Bruges-la-Morte, de Georges Rodenbach

Bruges-la-Morte, de Georges Rodenbach (Espace Nord) — ISBN-13 : 9782875681089 — 205 pages — 8,50 € — Genre : Cul-béni. ✮✮✮✮

bruges

Voilà quelques semaines déjà que j’essaye d’écrire une critique sur ce livre qui m’a été offert par ‘vy. Merci ‘vy ! Pourtant, j’ai adoré ce roman, mais je ne sais pas pourquoi je n’arrivais pas à écrire dessus… Je me suis forcé un peu pour ce billet et j’espère avoir réussi à rédiger une critique intéressante.

Un homme seul déambule dans les rues de Bruges et se lamente. Hugues pleure, à n’en plus finir, la mort de sa femme. Cet homme désespéré marche dans sa ville telle une créature lobotomisée, un chien apeuré, qui ne retrouve plus son chemin. Cette ville de Bruges, qu’Hugues connaît tant, lui devient peu à peu inconnue… Par conséquent, le malheureux veuf s’y perd comme dans un labyrinthe oppressant. Hugues veut-il sortir de cet enfermement psychologique dans lequel il s’est plongé ? Rien ne l’indique, bien au contraire Hugues n’en finit plus de se morfondre, son bien-aimé n’est plus… Alors, à quoi bon vivre ? Cinq ans durant, cet homme ne va jamais cesser de se torturer et de déambuler dans cette ville fantôme qu’est devenu Bruges pour lui. Cinq ans durant, Hugues va pleurer sa femme en se coupant du monde et en ne côtoyant personne d’autre que sa bonne. Cinq ans durant, Hugues se noiera dans la foule d’un Bruges méconnaissable et hanté par le lointain souvenir de sa défunte épouse. Puis, Hugues finira par croiser le regard de celle qui ressemble tant à sa bien-aimée aujourd’hui disparue depuis longtemps. C’est elle, sa femme, elle lui ressemble tant qu’il ne peut y croire. Choqué par l’image qui vient d’apparaître devant lui, Hugues finit par perdre de vue le sosie de la morte. Les jours suivants cet homme rongé par le chagrin errera de nouveau, avec un but, dans les rues de Bruges. Il doit la retrouver, la femme qui ressemble tant à la morte. La morte est-elle morte ? Effectivement, elle l’est, car la vivante ressemble bien à la morte, mais les deux femmes ont quelques différences et Hugues s’en rend vite compte.

« Mélancolie de ce gris des rues de Bruges où tous les jours ont l’air de la Toussaint ! Ce gris comme fait avec le blanc des coiffes de religieuses et le noir des soutanes de prêtres, d’un passage incessant ici et contagieux. Mystère de ce gris, d’un demi-deuil éternel !
Car partout les façades, au long des rues, se nuancent à l’infini : les unes sont d’un badigeon vert pâle ou de briques fanées rejointoyées de blanc ; mais, tout à côté, d’autres sont noires, fusains sévères, eaux-fortes brûlées dont les encres y remédient, compensent les tons voisins un peu clairs ; et, de l’ensemble, c’est quand même du gris qui émane, flotte, se propage au fil des murs alignés comme des quais.
Le chant des cloches aussi s’imaginerait plutôt noir ; or, ouaté, fondu dans l’espace, il arrive en une rumeur également grise qui traîne, ricoche, ondule sur l’eau des canaux. »

Vous l’aurez compris, l’un des principaux personnages du livre est la ville de Bruges. Une ville grise et mélancolique, une ville qui pleure une pluie incessante, une ville brumeuse où les cloches des églises qui sonnent accentuent la mélancolie, mais aussi la tristesse et la désespérance du lieu. La Venise du Nord n’a rien de charmant, tel qu’elle est décrite par l’auteur belge Georges Rodenbach. Non, Bruges est toute aussi morte que la femme, elle est toute aussi désemparée que l’homme. Elle est triste et surannée, telle une vieille grand-mère contrite par le poids de la religion qui continue de rythmer le quotidien (ennuyeux comme la mort) d’une femme à l’article de la mort. La détresse est omniprésente à chaque coin de rue et cours d’eau qui ruisselle telles des larmes qui n’en finissent plus. D’ailleurs, il en va de même avec la religion que l’on voit partout à travers les cloches, les églises, les coutumes, les mœurs, etc. Pour conclure, je dois dire quelques mots sur la plume de l’auteur belge, elle est extrêmement poétique, oppressante, mélancolique, elle réussit à nous mettre à la place de Hugues, de cet homme qui souffre et qui se lamente. Bruges n’est plus une inconnue pour moi, je la connais grâce aux descriptions de Georges Rodenbach et aux nombreuses illustrations contenues dans le texte. Bruges la morte, bien que morose, est un grand livre.

