récemment lu un livre polonais aussi autour de zombies juifs : étonnant !

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  6. Bonjour Goran,
    Je ne connais pas ce livre mais il me tente car j’avais lu Le Magicien de Lublin et Gimpel le naïf et j’avais beaucoup aimé son humour, révélant l’horreur ou le racisme, ainsi que sa façon de raconter ses histoires, toujours un peu décalée, alors celui-ci me tente beaucoup !

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