Quand les cathédrales étaient blanches, de Le Corbusier

Quand les cathédrales étaient blanches, de Le Corbusier (Bartillat) — ISBN-13 : 9782841005154 — 292 pages — 23 € — Genre : HLM. ✮✮✮✮

corbusier

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous montrer une de mes premières critiques, rédigé à l’époque où je n’avais pas encore de blog. J’espère que cela vous plaira, je me rends compte que les billets que je publie actuellement sont un peu plus courts. J’espère que vous tiendrez jusqu’au bout 🙂

Le Corbusier (Charles-Édouard Jeanneret-Gris) est un architecte suisse né le 6 octobre 1887 et naturalisé français en 1930. Ce dernier, qui a rédigé une trentaine d’essais, a aussi été urbaniste, sculpteur et peintre. Aujourd’hui, Le Corbusier est essentiellement connu pour son travail sur le logement collectif qu’il théorisa sous l’appellation : « unité d’habitation ». Ainsi, à Marseille, la « Cité radieuse » est sans doute la plus célèbre des unités d’habitation créée par Le Corbusier. Classée Monument historique par l’arrêté du 12 octobre 1995, la « Cité radieuse » fut inaugurée en 1952. Personnellement, je ne suis pas un très grand admirateur des tours d’habitation, ni même de ce qu’en pensait Le Corbusier. Aujourd’hui, certains peuvent lui reprocher d’être en partie responsable des cités HLM telles que nous les connaissons. Cependant, à la décharge de Le Corbusier, les bonnes idées pour ses unités d’habitation ont disparu pour une question de coûts. Ainsi, entre un HLM classique et la « Cité radieuse », les différences sont grandes. On a supprimé par exemple les larges couloirs collectifs, mais aussi l’optimisation de l’espace de chaque appartement et ainsi de suite. D’ailleurs, il n’existe à ma connaissance que cinq unités d’habitation réalisées, en Europe, dans le strict cadre de la vision de Le Corbusier. Quoi qu’il en soit, même s’il est un peu facile (voir simpliste) de reprocher à ce dernier les dérives de certains HLM, je ne suis malgré tout pas un grand adepte de ces constructions que je trouve trop massives, froides, standardisées, industrielles, impersonnelles…

Il ne faut pas non plus réduire Le Corbusier à son travail sur l’unité d’habitation, mais si je me suis attardé sur ce point précis, c’est que ce dernier traite de ce sujet (sans vraiment le dire) dans son livre : « Quand les cathédrales étaient blanchies ».

Le livre est composé de deux grandes parties entrecoupées par de petits chapitres. La première partie qui est relativement courte est une charge cinglante contre l’immobilisme architectural en France au milieu des années 30. Le Corbusier débute son livre ainsi :

« Je voudrais conduire à l’examen de conscience et au repentir ceux qui, de toute la férocité de leur haine, de leur frousse, de leur indigence d’esprit, de leur absence de vitalité, s’emploient avec un acharnement néfaste à détruire ou à combattre ce qu’il y a de plus beau dans ce pays – la France – et dans cette époque : l’invention, le courage et le génie créatif tout particulièrement attaché aux choses du bâtiment – en ces choses où coexistent la raison et la poésie, où font alliance la sagesse et l’entreprise ».

Le texte, qui est assez virulent, dénonce le manque d’une vision moderne sur l’avenir de la construction et surtout les arrangements corporatistes qui permettent, selon lui, aux projets les moins intéressants de voir le jour. La seconde partie est un carnet de voyage de son séjour aux États-Unis (pour donner suite à l’invitation qu’il reçut du musée d’Art moderne de New York), afin d’y faire une série de conférences dans plusieurs grandes villes des États-Unis. Le Corbusier est subjugué par New York et par ses énormes tours. Ce dernier compare ainsi régulièrement la ville, qu’il découvre de jour en jour, à une époque européenne lointaine et énergique, cette époque c’était : « Quand les cathédrales étaient blanches ». Cette sorte de litote nostalgique sur un glorieux passé reviendra sans cesse dans le texte. Le Corbusier, à travers son voyage, décrit avec enthousiasme ce qu’il découvre tout en expliquant sa vision sur ce qui deviendra plus tard l’unité d’habitation. Certes, Le Corbusier aime ce qu’il découvre, à tel point que le livre aurait pu s’appeler : « Quand l’herbe est plus verte ailleurs », mais il n’oublie pas d’être critique. Effectivement, New York, d’après Le Corbusier, ne va pas assez loin dans son concept urbanistique. En effet, il faudrait (selon ce dernier) détruire en reconstruisant des tours plus hautes et avec beaucoup plus d’espace vert entre chaque unité d’habitation. À travers son récit, nous comprenons bien mieux la vision de Le Corbusier sur ce que doit être l’urbanisme de demain. L’auteur, au fil des pages, analysera aussi d’un point de vue technique ce qu’est un gratte-ciel, un parc, un pont, etc.