Qui connaissait ce livre et cet auteur belge ?

(30 commentaires)

  1. Houlalalalala… j’ai osé t’offrir un tel livre… « morose », morose comme tu y vas, mélancolique, absolument, mais morose… Tiens, je te mets une photo du béguinage de Bruges puisqu’il en est pas mal question dans le livre, un endroit que j’adore. Bruges me touche infiniment… et ce livre aussi qui, pour moi, en est indissociable…

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      1. Bien sûr. En 2002, j’avais parlé de ce livre sur mon site de l’époque, j’y avait mis des citations, dont celle-ci : « (…)Toute cité est un état d’âme, et d’y séjourner à peine, cet état d’âme se communique, se propage à nous en un fluide qui s’inocule et qu’on incorpore avec la nuance de l’air. » Je crois que j’ai connu ça à Bruges, un jour, une fois, et que ça ne m’a jamais quitté, comme un ensorcellement en quelque sorte.
        Maintenant tu peux lire La pleurante des rues de Prague, de Sylvie Germain, un autre très bon livre… marquant aussi.

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      2. Ah, oui, c’est excellent. Je l’ai vu plusieurs fois et je le reverrais bien. Et puis, j’adore Clémence Poésy, d’ailleurs j’aime tous les films dans lesquels elle a joué (les séries aussi, d’ailleurs)

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  2. J’ai bien aimé. Je ne connais pas Bruges mais il y a un moment que je veux y aller. Je viens de rechercher des infos sur l’auteur… XIXème. Et quand tu vas sur Babelio, que des citations nombreuses d’ailleurs. Tu n’es pas le seul à avoir aimé et avoir eu du mal à en dire quelque chose. Il m’intéresse. Belle journée.

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  3. De Rodenbach, je ne connais que le nom de la bière. Une bière rouge, entre fruitée et acidulée. Pas mauvaise, n’empêche, même si cela fait longtemps que je n’y ai pas trempé mes lèvres. D’ailleurs peut-être que cette Rodenbach est brassée à Bruges ? Tiens va falloir que je vérifie…

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  4. C’est assez drôle parce que l’extrait me rappelle le mouvement romantique avec les effusions lyriques et la lamentation, mais en même temps ça fait écho à « L’emploi du temps » de Butor avec cette ville qui apparaît comme un personnage à part entière. Un mélange de XIXe et XXe. Drôle d’écrit. Je ne connaissais pas.

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  5. Livre singulier,aujourd’hui un peu désuet,un peu fané, en même temps que très prenant,envoûtant parfois. Et vous avez raison de souligner la prose poétique de cet auteur,qui est pour beaucoup dans ce charme. N’oublions pas non plus la manière dont évolue la relation avec Jane,double de l’épouse morte,mais qui va s’en détacher progressivement,échappant, et à son modèle, et à celui qui commence par l’idolâtrer,lequel s’en détachera à son tour,mais au prix de quels tourments! (La scène finale est très forte)
    . Nouveauté pour l’époque (et motif d’incompréhension pour la critique),la trentaine de photographies accompagnant le texte, qui ne se contentent pas de l’illustrer;elles le prolongent,entrent en résonance et dialoguent avec lui.

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  6. Mon prof m’en parle tout le temps, il veut absolument que je le lise, et là ton avis me donne très très envie de le lire, je le mets dans ma wish list principale. les histoire d’amour tragiques c’est ce que j’aime le plus, même si j’y verse toutes les larmes de mon corps (et ça me fera une excuse pour dire à mon copain de passer un week-end à Bruges, parce que non content de conseiller le livre, mon prof nous a fait toute l’éloge sur la ville)

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