Le livre est un formidable témoignage d’une époque où l’auteur parlait des États-Unis au singulier. La pensée de Le Corbusier est clairement expliquée, par des exemples précis et le tout dans un texte remarquablement écrit. Certes, certains chapitres sont extrêmement courts, mais le style n’en demeure pas moins réjouissant. Il n’est pas faux de dire que Le Corbusier était (aussi) un très bon écrivain. Dans les derniers chapitres, Le Corbusier nous gratifie de plusieurs croquis toujours extrêmement intéressants. Quelques documents et photos d’époque accompagnent le texte, mais ces derniers sont trop peu nombreux pour apporter quoi que ce soit de plus à ce livre. Toujours est-il qu’après cette lecture on comprend mieux la « cité radieuse » et beaucoup moins bien les critiques négatives concernant Le Corbusier.

Qui aime l’architecture ? Et qui aime lire ce type d’essai ?

(24 commentaires)

  1. Moi, moi! Je connais un fan d’architecture (et du Corbusier, le genre qui parcourt la France pour voir ses oeuvres) et finalement j’aime aussi l’architecture (au point lors d’un visite à la fondation louis vuitton, de préférer le bâtiment aux toiles-mais il y avait trop de monde, c’est peut être aussi pour ça).
    Au fait tu as lu La grand arche? Dévoré, et prêté à deux personnes -bien choisies- qui ont aimé.
    On a vu aussi l’expo au centre Pompidou.

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  2. Très chouette, cette critique ! J’aime beaucoup. J’aime écouter, lire les architectes : c’est toujours intéressant de voir comment ils échafaudent, imaginent un monde, peut-être un peu comme les romanciers et les poètes finalement.
    Le Corbusier, cela me parle particulièrement : j’habite à Rezé, en Loire-Atlantique, et il y a également une « Maison Radieuse », plus petite que celle de Marseille. Elle est grise et austère mais l’intérieur est très lumineux et effectivement les espaces sont hyper bien rentabilisés. Il y a même une école maternelle sur le toit, une bibliothèque et de nombreux ateliers mis en place par les habitants pour mieux se connaître. Une majorité des appartements sont HLM mais de plus en plus sont achetés par des personnes qui en ont les moyens car c’est très prisé, cela devient « bobo » 🙂

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    1. Merci pour ce très chouette commentaire… Une bibliothèque au sein même d’un immeuble, ça doit être carrément génial 🙂 . Je ne sais pas pourquoi, mais j’adore ce terme de bobo, il m’a toujours fait rire 🙂 et puis la chanson de Renaud qui en parle, je la trouve très bien, mais je m’éloigne du sujet là 🙂

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  3. Je croyais que les cathédrales étaient peintes en couleurs vives, au Moyen Âge, un peu comme les temples grecs d’ailleurs.
    Je suis sensible surtout aux architectures antérieures au 20è siècle, jusqu’à l’art nouveau que j’adore.
    Le Corbusier, ce n’est pas trop mon truc 🙂

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  4. Pas branchée architecture. Cependant l’extrait que tu as cité est bien écrit… J’ai vécu quelques années dans un atelier HLM en plein coeur des Puces de Saint Oyen « la cité des Bout en train » en haut d’une tour un super appartement, un loft, c’était des ateliers d’artistes. Je garde un bon souvenir, beaucoup d’échanges entre locataires. Ça faisait un peu village même… Et il y avait une certaine solidarité. Et pourtant les natifs du lieu n’avaient qu’une envie se barrer de là…Quitter la cité… Bel article sinon…

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